Des Com­pa­gnons Bâ­tis­seurs de lien

L’as­so­cia­tion Les Com­pa­gnons Bâ­tis­seurs aide des per­sonnes mo­destes à amé­lio­rer leur lo­ge­ment. Avec des re­tom­bées qui vont bien au­de­là du cadre de vie. Ren­contre à Thiers, à l’oc­ca­sion d’un ate­lier de quar­tier.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Ca­ro­line Cou­pat @ca­ro­li­ne­cou­pat

Le jeu­di après­mi­di, c’est jour d’ate­lier au lo­cal de l’as­so­cia­tion Les Com­pa­gnons Bâ­tis­seurs, si­tué dans un bâ­ti­ment don­nant sur une pe­tite cour du centre­ville de Thiers. Vi­sages concen­trés, gestes pré­cis, tous s’af­fairent à l’ac­ti­vi­té du jour : la fa­bri­ca­tion d’une table en bois. Pour beau­coup de per­sonnes pré­sentes, ces ren­dez­vous du jeu­di sont in­con­tour­nables. Un mo­ment à part dans la se­maine, une bouf­fée d’oxy­gène dans des exis­tences pas tou­jours li­néaires.

Pour cha­peau­ter les par­ti­ci­pants, un bi­nôme très in­ves­ti : Joël Pe­rot, ani­ma­teur tech­nique, s’oc­cupe de toute la par­tie pra­tique, tan­dis que Na­tha­lie Col­lar­do, ani­ma­trice ha­bi­tat, gère l’as­pect ad­mi­nis­tra­tif. Pour cette der­nière, Thiers est une ville idéale pour l’im­plan­ta­tion d’une as­so­cia­tion conju­guant ré­no­va­tion de l’ha­bi­tat et tra­vail so­cial : la ci­té cou­te­lière connaît une vraie dy­na­mique as­so­cia­tive, cor­ré­lée à des be­soins im­por­tants, dans un contexte éco­no­mique fra­gile, avec beau­coup de lo­ge­ments dé­la­brés.

Le leit­mo­tiv des Com­pa­gnons Bâ­tis­seurs : épau­ler les gens dans l’amé­lio­ra­tion de leur lo­ge­ment, tout en les im­pli­quant tout au long du pro­ces­sus. L’idée de ré­ci­pro­ci­té est aus­si bien pré­sente : les per­sonnes ai­dées sont in­vi­tées à ai­der à leur tour, en met­tant bé­né­vo­le­ment les com­pé­tences ac­quises au ser­vice de nou­veaux bé­né­fi­ciaires.

Quel est le pro­fil­type du bé­né­fi­ciaire de ces chan­tiers ARA (au­to­ré­ha­bi­li­ta­tion ac­com­pa­gnée) ? Pour Na­tha­lie Col­lar­do, il s’agit d’une « per­sonne aux re­ve­nus mo­destes, le plus sou­vent lo­ca­taire de son lo­ge­ment, qui a be­soin d’amé­lio­rer son cadre de vie mais ne sait pas com­ment faire, et n’a pas non plus les moyens de faire ap­pel à des ar­ti­sans ».

Sub­ven­tion­née par di­vers or­ga­nismes – le Conseil dé­par­te­men­tal, la CAF, l’Ophis… – l’as­so­cia­tion agit en col­la­bo­ra­tion avec les ser­vices so­ciaux : le plus sou­vent, ce sont eux qui l’in­forment du be­soin d’amé­lio­ra­tion d’un lo­ge­ment. Un pro­jet est alors dé­ve­lop­pé. S’il est ac­cep­té, un contrat se­ra si­gné entre les Com­pa­gnons Bâ­tis­seurs et la per­sonne ha­bi­tant le lo­ge­ment, à charge pour cette der­nière de payer 10 % du prix des tra­vaux et d’y par­ti­ci­per ac­ti­ve­ment.

Quant aux ate­liers du jeu­di après­mi­di, ils consti­tuent un autre as­pect ma­jeur de l’ac­tion de l’as­so­cia­tion. S’y re­trouvent des per­sonnes dé­si­reuses de se for­mer aux tech­niques de bri­co­lage et d’an­ciens bé­né­fi­ciaires de chan­tiers ARA.

