« Je suis fier de la France ! »

Pour Fré­dé­ric Sa­lat­Ba­roux l’in­no­va­tion va bous­cu­ler la po­li­tique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 JPURS EN POLITIQUE - Ber­nard Sté­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

An­cien se­cré­taire gé­né­ral de l’Ély­sée sous Jacques Chi­rac, Fré­dé­ric Sa­lat-Ba­roux ré­flé­chit au monde qui vient. Pour lui la France peut s’en sor­tir.

Pas de pro­jet de re­tour à la po­li­tique chez Fré­dé­ric Sa­lat­Ba­roux qui a tra­vaillé avec Jacques Chi­rac, lui voue une grande fi­dé­li­té et est de­ve­nu son gendre.

Avec son der­nier livre (*) il s’in­té­resse aux bou­le­ver­se­ments du monde et à leurs consé­quences sur la France. « Il y a des chan­ge­ments ra­di­caux, on ne peut pas consi­dé­rer qu’on vit dans une bulle, hors de ces chan­ge­ments. » Et il in­ter­roge : « Pour­quoi aux États­Unis le dé­bat est­il struc­tu­ré au­tour de Trump et de San­ders ? Parce que Trump pose une pre­mière ques­tion : est­ce que l’Amé­rique peut en­core do­mi­ner le monde ? Et Bernie San­ders pose une autre ques­tion : est­ce qu’on peut ac­cep­ter un sys­tème ca­pi­ta­liste dans le­quel dé­sor­mais de­puis dix ans les classes moyennes s’ap­pau­vrissent ? »

« Il n’y a pas de fier­té na­tio­nale ! »

L’au­teur de La France est la so­lu­tion a une cer­ti­tude : « On vit des chan­ge­ments qu’on n’a pas connus avec une telle puis­sance de­puis la Re­nais­sance ! »

Mais alors, qu’est­ce qui ne va pas en France ? Ré­ponse claire : « Moi je ne suis pas né fran­çais, mais j’adore ce pays. Ce qui ne va pas, c’est qu’il n’y a pas as­sez de fier­té na­tio­nale, au­cune lu­ci­di­té sur les qua­li­tés fran­çaises, sur les va­leurs que nous por­tons, sur l’im­por­tance de ce que nous avons bâ­ti. Qui se rend compte à quel point, qui le dit, la France est un pays gé­né­reux ? Plus de 50 % de la ri­chesse na­tio­nale fi­nance des dé­penses col­lec­tives et de so­li­da­ri­té. C’est for­mi­dable de gé­né­ro­si­té ! Et par ailleurs il y a des ins­ti­tu­tions, des réa­li­sa­tions, dont nous sommes les dé­po­si­taires et dont on doit être fiers. »

Quant à cet ave­nir qu’il dé­crit, il se­ra « do­mi­né par l’in­no­va­tion et la tech­no­lo­gie. Et la créa­ti­vi­té est d’au­tant plus forte qu’elle se fonde sur l’éco­no­mie par­ti­ci­pa­tive, à sa­voir la mise en com­mun, sur une base vo­lon­taire et grâce aux nou­velles tech­no­lo­gies, des ca­pa­ci­tés d’ini­tia­tives et d’in­no­va­tion. »

Mais que faire pour contrer le dé­cli­nisme ? Ré­ponse : « Pour sor­tir du cycle pro­messes/dé­cep­tion/pa­ra­ly­sie de l’ac­tion, il faut lier l’élec­tion du pré­sident de la Ré­pu­blique à la mise en oeuvre de son pro­gramme. Il faut de la co­hé­rence. Vous choi­sis­sez l’homme, vous choi­sis­sez son pro­gramme. Vous éli­sez les deux », écrit­il.

Ob­ser­vant ce monde en mu­ta­tion, Fré­dé­ric Sa­latBa­roux plaide pour le plus haut ni­veau d’études et de for­ma­tion pour tous. « Entre l’homme et la ma­chine, on va vers une nou­velle ligne de par­tage. Avec l’hy­per­qua­li­fi­ca­tion on ap­por­te­ra une ré­ponse à l’em­ploi, pas l’in­verse. Donc oui, il faut ame­ner toute une gé­né­ra­tion à l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur ou plu­tôt à l’hy­per­qua­li­fi­ca­tion. »

Pré­ca­ri­té ou ver­tu

Qu’on ne s’y trompe pas cette nou­velle éco­no­mie ne se­ra pas exempte de crises. « Cette éco­no­mie est née de la ren­contre des lo­giques com­mu­nau­taires hip­pies des an­nées 1960 et de l’hy­per­li­bé­ra­lisme le plus fé­roce de la côte Ouest amé­ri­caine. Avec l’ubé­ri­sa­tion on voit les le­viers et les dan­gers : une offre tech­no­lo­gique de grande qua­li­té, une ca­pa­ci­té à cas­ser les prix dans la du­rée pour bri­ser les reins de la concur­rence, l’uti­li­sa­tion de pseu­do­tra­vailleurs in­dé­pen­dants. Et il fau­dra se mo­bi­li­ser si­non cette nou­velle éco­no­mie pro­dui­ra une grande pré­ca­ri­té. Ce­la veut dire créer des nou­veaux droits pour les tra­vailleurs au­to­nomes en si­tua­tion de dé­pen­dance éco­no­mique. Mais a contra­rio ces pla­te­formes peuvent être ver­tueuses, per­mettre de tra­vailler en com­mun, de pro­duire avec une plus grande so­brié­té éner­gé­tique. C’est en ce­la que l’en­jeu n’est pas qu’éco­no­mique. Il est po­li­tique et ci­vi­li­sa­tion­nel. »

FRÉ­DÉ­RIC SA­LAT-BA­ROUX. Pour lui l’éco­no­mie nu­mé­rique peut an­non­cer le pire ou le meilleur. PHO­TO FRANCK SIMON

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