Bain ef­fer­ves­cent

Dans une bour­gade en Ga­li­lée, la guerre éclate entre hé­do­nistes, re­li­gieux, mi­grants. Une his­toire de sexe, de fu­reur tra­ver­sée de rires.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Da­niel Mar­tin da­niel.mar­tin@cen­tre­france.com

Is­raël peut s’en­or­gueillir d’être, avec l’Au­triche, l’un des pays les plus mal­trai­tés par ses écri­vains. Preuve sup­plé­men­taire : Esh­kol Ne­vo, un qua­dra par­fai­te­ment in­con­nu en France bien que quatre de ses ro­mans aient été tra­duits (*). L’au­teur d’une oeuvre émi­nem­ment cor­ro­sive et tru­cu­lente dans la veine d’un Cald­well (Le Pe­tit ar­pent du Bon Dieu) ou du Chi­nois Yan Lianke (Bons bai­sers de Lé­nine). Comme eux, il sait mê­ler le sa­cré et le pro­fane, s’amu­ser de ses per­son­nages, des ploucs, des bou­seux très hu­mains déso­rien­tés par l’avan­cée du monde.

Esh­kol Ne­vo, donc, est à dé­cou­vrir de toute ur­gence. Pour­quoi pas avec ce Jours de miel pa­ru en fé­vrier dans une to­tale in­dif­fé­rence ?

Il est une ville, en Ga­li­lée, pas riche, pas belle, tout au nord d’Is­raël, de fait, proche du Li­ban et sou­mise à des tirs spo­ra­diques (on est en 1990), mais pro­té­gée par une gar­ni­son dis­crète.

Une ci­té ou­bliée que le maire a sou­hai­té re­vi­ta­li­ser en ac­cueillant des mi­grants Russes. Quand il les ima­gi­nait jeunes et frin­gants, il a vu ar­ri­ver un convoi de vieillards. De par­faits mé­créants vo­lon­ tiers li­bi­di­neux, to­ta­le­ment dé­pla­cés sur cette terre de pié­té où pul­lulent les mau­so­lées.

Il les re­lègue dans un quar­tier plus déshé­ri­té que déshé­ri­té, vite dé­nom­mé « Si­bé­rie » où il fe­ra pour­tant bâ­tir le mikwé (bain sa­cré) qu’un riche amé­ri­cain lui de­mande, en mé­moire de sa femme. La guerre est dé­cla­rée ! Il ne le sait pas.

Ain­si com­mence cette his­toire pleine de rire, de sexe et de fu­reur. On y ver­ra des re­pré­sen­tants de toute la so­cié­té is­raé­lienne. Et même un jeune ara­bo­is­raé­lien. Tou­jours sus­pec­té, tou­jours ac­cu­sé de mille mots. Pour­tant très doux, très sage et lu­cide : « Tous ceux qui ont es­sayé de faire la paix ont été as­sas­si­nés. Ce pays est mau­dit », di­ra­t­il. ■ (*) Dont le re­mar­quable Neu

land, pu­blié en 2014 chez Gal­li­mard, tou­jours dans la tra­duc­tion de Jean­Luc Al­louche.

ESH­KOL NE­VO. « Les jours de miel » : un espoir de bon­heur et de paix, tou­jours re­mis en ques­tion. DR

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