Quand l’in­tes­tin va, tout va

Avec le doc­teur Serge Ra­fal, le tube di­ges­tif devient pas­sion­nant et pro­met­teur

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - SEPTIÈME JOUR - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

L’an der­nier, l’Al­le­mande Giu­lia En­ders trou­vait un « charme dis­cret » à l’in­tes­tin, fai­sant même de lui le hé­ros d’un best-sel­ler. Au­jourd’hui, c’est du ta­lent, beau­coup de ta­lent même, que lui ac­corde le doc­teur Ra­fal. Avec lui, le tube di­ges­tif devient pal­pi­tant.

I l re­vient de loin ce boyau de huit mètres au­quel on at­tri­buait tout juste un in­grat et fonc­tion­nel rôle sca­to­lo­gique. L’in­tes­tin doit son sa­lut au sé­quen­çage du gé­nome hu­main, cette « ré­vo­lu­tion » da­tée de 2004 et ap­pli­quée à l’in­tes­tin en 2010. Et qui a per­mis de dé­tec­ter un ba­taillon, certes soup­çon­né, de bac­té­ries : plus de 1.000 es­pèces dif­fé­rentes co­lo­nisent ce tuyau. Pas moins d’« un ki­lo et de­mi », sou­pèse le doc­teur Serge Ra­fal, au­teur de Ben

mon cô­lon ! (Le­duc. s Édi­tions).

« Les bac­té­ries sont nos amies »

Et si ja­mais ce­la en re­bu­tait cer­tains, ce spé­cia­liste des mé­de­cines douces l’as­sure : « Les bac­té­ries sont nos amies ». Il en convient : « C’est un chan­ge­ment com­plet de pa­ra­digme ».

Ces bac­té­ries oc­cupent beau­coup d’ailleurs les têtes cher­cheuses des la­bos ces der­niers temps. Pas un jour où une étude ne lui par­vient pas quand il al­lume son or­di. C’est que tous les es­poirs semblent per­mis. « Nous sommes en train de vivre une pé­riode ré­vo­lu­tion­naire », as­sure Serge Ra­fal. « On se rend compte que, pro­ba­ble­ment, l’in­tes­tin in­ter­vient dans des ma­la­dies ch­ro­niques comme les si­nu­sites à ré­pé­ti­tion, les in­flam­ma­tions, ou en­core les ma­la­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives. Jus­qu’ici, on n’avait pas les moyens d’ex­plo­rer. On ex­tra­po­lait ». Mais ce temps où « l’in­tes­tin res­tait un grand tuyau où ça ren­trait et sor­tait » est der­rière nous. « Au­jourd’hui, il a droit à ses lettres de no­blesse ». On parle d’ailleurs de « se­cond cer­veau ».

Au dé­part, ce mé­de­cin pa­ri­sien vou­lait sur­tout s’in­té­res­ser à cette « po­pu­la­tion de plus en plus nom­breuse – 15 % tout de même – », qui dé­cide de sup­pri­mer les lai­tages, ou le glu­ten, voire adopte des ré­gimes san­té comme le Sei­gna­let. « L’ex­pé­rience me di­sait que ces pa­ tients al­laient mieux, mais je m’in­ter­ro­geais sur la lé­gi­ti­mi­té de leur dé­marche ».

Or, il se pour­rait bien qu’ils ne soient pas loin de la vé­ri­té, à re­gar­der les pe­tites pré­fé­rences ou les grands dé­goûts de nos bac­té­ries in­tes­ti­nales. « On se rend compte que notre san­té tient à ces bac­té­ries ». Au­tre­ment dit, si on les agresse avec de la street­food et des graisses sa­tu­rées, des piz­zas, des lai­tages de vache en grande quan­ti­té et des pa­ni­nis, elles n’as­surent plus leur garde im­mu­ni­taire et « vous al­lez dé­ve­lop­per des ma­la­dies ».

Qu’est­ce qu’elles aiment ces pe­tites bac­té­ries ? Les lé­gumes. « Ça, elles adorent », ré­pond le Dr Ra­fal. Et les fibres aus­si. « Elles raf­folent de tout ce qui fer­mente ». D’où son pro­nos­tic d’un re­tour pro­chain de l’agroa­li­men­taire à la lac­to­fer­men­ta­tion, même si le pas­teu­ri­sé n’a pas dit son der­nie­r mot, dans notre ci­vi­li­sa­tion im­pla­cable avec les in­fec­tions.

Prendre soin de son ali­men­ta­tion, donc de ses bac­té­ries, c’est aus­si… gar­der le sou­rire. « Les in­tes­tins fa­briquent en ef­fet 95 % la sé­ro­to­nine, la fa­meuse hor­mone de la bonne hu­meur. Là en­core, les omé­ga 3, les fibres et les lé­gumes ont fait leurs preuves ; « l’ali­men­ta­tion compte ».

L’espoir de pro­bio­tiques spécialisés

La na­ture est par­fois in­juste et cha­cun ne bé­né­fi­cie pas du même ca­pi­tal gé­né­tique in­tes­ti­nal. Ain­si, on sait que les condi­tions d’ac­cou­che­ment in­fluent : « Un bé­bé né par voie na­tu­relle est mieux pro­té­gé, tout comme ce­lui qui est al­lai­té ». On sait aus­si qu’un trai­te­ment an­ti­bio « peut flin­guer la flore in­tes­ti­nale », ajoute le Dr Serge Ra­fal. Après, la vie et son stress, ses coups durs, peuvent aus­si jouer les trouble­fête.

Un cha­pitre de son livre s’at­tarde sur le sur­poids. À l’ap­proche de la plage, peut­on es­pé­rer des bac­té­ries ? « C’est dans les tuyaux, mais on n’au­ra rien pour cet été ». Dom­mage… « On sait que cer­taines bac­té­ries font gros­sir, d’autres mai­grir ». Mais, comme dit le Dr Ra­fal, on ne va pas faire du trans­fert de flore comme chez les sou­ris d’ex­pé­ri­men­ta­tion. Alors, on cherche quels pro­bio­tiques se­raient utiles. Il en est cer­tain ; bien­tôt, au lieu des pré­pa­ra­tions gé­né­ra­listes ac­tuelles, nous au­rons des psy­cho­pro­bio­tiques, des im­mu­no­pro­bio­tiques, d’autres contre le sur­poids ou la mai­greur ».

Les la­bos y tra­vaillent. Et à l’écou­ter, on n’est pas au bout de nos sur­prises. « Je le ré­pète. Quand on sait – et ce n’est pas que moi qui le dis – que les bac­té­ries in­tes­ti­nales ont une in­fluence sur les ma­la­dies hi­ver­nales ou en­core les dé­gé­né­ra­tives, ou même jus­qu’aux troubles au­tis­tiques, on se dit Waouh ! »

DR SERGE RA­FAL. Au­teur. © DR

SUR LE POUCE. Pas le temps, pas en­vie… L’in­tes­tin nous fait payer tôt ou tard les mau­vaises ha­bi­tudes, comme en­glou­tir en trois mi­nutes un sand­wich, de­bout, la main sur son té­lé­phone… PHOTO MAXPPP

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