Der­nière équi­pée au mont Ke­nya

Après quatre ans en Afrique de l’Est, Ar­naud Cham­bon et San­dra Prugne ont fait leurs adieux au conti­nent au som­met du mont Ke­nya, à 4.985 mètres d’al­ti­tude. Ils nous ouvrent leur car­net de voyage.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Jean-Marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

Avant de re­ga­gner l’Au­vergne de leurs ra­cines ce prin­temps, après avoir tra­vaillé au Ke­nya et par­cou­ru le pays pen­dant quatre ans, Ar­naud Cham­bon et San­dra Prugne ont fait leurs adieux à Nai­ro­bi après une der­nière ex­cur­sion au mont Ke­nya, deuxième som­met d’Afrique après le Ki­li­mand­ja­ro. Ma­nière de faire pro­vi­sion d’images fortes à 5.000 mètres d’al­ti­tude avant de re­trou­ver les 1.465 mètres de leur fa­mi­lier puy de Dôme. Ar­naud est ori­gi­naire de Mes­seix, San­dra de La­queuille.

Nous avons pro­fi­té de leur bonne connais­sance du ter­rain ke­nyan pour leur sou­ti­rer quelques bons plans.

Pa­ris-Nai­ro­bi. Quelques offres in­té­res­santes à 400/500 € (A/R) avec es­cale à Am­ster­dam. Ke­nya Air­ways af­fiche des vols di­rects à 500/600 € (8 heures de vol). Évi­tez de par­tir entre avril et juin, c’est là qu’il pleut le plus.

Nai­ro­bi. Quatre mil­lions d’ha­bi­tants, dont 6.000 Fran­çais, « qui ont un peu ten­dance à vivre entre ex­pa­triés », re­con­naît Ar­naud Cham­bon. La ca­pi­tale est im­plan­tée à 1.600 mètres d’al­ti­tude. « La vie cultu­relle à Nai­ro­bi est par­ti­cu­liè­re­ment riche, com­mente San­dra Prugne, avec d’im­por­tantes dif­fé­rences de ni­veaux de vie dans la po­pu­la­tion. » Avant d’at­ta­quer le mont Ke­nya, mieux vaut être as­su­ré de sa forme phy­sique. Ar­naud et San­dra re­com­mandent quelques séances à leur club fa­vo­ri de CrossFit KWe­tu (cross­fitk­we­tu.com). Et après les hal­tères, pas­sage au Se­re­ni­ty Spa Ke­nya (se­re­ni­tys­pa.co.ke). Pour vous sus­ten­ter, vous pou­vez faire du Art Cafe Res­tau­rant de Vil­lage Mar­ket (Li­mu­ru Road) votre can­tine à Nai­ro­bi. Et pour les ex­tras, ne man­quez pas de goû­ter la cui­sine éthio­pienne de l’Abys­si­nia Res­tau­rant (sur Up­per Park­landes Es­tate). « C’est épi­cé, mais c’est notre res­tau­rant pré­fé­ré à Nai­ro­bi ! »

Une agence de trek. L’ex­cur­sion au mont Ke­nya est de plus en plus cou­rue. À votre ar­ri­vée à Nai­ro­bi, beau­coup d’agences vous pro­po­se­ront de vous prendre en charge. « Il y a le pire et le meilleur, pré­vient Ar­naud. Mal or­ga­ni­sée, ce­la peut vite tour­ner au cau­che­mar ! » Eux sont par­tis avec Beyond Wil­der­ness (www.beyond­wil­der­ness.com). Comp­tez 600 dol­lars (530 €) par per­sonne pour 3/4 jours d’ex­cur­sion, avec une as­su­rance ra­pa­trie­ment (base 4 per­sonnes avec un por­teur par trek­keur et un guide, prix com­pre­nant l’en­trée du parc na­tio­nal du mont Ke­nya, as­sez chère, 65 dol­lars par per­sonne). L’agence four­nit tout le ma­té­riel né­ces­saire, des chaus­sures aux sacs de cou­chage, en pas­sant par les barres éner­gé­tiques. Vous pou­vez aus­si pas­ser par l’agence East Afri­can Eco Ad­ven­tures (EAEA), te­nue par une Fran­çaise, sus­cep­tible de vous conce­voir un par­cours per­son­na­li­sé. De­man­der Del­phine (eaea.co.ke, del­phine@eaea.co.ke). Si vous pré­fé­rez la sû­re­té d’un pa­ckage, Al­li­bert Trek­king a en ca­ta­logue un trek de 13 jours, avec le mont Ke­nya en guise d’ac­cli­ma­ta­tion avant le Ki­li­mand­ja­ro (5.892 m, à par­tir de 3.135 €, www.al­li­bert­trek­king.com).