Sho­la Har­rous, élé­gante et sou­riante, ap­par­tient à la deuxième ca­té­go­rie. Elle a connu les Com­pa­gnons Bâ­tis­seurs via la CAF, alors qu’elle éprou­vait des dif­fi­cul­tés à ins­tal­ler un nou­vel équi­pe­ment élec­tro­ mé­na­ger dans son ap­par­te­ment exi­gu et an­cien. Un ré­amé­na­ge­ment et un grand ra­fraî­chis­se­ment plus tard, elle a pro­lon­gé l’ex­pé­rience en se ren­dant aux ate­liers de quar­tier et en par­ti­ci­pant à des chan­tiers chez d’autres per­sonnes. « C’est don­nant­don­nant », dit Sho­la, qui est très im­pli­quée dans la vie as­so­cia­tive thier­noise.

Même pro­ces­sus pour Vincent Des­bordes, de­ve­nu lui aus­si un fi­dèle des ren­dez­vous du jeu­di. « Quand les Com­pa­gnons Bâ­tis­seurs sont ar­ri­vés à Thiers, ma femme et moi avons été dé­mar­chés à do­mi­cile. On avait beau­coup de tra­vaux à faire. Les Com­pa­gnons nous ont ai­dés, et notre pro­prié­taire a par­ti­ci­pé fi­nan­ciè­re­ment », ex­plique­t­il. S’en est sui­vie une forte im­pli­ca­tion du couple dans l’as­so­cia­tion, avec à la clé un bé­né­fice in­at­ten­du : Mme Des­bordes a dé­cro­ché un poste d’as­sis­tante de ges­tion dans les bu­reaux cler­mon­tois des Com­pa­gnons.

Si le pro­prié­taire du lo­ge­ment du couple Des­bordes s’est im­pli­qué de bon­ ne grâce, ce n’est hé­las pas le cas de tous. « Des pro­prié­taires né­gli­gents, il y en a ! » lance Joël Pe­rot, l’ani­ma­teur tech­nique. C’est pour­quoi la mé­dia­tion entre pro­prié­taires et lo­ca­taires consti­tue un autre vo­let de l’ac­tion so­ciale de l’as­so­cia­tion, qu’il y ait ou non un chan­tier ARA en vue.

L’in­dis­pen­sable lien so­cial

Der­nier as­pect de l’ac­tion de l’as­so­cia­tion, et non des moindres : le lien so­cial, tout sim­ple­ment. « De nom­breuses per­sonnes iso­lées se ren­ferment sur elles­mêmes, ont peur de ren­con­trer des gens, d’être ju­gées. Alors, chaque ate­lier dé­bute par un temps d’échange, de convi­via­li­té au­tour d’un ca­fé », ex­plique Joël Pe­rot.

Pour Cé­cile Bon­nan­fant, qui a com­men­cé par ve­nir aux ate­liers, la di­men­sion re­la­tion­nelle est pri­mor­diale. Elle qui a connu les Com­pa­gnons via l’épouse de Vincent Des­bordes, ren­con­trée à l’épi­ce­rie so­ciale, est heu­reuse d’avoir fait des connais­sances, tout en ap­pre­nant à bri­co­ler, elle qui avoue qu’elle n’était « pas bri­co­leuse du tout, au dé­but ! ». Ce n’est que plus tard qu’elle a bé­né­fi­cié d’un chan­tier à son do­mi­cile.

Des bé­né­voles so­ciables, mo­ti­vés… et gé­né­reux : par­fois, quand le bud­get ou le dé­lai est dé­pas­sé, Joël et Cé­dric, le jeune homme en ser­vice ci­vique qui l’épaule sur les chan­tiers, s’en vont. Mais sou­vent, les bé­né­voles res­tent, et aident la per­sonne à ter­mi­ner les tra­vaux. Il ar­rive même qu’ils ini­tient ces chan­tiers so­li­daires, par exemple lors­qu’un pro­jet re­fu­sé en com­mis­sion mé­rite à leurs yeux de voir le jour.

Ain­si, chan­tier après chan­tier, ate­lier après ate­lier, les Com­pa­gnons Bâ­tis­seurs font gran­dir le lien so­cial. Pour le plus grand bé­né­fice de tous.

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