« Moi, je n’ai pas bou­gé »

L’ex­mi­nistre re­ven­dique sa fi­dé­li­té au Par­ti so­cia­liste

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 JOURS EN POLITIQUE - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Il fait par­tie de ceux, nom­breux, qui « ré­flé­chissent », avant d’en­trer dans l’arène. Le dé­pu­té so­cia­liste Be­noît Ha­mon re­grette le « dé­rè­gle­ment » po­li­tique ac­tuel et juge « in­dé­cente » cette « lune de miel pro­lon­gée entre le Me­def et le gou­ver­ne­ment ».

«Ima­gi­nez que c’est la gauche qui fait ce­la, et dans ce quin­quen­nat… Ça me navre ». Le dé­pu­té des Yve­lines, an­cien mi­nistre de l’Édu­ca­tion na­tio­nale, dé­bar­qué après avoir trin­qué avec Mon­te­bourg un jour d’été 2014, dit « ne pas com­prendre l’en­tê­te­ment du gou­ver­ne­ment » sur la loi Tra­vail, alors que le peuple gronde. « Avec Nicolas Sar­ko­zy, c’était “tra­vailler plus pour ga­gner plus”. Avec nous, ce se­ra “tra­vailler plus pour ga­gner moins”. On va al­lon­ger le temps de tra­vail et moins payer les heures sup­plé­men­taires. Je suis triste ».

« Ma dé­ci­sion au cours de l’été »

Il y a de quoi en perdre le nord po­li­tique, se­lon lui. Be­noît Ha­mon, prêt s’il fal­lait à re­si­gner une mo­tion de cen­sure, ne veut pas « uti­li­ser des mots très graves comme la tra­hi­son ». « Di­sons que dans ce dé­rè­gle­ment de la vie po­li­tique, ce désordre, cer­tains re­pères ont été per­dus. Dé­chéance de na­tio­na­li­té, loi Tra­vail, baisse du pou­voir d’achat… Les élec­teurs de gauche ne se re­con­naissent pas dans des dé­bats ou des actes em­prun­tés à nos ad­ver­saires ». Il a choi­si son camp et juge « in­dé­cente », « in­sup­por­table » cette « lune de miel pro­lon­gée entre le gou­ver­ne­ment et le Me­def ».

Par ailleurs, « je ne pense pas que le sa­lut de la France passe par un dé­bat fra­cas­sant sur notre iden­ti­té ou nos ori­gines, plus ou moins fan­tas­mées », confie ce­lui qui a gran­di entre le Sé­né­gal et la Bre­tagne, en­ga­gé de­puis long­temps contre le ra­cisme.

Pour le fron­deur, les cli­ vages gauche­droite de­vraient être clairs. Il se ré­jouit que le prin­cipe d’une pri­maire à gauche ait été ac­té. « Cet exer­cice dé­mo­cra­tique est né­ces­saire. Il montre qu’il n’y a pas de can­di­dat na­tu­rel ». Tel Fran­çois Hollande, soit dit en pas­sant… « Je suis im­pa­tient que le dé­bat ait lieu. Il faut qu’il soit le plus clair et le plus lim­pide pos­sible. Au­cun su­jet ne se­ra tabou ».

Reste à sa­voir com­ment il va y par­ti­ci­per. Il « ré­flé­ chit ». Comme tant d’autres. « Je pren­drai ma dé­ci­sion au cours de l’été ».

Mon­te­bourg, Fi­loche, Lie­ne­mann, Ha­mon… L’aile gauche du Par­ti so­cia­liste pa­raît bien épar­pillée. L’an­cien mi­nistre trouve étrange que les clas­si­fi­ca­tions le poussent dé­sor­mais un peu plus vers la gauche. « Moi, je n’ai pas bou­gé. Je suis au Par­ti so­cia­liste », ap­puie­til, niant toute res­pon­sa­bi­li­té dans la « trans­la­tion opé­rée ». Éternel dé­bat entre les pro­duits d’ori­gine et les dé­na­tu­rés qui n’a pas fi­ni d’ali­men­ter la chronique du par­ti…

Dis­cret sur sa vie pri­vée

Il se sent un peu à part dans le pay­sage po­li­tique. « J’ai créé mon en­tre­prise, j’ai été pro­fes­seur, j’ai tra­vaillé dans le pri­vé… Ils sont rares ceux qui sont is­sus de mi­lieux mo­destes. Les élites se re­pro­duisent entre elles ». À 49 ans, Be­noît Ha­mon, qui ne sort pas de l’ENA mais d’une fac d’his­toire, re­grette que le « re­nou­vel­le­ment des gé­né­ra­tions et des pro­fils ne s’opère pas ».

Le de­pu­té reste « très dis­cret » sur sa vie pri­vée : « J’ai choi­si une vie pu­blique et je l’as­sume, mon pa­tri­moine a été ren­du pu­blic. Mais ma fa­mille n’a pas choi­si, elle n’a pas à en su­bir les ser­vi­tudes ». À trop peo­po­li­ser sa vie, on fi­nit par « payer les pots cas­sés », croit­il. On sau­ra juste qu’il part, cet été, dans les Py­ré­nées­Orien­tales, au pied du Ca­ni­gou, en fa­mille. Et qu’il compte « pro­fi­ter de ses filles ». Et ré­flé­chir sans doute.

BE­NOÎT HA­MON. « La pri­maire à gauche montre qu’il n’y a pas de can­di­dat na­tu­rel ». PHOTO AFP

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