S’ap­puyer sur la zone eu­ro

Eu­rope : en­tre­tien avec l’eu­ro­dé­pu­tée Syl­vie Gou­lard (Modem)

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 JOURS EN POLITIQUE - Ber­nard Sté­phan ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Eu­ro­dé­pu­tée (Modem), ex­con­seillère po­li­tique de Ro­ma­no Pro­di, fé­dé­ra­liste eu­ro­péenne, au­teur de Good­bye Eu­rope, Syl­vie Gou­lard com­mente le Brexit.

Syl­vie Gou­lard in­carne l’Eu­ro­péenne mi­li­tante et elle a fait du fé­dé­ra­lisme son ob­jec­tif. Eu­ro­dé­pu­tée fran­çaise, elle a de­puis des mois poin­té les ar­ran­ge­ments entre le Royaume­Uni et l’Eu­rope, à l’ori­gine dit­elle d’une me­nace sur l’Union elle­même. Elle s’en ex­plique dans un es­sai, un plai­doyer pour l’Eu­rope, qu’elle pu­blie chez Flam­ma­rion (*).

Pour Syl­vie Gou­lard, Da­vid Ca­me­ron a ob­te­nu tout ce qu’il ré­cla­mait au nom des Bri­tan­niques. « À Bruxelles, écrit­elle, l’idée s’est ré­pan­due qu’il était im­pos­sible de leur re­fu­ser quoi que ce soit. C’était ac­cep­ter de se sou­mettre à ce qu’il faut bien ap­pe­ler un chan­tage, alors même que l’Union eu­ro­péenne re­pose sur le prin­cipe de co­opé­ra­tion loyale. »

Force est de consta­ter que mal­gré cet af­fran­chis­se­ment des règles com­munes, les Bri­tan­niques ont dit non.

Or­ga­ni­ser la sor­tie dès que pos­sible

« Au­jourd’hui, ex­pli­quait Syl­vie Gou­lard au ma­tin du Brexit, il ne s’agit pas d’avoir la main qui tremble. Le scé­na­rio est ce­lui d’une sor­tie. Il faut or­ga­ni­ser la sé­pa­ra­tion aus­si ra­pi­de­ment et aus­si or­don­née que pos­sible. » Ce­la veut dire qu’il faut ap­pli­quer les règles, no­tam­ment l’ar­ticle 50 du trai­té de Lis­bonne. « Je se­rais fa­vo­rable à ce que le com­mis­saire et les col­lègues eu­ro­dé­pu­tés bri­tan­niques se mettent en ré­serve, même si ce n’est pas à la lettre dans le trai­té. Ça n’au­rait au­cun sens d’avoir des Bri­tan­niques qui votent sur des textes qu’ils ne met­tront ja­mais en oeuvre ! »

Il ne peut bien en­ten­du y avoir de condi­tions po­sées par Londres pour sor­tir. « Il faut ap­pli­quer le trai­té. Ce n’est qu’en­suite qu’on pour­ra exa­mi­ner la si­tua­tion pour re­nouer des re­la­tions. »

Quant à sa­voir si le Brexit peut être conta­gieux à d’autres, Syl­vie Gou­lard rap­pelle que les pères fon­da­teurs avaient eu la sa­gesse de ne pas dire qu’il y avait une pro­cé­dure de sor­tie. Ce n’est qu’en 2009 que cette op­tion a été pré­ci­sée. « C’était des gé­né­ra­tions qui avaient vé­cu la guerre et qui sa­vaient très bien que les êtres hu­mains se mettent par­fois dans des si­tua­tions dont ils éva­luent mal toutes les consé­quences. »

Bien sûr tous les re­gards sont tour­nés vers la France, qui, dit l’eu­ro­dé­pu­tée « a une res­pon­sa­bi­li­té eu­ro­péenne parce qu’elle a été fon­da­trice. Il faut rap­pe­ler quel était l’état d’es­prit des fon­da­teurs. C’était de faire pré­va­loir l’in­té­rêt com­mun sur les in­té­rêts par­ti­cu­liers, c’était l’ac­cep­ta­tion de struc­tures à ca­rac­tère su­pra­na­tio­nal pour in­car­ner cet in­té­rêt com­mun. L’idée c’est de re­trou­ver cet es­prit co­opé­ra­tif, de res­pect mu­tuel. »

S’ap­puyer sur les pays de la zone eu­ro

Alors que faire ? Ren­for­cer le groupe d’États le plus per­ti­nent : les États de la zone eu­ro. « Tous les pays prêts à payer le prix d’un par­tage de sou­ve­rai­ne­té doivent être in­vi­tés à par­ti­ci­per. Il fau­dra très clai­re­ment avan­cer, avec les pays qui sont prêts. » Ce­la veut dire mieux or­ga­ni­ser l’Eu­rope des dif­fé­rents cercles et ren­for­cer le groupe de pays les plus avan­cés, ceux de la zone eu­ro.

Ain­si est le pro­jet pour le­quel mi­lite Syl­vie Gou­lard qui re­jette cer­taines né­go­cia­tions. « Tous les com­pro­mis ne sont pas bons à prendre, écrit­elle. Ceux qui, comme ce­lui­ci (le com­pro­mis avec la Grande­Bre­tagne), confinent à la com­pro­mis­sion sur l’es­sen­tiel, doivent être re­je­tés. »

Dé­sor­mais la mise au clair s’im­pose. Sauf à conti­nuer vers la désa­gré­ga­tion de l’Union. « Bref, on peut re­faire l’Eu­rope », et pour ce­la, ajoute Syl­vie Gou­lard, il faut que le couple fran­co­al­le­mand prenne la main.

SYL­VIE GOU­LARD. « La re­la­tion fran­co-al­le­mande est à re­cons­truire. » PHO­TO DO­MI­NIQUE PARAT

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