« La paire d’ar­bitres n’a pas fonc­tion­né »

Le pré­sident De Cro­mières re­mon­té, no­tam­ment contre l’ar­bi­trage à Rennes

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - DEMI-FINALE ASM-RACING - In­ter­view Va­lé­ry Le­fort

Au len­de­main de la dé­faite de Cler­mont face au Ra­cing, le pré­sident Éric de Cro­mières sort de son si­lence. Il pointe des dys­fonc­tion­ne­ments qui, se­lon lui, al­tèrent la cré­di­bi­li­té du rug­by fran­çais.

La nuit n’a pas suf­fi à at­té­nuer sa frus­tra­tion. Au len­de­main de l’éli­mi­na­tion ­ sur le fil ­ de son équipe en de­mi­fi­nale du Top 14 par le Ra­cing (33­34, a.p.), le pré­sident de l’ASM, Éric de Cro­mières est aga­cé. In­ter­view d’un homme re­mon­té.

Avez-vous le sen­ti­ment d’avoir été floué ? Je veux d’abord dire que les deux mé­ri­taient d’al­ler à Bar­ce­lone. Mais le ha­sard, le ti­rage à pile ou face, je ne sais pas comment on peut dire ce­la […], tout ce­la fait que c’est le Ra­cing. Bra­vo à lui. Mais je pense aus­si à mon équipe, dont je suis très fier. Alors oui, je suis frus­tré, triste, dé­çu.

La ques­tion, c’était : vous sen­tez-vous floué ? Je ne vou­drais pas en faire trop sur l’ar­bi­trage mais un cer­tain nombre de points, c’est vrai, me res­tent en tra­vers de la gorge.

Faites-vous tou­te­fois un dis­tin­guo entre l’ar­bitre du ter­rain et ce­lui à la vi­déo ? Non, je pense que la paire n’a pas bien fonc­tion­né même si je donne, c’est vrai, beau­coup de res­pon­sa­bi­li­tés à l’ar­bitre vi­déo (M. Bon­houre, Ndlr).

Pour­quoi ? Il y a pour moi trois si­tua­tions li­ti­gieuses sur les trois es­sais. Et à chaque fois, ce­la tourne en notre dé­fa­veur ! Ça fait beau­coup, trois sur trois… Oui, ça fait beau­coup !

Dé­ve­lop­pez vos ar­gu­ments ? Il nous re­fuse dé­jà le pre­mier es­sai de Fo­fa­na alors que La­pan­dry a les mains tour­nées vers l’ar­rière. Sur le pre­mier es­sai du Ra­cing, Goo­sen est hors­jeu de plu­sieurs mètres et en plus, on ne voit pas à la vi­déo quand il apla­tit. Sur le der­nier d’Im­hoff, il y a en­avant de Kru­ger et Stret­tle est ti­ré par le maillot. J’ajoute que le car­ton jaune in­fli­gé à Ko­le­li­sh­vi­li n’y est pas. C’est in­ad­mis­sible !

C’est une ca­bale ? Je n’irais pas jusque­là… Mais la pro­blé­ma­tique du rug­by fran­çais com­mence avec l’ar­bi­trage. Lors des bar­rages, des mas­to­dontes de 120 kg plon­geaient par­tout dans les rucks et les ar­bitres ne te­naient pas leurs troupes. Du coup, ce­la a fi­ni en ba­garre. Il ne peut d’ailleurs pas en être au­tre­ment ! Après, ils ne savent pas don­ner de la va­leur au jeu. Tant que le corps ar­bi­tral ne se­ra pas au ni­veau, ce­la n’ira pas. C’est bien beau de par­ler de la Fé­dé­ra­tion, de la Ligue, mais il faut aus­si par­ler de l’ar­bi­trage. Il doit se re­mettre en ques­tion. J’ai dit au pré­sident Ca­mou (FFR) que j’étais scan­da­li­sé de la fa­çon dont les rucks étaient ar­bi­trés en France tout au long de l’an­née com­pa­rés à la fa­çon dont ils l’avaient été à la Coupe du monde.

Bon, ca­bale ou pas ? J’en sais rien… Mais je trouve anor­mal que dans des matches de ce ni­veau, deux joueurs du Ra­cing (Szar­zews­ki et Nyan­ga, Ndlr), l’ar­bitre prin­ci­pal et ce­lui de la vi­déo sortent tous de la même ré­gion, ce qu’on pour­rait ap­pe­ler la « fi­lière bi­ter­roise ».

[…]. Je ne dis pas qu’il y a quoi que ce soit der­rière, mais quand les choses se passent mal, ce­la laisse un ar­rière­goût de cendres et de sus­pi­cion.

Mais vous me­nez de six points à la fin ! Et c’est vous qui gé­rez mal la fin de match… Oui, ab­so­lu­ment. On n’a pas gé­ré ce­la de fa­çon in­tel­li­gente… C’est vrai. On est de­vant, on ar­rive à ré­cu­pé­rer la balle sur une touche, mais on com­met une bê­tise… Il va fal­loir qu’on ap­prenne à jouer, ose­rais­je dire, plus in­tel­li­gem­ment ce genre de si­tua­tion. Il y avait, en tout cas, d’autres op­tions que d’ou­vrir plein champ…

Ce­la oblige à évo­quer les hommes et donc l’ef­fec­tif… On peut tou­jours faire mieux et on va es­sayer. Mais je ne vou­drais pas que cette non­qua­li­fi­ca­tion soit mise sur le dos d’un seul joueur. Le groupe a été exem­plaire. On va re­dé­mar­rer à fond les bal­lons la sai­son pro­chaine en es­pé­rant pan­ser les bles­sures, car je pense qu’elles sont pro­fondes.

Mais par­don d’in­sis­ter, ne faut-il pas amé­lio­rer l’équipe à cer­tains postes clés à l’aune de ce match à Rennes ? Il y a en­core des choses à faire… Mais c’est le tra­vail de Franck de dé­ci­der de tout ce­la.

Cette sai­son est-elle un échec ? On consi­dère que non en dé­but de sai­son si on fait une de­mi­fi­nale. On l’a faite. Ce n’est pas un échec. L’exa­men est pas­sé, mais ce n’est pas une brillante sai­son. Voi­là. L’échec de la coupe d’Eu­rope est plus si­gni­fi­ca­tif, plus dou­lou­reux en­core que cette de­mi­fi­nale à mes yeux.

On va en­core dire : ça tombe en­core sur l’ASM… Qu’est­ce que vous vou­lez que je vous dise ? […] Être le din­don de la farce tout le temps, c’est fa­ti­gant. Oui, ça tombe en­core sur nous. Mais je ne crois pas à la scou­moune, je ne crois pas à la des­ti­née. Je pense qu’un jour ce­la tour­ne­ra. C’est ce que j’ai dit aux joueurs et on fe­ra tout pour qu’il en soit ain­si.

LU­CI­DI­TÉ. S’il s’en prend aux ar­bitres, le pré­sident de l’ASM re­con­naît aus­si que « la fin de match n’a pas été gé­rée de fa­çon in­tel­li­gente » par son équipe. PHO­TO F. CAMPAGNONI

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