La ve­nue de Mi­chel Ro­card a tout chan­gé

Sa pré­sence à Vi­chy en 1989 a mo­di­fié le re­gard sur les « 80 »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - RÉGION ACTUALITÉ - Laurent Ber­nard

Au­jourd’hui, comme chaque 10 juillet, une cé­ré­mo­nie rend hom­mage aux 80 par­le­men­taires qui, le 10 juillet 1940, ont re­fu­sé de don­ner les pleins pou­voirs à Phi­lippe Pé­tain, lors du vote des par­le­men­taires réunis dans la grande salle de l’opé­ra de Vi­chy.

Mais c’est seule­ment de­puis la ve­nue de Mi­chel Ro­card, alors Pre­mier mi­nistre, en 1989, que la cé­ré­mo­nie a pris un ca­rac­tère of­fi­ciel. Car comme le rap­pe­lait le jour­na­liste de La Mon­tagne dans l’édi­tion du 11 juillet 1989 : « D’ha­bi­tude, cette cé­ré­mo­nie se dé­rou­lait en toute in­ti­mi­té, voire dans une cer­taine dis­cré­tion… »

« Pas de pe­san­teur sur ses épaules »

Ex­pli­ca­tions de Ch­ris­tophe Pom­me­ray, le se­cré­taire gé­né­ral du co­mi­té d’hon­neur des 80 : « Au­pa­ra­vant, l’État consi­dé­rait cette cé­ré­mo­nie comme anec­do­tique, car tout le monde pen­sait que Pé­tain avait fait vo­ter les pleins pou­voirs, et non les pleins pou­voirs consti­tuants, comme c’est le cas et fait de ce vote un vé­ri­table coup d’État. Et puis, à la Li­bé­ra­tion, il fal­lait ré­ conci­lier tout le monde, donc ne pas par­ler des choses qui fâ­chaient. »

« Puisque lui aus­si avait dit “non”, d’une cer­taine ma­nière, dans son camp, Mi­chel Ro­card avait vou­lu rendre hom­mage aux 80 », se sou­vient Jean­Mi­chel Bé­lor­gey, alors dé­pu­té de l’Al­lier. L’élu so­cia­liste avait été de ceux qui avaient in­sis­té pour que Mi­chel Ro­card se dé­place à Vi­chy, un 10 juillet. « Il avait un avan­tage, en 1940, il était trop pe­tit pour avoir des sou­ve­nirs qui le bles­saient. Tout le contraire de Jean Lau­rain, se­cré­taire d’État aux an­ciens com­bat­tants, qui avait été ré­sis­tant et m’avait ré­pon­du : “Moi je ne peux pas ve­nir à l’opé­ra de Vi­chy, tout ce­la est trop pour moi”. Car il avait vé­cu les évé­ne­ments à un âge dé­jà mûr. Ro­card, lui, se sen­tait très so­li­daire des 80, sans qu’il y ait sur lui cette pe­san­teur res­sen­tie par les gé­né­ra­tions pré­cé­dentes ».

Si des mi­nistres ont en­suite sui­vi les traces de Mi­chel Ro­card, il reste le seul Pre­mier mi­nistre à avoir pré­si­dé cette cé­ré­mo­nie.

Ce ma­tin, à 11 heures, elle se dé­rou­le­ra en pré­sence d’un re­pré­sen­tant du Sé­nat et d’un re­pré­sen­tant de l’As­sem­blée.

10 JUILLET 1989. Mi­chel Ro­card sur l’es­pla­nade de l’opé­ra, aux cô­tés du dé­pu­té Jean-Mi­chel Be­lor­gey, du maire Claude Mal­hu­ret, du sé­na­teur Jean Clu­zel et de deux des « 80 », Mau­rice Mon­tel et Émile Fou­chard. PHOTO LA MON­TAGNE

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