« Alors for­cé­ment, je suis par­ta­gé… »

Entre France et Por­tu­gal, les Lu­si­ta­niens cler­mon­tois ont bien du mal à tran­cher

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - PUY-DE-DÔME - La ré­dac­tion

Les fran­co-por­tu­gais de Cler­mont ne pou­vaient rê­ver mieux. La fi­nale de l’Eu­ro de foot­ball op­pose ce soir leurs deux pays de coeur.

«Al­lez…, on es­père pour vous que le Por­tu­gal gagne », lance un client à Ma­ria Feir­rei­ra, la gé­rante d’O Ba­cal­hau, rue de la Bou­che­rie, à Cler­mont. Ar­ri­vée en France en 1970, elle ai­me­rait que son pays d’ori­gine gagne, ce soir, l’Eu­ro de foot­ball. Pen­dant la com­pé­ti­tion, elle avait sou­hai­té que la France soit contre le Por­tu­gal. « Je ne suis pas vrai­ment foot mais là c’est sûr, je vais re­gar­der le match. Et dans tous les cas je se­rais contente. »

Gagnants dans tous les cas

Ra­chel, une cliente et voi­sine, elle croit vrai­ment aux chances du Por­tu­gal. Elle table sur un 2­1 pour le Por­tu­gal, avec au moins un but de Ro­nal­do parce qu’il est « très bon, beau, gé­né­reux et ac­ces­sible ». Elle est très ex­ci­tée. La coif­feuse se­ra place de Jaude et compte bien don­ner de la voix pour sou­te­nir son équipe fa­vo­rite. Mais elle a peur des dé­bor­de­ments après « faut que ça reste une fête » pré­vien­telle.

An­to­nio De Li­ma est ar­ri­vé en 1970 pour tra­vailler chez Mi­che­lin, comme Ali­pio San­ta­rem. Main­te­nant leurs gar­çons y tra­vaillent. Si la France est leur deuxième pays, pour le foot­ball, leur pa­trie, c’est le Por­tu­gal. Tous les deux sont heu­reux que leur pays d’ori­gine af­fronte les Bleus : « Ca reste en fa­mille ! ».

Au bar por­tu­gais l’Es­to­ril, Nel­son, bar­man le soir, se­ra ga­gnant quoi qu’il en soit. « La France c’est mon pays, j’y suis né, je suis fier d’être fran­çais. Le Por­tu­gal re­pré­sente mes ori­gines. À l’Es­to­ril, tout le monde se réunit pour voir les matchs, et pas seule­ment les Por­tu­gais. On est tous unis. De toute fa­çon, on avait le pres­sen­ti­ment que la fi­nale se­rait France­Por­tu­gal. »

Près des Carmes, deux dra­peaux flottent aux fe­nêtres d’un ap­par­te­ment de­puis tout juste un mois. Un fran­çais et un por­tu­gais. « Ils y sont de­puis le dé­but de l’Eu­ro, j’ai sui­vi tous les matchs », clame An­gé­lique de Sou­sa, qui ha­bite ici. Ses deux en­fants ges­ti­culent dans tous les

sens, chan­tant « on est en fi­nale », sans que l’on sache s’ils évoquent la France ou le Por­tu­gal. Le plus jeune, une cas­quette tri­co­lore sur la tête, agite un fa­nion lu­si­ta­nien. « Si la France gagne, je se­rai contente. Si c’est le Por­tu­gal, je se­rai fière de mes ori­gines ».

Isi­dor Far­ta­ria, consul ho­no­raire du Por­tu­gal à Cler­mont, est du même avis. « Pour la fi­ nale de di­manche soir, quel que soit le ré­sul­tat, je se­rai cham­pion d’Europe, c’est très confor­table pour moi ! Mais d’un cô­té, j’en ar­rive au crève­coeur… Jus­qu’à pré­sent, tout était clair, je sup­por­tais le Por­tu­gal contre le Pays de Galles, la France contre l’Al­le­magne… Mais de­main, c’est le pays dans le­quel je suis né, qui af­fronte le pays qui m’a ac­cueilli il y a 52 ans. Alors, for­cé­ment, je suis par­ta­gé ! »

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