Condam­né à vingt ans de ré­clu­sion

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - RÉGION FAITS DIVERS - Guillaume Bel­la­voine guillaume.bel­la­voine@cen­tre­france.com

Yves Ma­hé n’a pas le­vé le voile de sa mé­moire sur l’ins­tant fa­tal du 12 juillet 2012. Il ne sait pas com­ment la queue de détente de son fu­sil de chasse a été ac­tion­née, il n’a pas vu la bles­sure de son ami Ch­ris­tian Thé­ve­net, et il ne l’a pas vu s’ef­fon­drer de­vant son stu­dio de Pré­mil­hat (Al­lier).

La cour d’assises de Mou­lins, par la voix de son pré­sident Étienne Fra­din, a pal­lié son trou de mé­moire par « des don­nées fac­tuelles et tech­niques » et l’a condam­né, ven­dre­di, à vingt ans de ré­clu­sion cri­mi­nelle pour as­sas­si­nat. La même peine avait été re­quise.

Me­naces de mort

La pré­mé­di­ta­tion s’ap­puie sur plu­sieurs rai­sons, à com­men­cer par les me­naces de mort pro­fé­rées par Yves Ma­hé à Ch­ris­tian Thé­ve­net, une heure et de­mie avant le coup de fu­sil dans un bar de Mont­lu­çon. La cour d’assises a éga­le­ment vu la pré­pa­ra­tion du crime dans le tra­jet qu’Yves Ma­hé a par­cou­ru jus­qu’à chez lui, à Trei­gnat, pour al­ler cher­cher un fu­sil et deux car­touches, pour en­suite re­ve­nir dans l’ag­glo­mé­ra­tion mont­lu­çon­naise, à l’étang de Sault, chez Ch­ris­tian Thé­ve­net. « À chaque étape, il au­rait pu s’ar­rê­ter », a re­le­vé l’avo­cate gé­né­rale, Em­ma­nuelle Car­niel­lo.

Le ca­non se trou­vait à 30 cen­ti­mètres du corps de la vic­time quand le coup a été ti­ré. Plu­sieurs or­ganes – le pan­créas, un rein, le foie, le co­lon – ont été abî­més par les deux cents plombs de la car­touche.

Ch­ris­tian Thé­ve­net a­t­il pu sai­sir l’arme et pro­vo­quer un dé­part de coup ac­ci­den­tel ? Les mains de la vic­time ne pré­sen­taient pas de brû­lures, ses em­preintes et son ADN n’ont pas été re­trou­vés sur le ca­non.

Pour Me Mo­ha­med Kha­ni­far, qui dé­fen­dait l’ac­cu­sé, il n’existe pas de mo­bi­ le. « Ce n’est pas la carte grise ni la ba­gnole », dit­il. La ge­nèse du drame est à trou­ver dans la forte ami­tié tis­sée entre Ch­ris­tian Thé­ve­net et Yves Ma­hé, des com­pa­gnons de comp­toir qui jar­di­naient et bri­co­laient en­semble, et qui pou­vaient comp­ter l’un sur l’autre.

« J’y pense jour et nuit »

Le psy­chiatre a évo­qué un cli­mat pas­sion­nel. Le psy­cho­logue a dé­crit un cock­tail de co­lère, de pas­sion et d’im­pul­si­vi­té qui pou­vait être à l’ori­gine du meurtre.

La rup­ture de son ami­tié avec Ch­ris­tian Thé­ve­net a semble­t­il été mal vé­cue par Yves Ma­hé, et la ba­garre entre les deux hommes une heure et de­mie avant les faits a dé­clen­ché son coup de sang.

Yves Ma­hé se dit res­pon­sable de la mort de son ami. Il garde pour lui le mystère sur sa vo­lon­té ou non de tuer. « J’y pense jour et nuit de­puis quatre ans, Et j’y pen­se­rai toute ma vie », a­t­il dit.

AVO­CAT. Me Mo­ha­med Kha­ni­far (à droite), ici avec l’avo­cate gé­né­rale Em­ma­nuelle Car­niel­lo et le pré­sident Étienne Fra­din, a dé­fen­du l’ac­cu­sé avec Me Fa­brice-Em­ma­nuel Héas. PHOTO FRAN­ÇOIS-XA­VIER GUTTON

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