Un chas­seur de tor­nades dans le Can­tal

La pro­ba­bi­li­té d’ob­ser­ver une tor­nade dans le dé­par­te­ment est mince, et pour­tant de­puis deux ans…

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - RÉGION ACTUALITÉ - Da­vid Al­li­gnon da­vid.al­li­gnon@cen­tre­france.com

« Je com­mence à fil­mer. C’est la grande ex­ci­ta­tion »

Ven­dre­di 24 juin, une tor­nade se forme vers Di­enne, Pra­diers et Sé­gur-les-Villas. Plu­sieurs té­moins ont pris des pho­tos. Un seul a fil­mé. Nous l’avons ren­con­tré.

Sa vi­déo a été vi­sion­née plus de 50.000 fois sur la­mon­tagne.fr. Et pour lui, ce n’est pas une pre­mière. Jean­Jacques Cor­nille avait dé­jà fil­mé une tor­nade il y a deux ans de ça, le 11 juin 2014, tout près de Sé­gur­les­Villas (Can­tal) où il ré­side. À plus de 1.200 mètres d’al­ti­tude, il contemple les monts du Can­tal… et dé­sor­mais les tor­nades.

« La vi­tesse des vents »

L’ex­pé­rience, inoubliable, a fait de lui un pas­sion­né. Le des­tin a vou­lu qu’il as­siste une se­conde fois au phé­no­mène, le 24 juin der­nier. « Ce jour­là, mon fils aper­çoit un cône au­des­sus de la mon­tagne de Sé­gur­les­Villas et me contacte. Je monte vite sur le pla­teau, mais à mon ar­ri­vé, il avait dis­pa­ru. » Il pa­tiente et le cône se re­for­ me sans tou­te­fois tou­cher le sol. Jean­Jacques Cor­nille se dé­place en voi­ture pour ne plus lâ­cher le front nua­geux. Le cône se forme à trois ou quatre re­prises pour se muer en tu­ba. Par­ve­nu au carrefour de Ver­nols, le tu­ba s’étire en­fin jus­qu’à tou­cher le sol. Une tor­nade vient de naître. « Je suis à une di­zaine de ki­lo­mètres et je com­mence à fil­mer. C’est la grande ex­ci­ta­tion. Je vois très bien l’im­pres­sion­nante vi­tesse de ro­ta­tion des vents et toute la terre qui est as­pi­rée. »

D’après les connais­sances qu’il a ac­quises au gré de ses re­cherches, l’an­cien gen­darme es­time avoir été té­moin d’une F0 à F1 (force 0 à 5 sur l’échelle de Fu­ji­ta).

Pour la clas­si­fier avec pré­ci­sion, « il fau­drait des ins­tru­ments spé­ci­fiques pour me­su­rer la vi­tesse des vents et consta­ter les dom­mages cau­sés par la tor­nade ». Lun­di, nous nous ren­dons là où elle semble avoir frap­pé le sol, à plus de 1.300 mètres, vers la Jar­rige, sur la com­mune de Vèze. Des traces sont bien vi­sibles. Par en­droits, la prai­rie est lit­té­ra­le­ment pe­lée. L’herbe a dis­pa­ru et laisse ap­pa­raître la couche de terre. Ra­pi­de­ment, nous com­pre­nons que ça n’a rien de cli­ma­tique. C’est l’oeuvre des rats tau­piers ! Nous ap­pre­nons qu’un éle­veur de Pra­diers a su­bi des dé­gâts : sa ca­bane de traite de plu­sieurs tonnes a été dé­pla­cée sur une tren­taine de mètres.

Une sé­rie de tor­nades en 2014, puis cette an­née, sur une zone de 15 km2, JeanJacques Cor­nille ne se l’ex­plique pas. « Ça fait très long­temps que j’ha­bite ici et je n’ai ja­mais en­ten­du par­ler de tor­nades au­pa­ra­vant. Pour­quoi à cet en­droit pré­cis ? Les scien­ti­fiques nous ap­por­te­rons peut­être des ré­ponses si le phé­no­mène se re­pro­duit. » Se­lon lui, il se re­pro­dui­ra.

JU­MELLES. L’ou­til in­dis­pen­sable pour ten­ter de re­trou­ver les traces au sol lais­sées après son pas­sage. PHOTO D.AL­LI­GNON

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