1.975 m d’al­ti­tude, à 200 km au nord de Nai­ro­bi, sur la ligne de l’équa­teur, la ville idéale pour pas­ser une bonne nuit avant d’en­trer dans le parc na­tio­nal du mont Ke­nya. Que vous l’ayez re­jointe par la route où par voie aé­rienne. « La ville est très verte, on se croi­rait en Au­vergne », si­gnale Ar­naud Cham­bon. Pour man­ger et pe­tit­dé­jeu­ner sur le pouce, le Dor­man’s Cof­fee (Ke­nyat­ta ave­nue) est tout à fait re­com­man­dable. Pour plus d’exo­tisme, al­lez faire un tour au Trout Tree Res­tau­rant, un res­to à truites per­ché dans un arbre ! « Su­per­cadre à quelques ki­lo­mètres de l’équa­teur. »

Jour 1. Le parc na­tio­nal du mont Ke­nya est ins­crit au pa­tri­moine mon­dial de l’Unes­co de­puis 1997. Dé­part de la Si­ri­mon Gate, 2.650 m, pour re­joindre le camp 1 de Old Moses Camp, 3.300 m. 9 km en trois heures pour se mettre en jambe. « À tra­vers une fo­rêt de bam­bous au mi­lieu des élé­phants et des ba­bouins, c’est une bonne ac­cli­ma­ta­tion. » Nuit au re­fuge.

Jour 2. 12,7 km jus­qu’au camp 2 de Ship­ton Camp, 4.200 m, sept heures de marche, ça com­mence à grim­per. « Les bâ­tons de ran­do sont in­dis­pen­sables. » Nuit (courte) au re­fuge. Du­rant les trois jours, les por­teurs sont aus­si vos cui­si­niers. « Fruits et lé­gumes frais, por­ridge, riz cur­ry… sa­vou­reux et ré­con­for­tant. »

Jour 3. Le­ver 2 heures, dé­part 3 heures du ma­tin dans la nuit, gui­dé par sa lampe fron­tale. Trois heures d’as­cen­sion, 800 m de dé­ni­ve­lé. « 5° à peine, il fait très froid », se sou­vient San­dra. Le but est d’at­teindre le som­met jus­ te pour la percée du so­leil. « Nous avons em­prun­té la voie la plus ra­pide. C’est dans les 500 der­niers mètres que tout se joue, com­mente la jeune femme. Le manque d’oxy­gène ra­len­tit vos fa­cul­tés cé­ré­brales, vous êtes sur les ro­chers, près du vide, non en­cor­dés, il y a quelques pas­sages dé­li­cats… à ce mo­ment, le rôle du guide est pri­mor­dial. C’est un com­bat contre soi­même, contre l’épui­se­ment et pour trou­ver sa res­pi­ra­tion. » Dès que le so­leil pointe, la tem­pé­ra­ture monte. Pré­voir un écran so­laire, in­dice 80 au moins. « Nous étions à la pointe Le­na­na (4.985 m) à 6h30. Après 45 mi­nutes au som­met, pour re­trou­ver nos es­prits et pro­fi­ter du pa­no­ra­ma, il faut dé­jà pen­ser à re­des­cendre. »

Les der­niers mètres

Deux heures en pi­qué pour re­trou­ver le camp 2 et le pe­tit­dé­jeu­ner pré­pa­ré par les por­teurs. Re­tour par la même voie au camp de base, d’un seul élan, pour ar­ri­ver avant la nuit. « Dans les ébou­le­ments, les ge­noux sont à rude épreuve ! On souffre beau­coup. » Vous ne re­gret­te­rez pas à ce mo­ment d’avoir choi­si une agence de trek qui vous au­ra four­ni des chaus­sures de qua­li­té. « Nous avons vu des gens grim­per avec des bottes en ca­ou­tchouc ! » Dans la me­sure du pos­sible, pas­sez la nuit à Na­nyu­ki pour vous re­mettre de vos émo­tions et sa­vou­rez votre ex­ploit. « En fait, le plai­sir d’être au som­met et d’avoir réus­si, on le res­sent sur­tout après. Les der­niers mètres de l’as­cen­sion on se dit sur­tout qu’on y ar­ri­ve­ra ja­mais ! », re­con­naît San­dra. Ar­naud, lui, rêve dé­jà du som­met du mont Blanc.

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