J

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE -

e vous écris de Bag­dad où je suis ve­nu cou­vrir la ba­taille de Fal­loud­ja, pre­mière ville tom­bée entre les mains de Daech en jan­vier 2014, que les forces de sé­cu­ri­té ira­kiennes ont re­prise, il y a exac­te­ment une se­maine. Sur­pre­nante vic­toire au terme de vingt jours seule­ment de com­bat dans ce bas­tion du dji­ha­disme, là où l’État is­la­mique fa­bri­quait en sé­rie ses voi­tures pié­gées pour com­mettre en­suite des at­ten­tats meur­triers. Même s’il y a pro­ba­ble­ment eu ar­ran­ge­ment entre Daech et le gou­ver­ne­ment ira­kien – l’État is­la­mique (EI) a lais­sé sor­tir les ci­vils, Bag­dad a lais­sé fuir les cadres de Daech – c’est une belle vic­toire contre le fa­na­tisme. Mais la guerre contre le ter­ro­risme est loin d’être ter­mi­née. sage cou­vert de pous­sière, as­sis sous un ma­te­las de for­tune par­mi les siens. « Les au­to­ri­tés nous re­prochent de ne pas avoir fui Fal­loud­ja plus tôt », dit­il, « mais com­ment au­rions­nous pu ? C’était im­pos­sible. On était otages de Daech ». L’État is­la­mique a su­bi un nou­veau re­vers, mais ce n’est pas en­core la fin de la me­nace dji­ha­diste en Irak. L’EI contrôle en­core Mos­soul, sa « ca­pi­tale » dans le nord du pays, ain­si qu’un cha­pe­let de villes, le long de l’Eu­phrate, non loin de la fron­tière sy­rienne, où nombre de dji­ha­distes ayant fui Fal­loud­ja sont par­tis se ca­cher. Dans le dé­sert, ai­dés par des ha­bi­tants qui ont tout à craindre des re­pré­sailles du gou­ver­ne­ment ira­kien parce Une ville où la ter­reur s’est en­core in­ten­si­fiée. Mer­cre­di, après de mul­tiples ten­ta­tives in­fruc­tueuses, j’ai pu en­trer en contact par té­lé­phone avec un ha­bi­tant de Mos­soul. C’est ex­trê­me­ment rare, Daech cou­pant la plu­part du temps le ré­seau In­ter­net. C’est un cri d’alarme qu’il nous livre : « À Mos­soul, nous at­ten­dons avec im­pa­tience l’ar­ri­vée de l’ar­mée ira­kienne. On a re­gar­dé ce qui s’est pas­sé à Fal­loud­ja. On n’en peut plus de vivre sous le joug de Daech. Les dji­ha­distes sont de­ve­nus en­core plus mé­chants, car ils sentent que c’est bien­tôt la fin pour eux. Ils passent, par exemple, de plus en plus fré­quem­ment dans les mai­sons pour re­ti­rer les pa­ra­boles » qui per­mettent aux mos­sou­liotes de s’échap­per de la gri­saille du quotidien pour re­gar­der la té­lé­vi­sion. Mo­ham­med – un nom d’em­prunt – ne tra­vaille plus de­puis deux ans que Daech s’est em­pa­ré de sa ville na­tale. « J’ai­me­rais quit­ter Mos­soul avec ma femme et mes trois en­fants, mais c’est très dif­fi­cile, Daech nous l’in­ter­dit. Ou alors il faut payer très cher des in­ter­mé­diaires qui nous dé­livrent les per­mis­sions qui nous per­met­tront de fran­chir les bar­rages de Daech, mais l’État is­la­mique là­en­core pour­chasse ses in­ter­mé­diaires ». Bref, Mo­ham­med reste pri­son­nier de ses nou­veaux maîtres. Iro­nie de l’his­toire : ce sun­nite était plu­tôt bien­veillant à l’ar­ri­vée des dji­ha­distes à Mos­soul, il y a deux ans. « Ce sont des ré­vo­lu­tion­naires qui vont nous li­bé­rer de l’op­pres­sion du gou­ver­ne­ment chiite de Bag­dad » s’en­thou­sias­mait­il alors de­vant un de ses amis de Bag­dad qu’il sol­li­cite au­jourd’hui pour l’hé­ber­ger. « Mais ne t’in­quiète pas, ajou­tait­il, on ne vous fe­ra pas de mal ». Cet ami chiite au­jourd’hui sou­rit : après un mois d’oc­cu­pa­tion de Mos­soul, Daech mon­tra son vrai vi­sage, ce­lui d’une or­ga­ni­sa­tion pour qui la ter­reur de masse fait fi­gure de pro­gramme po­li­tique. « On aime la li­ber­té, vous sa­vez ! », lâche Mo­ham­med avant de rac­cro­cher.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.