Le ré­seau so­cial qui car­bure aux idées

La com­mu­nau­té Ma­keSense mise sur l’in­tel­li­gence col­lec­tive pour don­ner du grain à moudre aux start­up en­ga­gées sur des causes so­cié­tales. Illustration à Cler­mont­Fer­rand avec un hold­up et des « cer­veaux ».

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Na­tha­lie Van Praagh na­tha­lie.van­praagh@cen­tre­france.com

Un hold­up. Mais pas de bu­tin. Juste des idées. Pour se faire la malle avec. Le bra­quage du jour, or­ga­ni­sé par la com­mu­nau­té Ma­keSense, réunit six « cer­veaux » à Cler­mont­Fer­rand, prêts à phos­pho­rer jus­qu’à l’ébul­li­tion au pro­fit d’une en­tre­prise nais­sante nom­mée Fark­li on­line.

Laure, 38 ans, 2 en­fants, pré­sente sa jeune pousse : une pla­te­forme de vente d’ob­jets qui peuvent « chan­ger le monde », pas moins !, en tout cas le quotidien et ré­pondre à des ques­tions so­cié­tales, so­ciales ou en­vi­ron­ne­men­tales. Un lieu où des en­tre­prises de moins de 100 per­sonnes, ar­ti­sans et ar­tistes, mettent en vente les pro­duits ou ser­vices qu’ils créent, di­rec­te­ment à des­ti­na­tion de leurs clients, sans autre in­ter­mé­diaire. La pla­te­forme na­vigue sur le prin­cipe de la vi­ra­li­té, par re­com­man­da­tion de par­rains ré­mu­né­rés, dans l’es­prit des ani­ma­teurs Tup­per­ware.

Mais qui peuvent être les ache­teurs ? Quel est leur pro­fil, sur quel cré­neau en par­ti­cu­lier et à quel prix ? Voi­là l’exer­cice en forme de casse­tête chi­nois au­quel sont sou­mis les « cer­veaux ». Il va leur fal­loir trou­ver un nom aus­si pour un ma­ga­sin bien réel. « Car on ar­rive à la fin du tout nu­mé­rique », sti­pule Laure. Donc, dans la bou­tique éphé­mère (style con­cept store), on res­sen­ti­ra et es­saye­ra pour être convain­cu de son achat que sur le site on com­man­de­ra et ré­gle­ra.

Un post­it = une idée. Er­wan, le « gang­ster » qui di­rige l’atelier et met au point le bra­quage, fixe le prin­cipe de base tan­dis que le groupe se dit bon­jour au­tour d’un jus de fruit et d’une tranche de sau­cis­son… Dif­fi­cile de ré­flé­chir l’es­to­mac vide. Deux­trois to­mates plus tard, l’étu­diant en MBA de ma­na­ge­ment met en pra­tique la pre­mière règle – « bri­ser la glace, lais­ser sa ti­mi­di­té au ves­tiaire » – et com­mande au pu­pitre de se le­ver pour ta­per dans les mains, trou­ver la ca­dence en as­so­ciant des mots, bref se mettre dans le bain. « Al­lez, al­lez, tout ce qui vous passe par la tête ! », en­cou­rage­t­il. Le tour de chauffe est un peu hé­si­tant, ap­proxi­ma­tif mais tant pis ! : c’est par­ti pour deux heures de brains­tor­ming.

Boîte à ou­tils

L’échan­tillon est va­rié : Ca­role suit un stage chez Fark­li on­line, Kris­ti­na est l’amie d’Er­wan, Nan­da a co­fon­dé un site de co­voi­tu­rage de pro­duits fer­miers, Joan­na tra­vaille dans le sec­teur de la consom­ma­tion res­pon­sable, Co­lette vient de prendre sa re­traite d’en­sei­gnante, Maï­mo­na­tou (de Ma­keSense aus­si) passe une thèse en chi­mie et ré­flé­chit avec sa ma­man sur une pla­te­forme in­no­vante d’édu­ca­tion et de garde d’en­fants.

Les « cer­veaux » savent ou réa­lisent vite que pour ou­vrir le coffre­fort, ils n’uti­li­se­ront ni pied­de­biche ni bâ­ton de dy­na­mite. Les clefs som­meillent dans leur propre boîte à ou­tils. Mais en­core faut­il se creu­ser as­tu­cieu­se­ment les mé­ninges pour sor­tir le bon trous­seau.

Le mur des ins­pi­ra­tions im­pose à tous de se­couer le co­co­tier, ré­agir du tac au tac à la ques­tion : quel pro­duit ou quel ser­vice vous se­rait utile ? Quitte à pri­vi­lé­gier pour l’ins­tant la quan­ti­té sur la qua­li­té. Les idées fusent sur les post­it – elles sont toutes les bien­ve­nues – et sont par­ta­gées à voix haute. Le ta­bleau blanc se noir­cit à vue d’oeil : une co­cot­te­mi­nute rem­plie à ras bord, pleine d’in­gré­dients. Mais il reste à écrire la re­cette.

L’heure est au compte, au dé­compte plu­tôt des points at­tri­bués par cha­cun à telle ou telle idée. Er­wan re­tient les cinq angles forts – ils ont trait à l’en­ga­ge­ment ci­toyen, le lien so­cial, la pa­ri­té, les éner­gies re­nou­ve­lables – les met de cô­té et siffle la pause casse­croûte.

Hors zone de confort

Les Zu­tyles, Lo­cal Spot, Le Gong… Les noms re­te­nus pour le ma­ga­sin, au dé­part consi­dé­rés comme mau­vais ou foi­reux, ont été re­tra­vaillés sur le prin­cipe de l’amé­lio­ra­tion par le par­tage. La mé­tho­do­lo­gie em­ployée, à re­brous­se­poil, hors de la zone de confort, dé­voile au fur et à me­sure sa ca­pa­ci­té à gé­né­rer de la créa­ti­vi­té chez les par­ti­ci­pants en les pous­sant dans leurs der­niers re­tran­che­ments.

Le ter­mi­nus se pro­file. Er­wan consti­tue trois sous­groupes avec la mis­sion d’ima­gi­ner le con­cept store, d’en tra­cer les contours jus­qu’à in­ter­ro­ger son ar­chi­tec­ture, son éco­sys­tème. Le ré­sul­tat est bluf­fant par le che­min par­cou­ru si ra­pi­de­ment. Du temps ga­gné pour Laure et de quoi ali­men­ter sa ré­flexion, y com­pris sur le mo­dèle éco­no­mique, avec le conte­nu du hol­dup en­re­gis­tré sur son smart­phone…

Un post­it = une idée. Mais avant, un jus de fruit, une to­mate, une tranche de sau­cis­son…

TEM­PO. Ta­per dans les mains et trou­ver la ca­dence en as­so­ciant des mots. « Al­lez, al­lez, tout ce qui vous passe par la tête ! » PHOTO PIERRE COUBLE

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