Jacques Chi­rac dans l’obj

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Fran­çois Des­noyers

Le photo­re­por­ter Ch­ris­tian Viou­jard a pris le pouls de la pla­nète tout au long de sa car­rière. Sur plu­sieurs dé­cen­nies, il a aus­si réa­li­sé un cap­ti­vant re­por­tage au long cours : les por­traits pu­blics et in­times de Jacques Chi­rac. Un livre à pa­raître ces jours­ci les réunit.

est un homme qui confie « écrire en pho­tos ». 45 ans de pra­tique pro­fes­sion­nelle ont per­mis à Ch­ris­tian Viou­jard de réa­li­ser un im­mense ré­cit de l’his­toire du monde. Une his­toire qu’il a sui­vie au plus près, der­rière son ob­jec­tif, pour les plus grands mé­dias. Il a été té­moin de l’ou­ver­ture pro­gres­sive de la Chine com­mu­niste, a sui­vi les der­niers temps de la dic­ta­ture fran­quiste en Es­pagne, cou­vert les pre­miers mois de la guerre en You­go­sla­vie. Ce fai­sant, il a don­né à sa vie un re­lief peu com­mun, ryth­mée par les grands évé­ne­ments qui ont tou­ché la pla­nète.

Ha­bi­ter la fi­gure my­thique du pho­to­jour­na­liste cou­rant le monde. Un rêve pour beau­coup, une réa­li­té pour peu d’élus. Une chance exal­tante ? C’est au contraire sans su­per­la­tif que le pho­to­graphe cite au­jourd’hui po­sé­ment ses mul­tiples en­vi­ron­ne­ments de tra­vail suc­ces­sifs, cette Europe de l’Est qu’il a ap­pris à con­

naître, cette Afrique éga­le­ment, où il a réa­li­sé nombre de re­por­tages, le Pro­cheO­rient et… cette Cor­rèze qu’il a ar­pen­tée si sou­vent et qui consti­tue un élé­ment es­sen­tiel pour com­prendre son par­cours.

Sa vie pro­fes­sion­nelle ne com­mence pour­tant ni dans les éten­dues ru­rales du centre de la France, ni à l’autre bout du globe… Elle se ré­sume au quotidien d’élec­tro­ni­cien. Un quotidien, une « pe­tite vie » que ce « Pa­ri­sien pur jus » va pro­gres­si­ve­ment avoir du mal à sup­por­ter. « J’en ai eu marre », ré­sume­t­il. Il prend alors « le che­min de la li­ber­té ». La photo, qui n’était alors qu’une ac­ti­vi­té de détente, au même titre que le rug­by, va pro­gres­si­ve­ment s’im­po­ser à lui comme une évi­dence.

Le dé­clic des volcans

Em­bau­ché comme ap­pren­ti dans une pe­tite agence de presse pa­ri­sienne en 1971, il devient pho­to­graphe de presse et va ra­pi­de­ment sai­sir quelques pré­cieuses fi­gures im­po­sées du mé­tier. Une ren­contre, dé­ter­mi­nante, avec le vul­ca­no­logue Ha­roun Ta­zieff, qu’il cô­toie sur les ter­rains de rug­by, lui ouvre une voie vers des re­por­tages d’ex­cep­tion, au plus près de grands volcans du monde. Il fait ses pre­mières ventes. Puis les piges s’en­chaînent, jus­qu’à ce qu’il in­tègre, en 1974, l’agence Gam­ma presse images. Il va y res­ter 28 ans, jus­qu’en 2002, an­née où il re­par­ti­ra dans la pige.

Tout en cou­vrant des zones géo­gra­phiques de plus en plus vastes à tra­vers le monde pour l’agence, Ch­ris­tian Viou­jard va pro­gres­si­ve­ment orien­ter éga­le­ment son ob­jec­tif vers un autre su­jet : la per­sonne de Jacques Chi­rac. Il va ain­si, dès les an­nées 70, mettre ses pas dans ceux d’un homme po­li­tique en pleine as­cen­sion. Son oeil le sui­vra tant dans ses pre­miers mi­nis­tères, à Ma­ti­gnon, qu’à la mai­rie de Pa­ris ou à l’Ély­sée. Ces cli­chés, pré­cieux, sont au­jourd’hui une porte d’en­trée ori­gi­nale pour ten­ter de com­prendre cet ac­teur de la vie po­li­tique fran­çaise si dif­fi­cile à sai­sir.

Cor­rèze en tous sens

Pour « suivre » Jacques Chi­rac, le pho­to­graphe ap­pli­que­ra les re­cettes qui lui ont per­mis d’être re­con­nu dans le sec­teur de la presse ma­ga­zine. « C’est un mé­tier où il est es­sen­tiel de de­van­cer l’ac­tua­li­té, être fi­na­le­ment plus un ma­ra­tho­nien qu’un sprin­teur, ex­plique­til. Il y a tou­jours eu, dans ma dé­marche, un im­por­tant tra­vail en amont pour al­ler cher­cher l’in­for­ma­tion. » Ce tra­vail d’an­ti­ci­pa­tion per­met à Ch­ris­tian Viou­jard de connaître au mieux l’agenda de l’homme po­li­tique et, par consé­quent, les lieux où il faut être pour avoir la bonne image. « Avec le temps, on ar­rive éga­le­ment à connaître ses ha­bi­tudes, comme son goût pour le contact avec les gens, pour­suit­il. Ce­la per­met­tait de sa­voir où se pla­cer. »

Le pho­to­graphe sui­vra le po­li­tique à tra­vers le monde, mais éga­le­ment, dans son coeur bat­tant, cette Cor­rèze qu’il a par­cou­rue en tous sens. Ch­ris­tian Viou­jard se­ra sou­vent du voyage. Il im­mor­ta­li­se­ra nombre de scènes pu­bliques. Chi­rac, bat­tant la cam­pagne, ser­rant des mains à la vo­lée, tou­jours en mou­ve­ment… Mais il li­vre­ra aus­si un re­gard sur un Chi­rac in­time, au fil de cli­chés en fa­mille, sou­vent au cô­té de Ber­na­dette.

Au­tant de pho­tos qu’il offre dé­sor­mais au re­gard du pu­blic. Après plu­sieurs expositions en 2015, c’est un ou­vrage qui doit pa­raître dans les jours qui viennent (voir ci­contre). Ma­nière, pour lui, de « faire connaître Jacques Chi­rac d’une autre fa­çon ».

BAIN DE FOULE. Ch­ris­tian Viou­jard a sui­vi Jacques Chi­rac lors de sa vi­site à Mayotte en mai 2001. © CH­RIS­TIAN VIOU­JARD

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.