« Une pri­maire ver­rouillée »

Les dés sont pi­pés, se­lon le sou­ve­rai­niste Hen­ri Guai­no

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - JOURFS N REA CP E & OL ITIMQUOENDE ACTUALITÉS - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Au­tre­fois, il souf­flait à l’oreille de Nicolas Sar­ko­zy. À pré­sent, il as­pire à por­ter lui-même ses convic­tions, et ce­la jus­qu’au bout. Hen­ri Guai­no, can­di­dat à la pri­maire de la droite, dé­teste les livres de pro­gramme, le règne de la pe­tite phrase et la va­cui­té.

S’il ne dit pas que c’est per­du d’avance, il n’en est pas loin. Hen­ri Guai­no (59 ans) se sou­met à l’exer­cice de la pri­maire, sans lui por­ter beau­coup de sym­pa­thie. « Le sys­tème est ver­rouillé, to­ta­le­ment in­équi­table, s’agis­sant des par­rai­nages. D’abord, les ver­rous sont plus im­por­tants que pour une élec­tion présidentielle. En­suite, cer­tains dis­posent des fi­chiers des adhé­rents et d’autres pas. Or, com­ment tou­cher tout le monde lors­qu’on ne les a pas et, sur­tout, lorsque la di­rec­tion du par­ti ne fait au­cun ef­fort d’in­for­ma­tion à des­ti­na­tion des adhé­rents ? ».

Bref, « c’est com­pli­qué ». Mais qu’im­porte, le dé­pu­té des Yve­lines l’a dé­jà dit, si la pri­maire se re­fuse à lui, il pren­dra une route plus di­recte vers la présidentielle. « Si l’élec­tion est confis­quée par le par­ti – ce qui est contraire à l’es­prit de la Ve Ré­pu­blique que la fa­mille gaul­liste à la­quelle j’ap­par­tiens a tou­jours dé­fen­du –, alors j’irai cher­cher les 500 par­rai­nages d’élus à tra­vers la France ».

Oui, mais pour faire cam­pagne, il faut aus­si des sous. « Je se­rai dé­pen­dant de la bonne vo­lon­té de ceux qui me sou­tien­dront. Si je n’ai pas beau­coup d’ar­gent, je n’en dé­pen­se­rai pas beau­ coup. Peut­être d’ailleurs est­ce une bonne chose… ».

Le FN, « rien à voir »

Cer­tains sont convain­cus que l’ex­conseiller et plume de Sar­ko­zy s’est trom­pé de par­ti et lui font, de temps à autre, quelques francs ap­pels du pied. À l’image du sou­ve­rai­niste Nicolas Du­pont­Ai­gnan ou du Front na­tio­nal. Hen­ri Guai­no reste cour­tois : « Je re­mer­cie ceux qui pensent que ce se­rait un atout pour eux de m’avoir à leur cô­té. Mais je ne re­join­drai ja­mais le FN avec le­quel je n’ai rien à voir, ni de près ni de loin. Quant à Nicolas Du­pont­Ai­gnan, je l’aime beau­coup, mais j’as­pire à por­ter moi­même mes idées, mes convic­tions ».

On peut at­tendre long­temps qu’un livre­pro­gramme si­gné de sa main vienne s’en­tas­ser sur ceux de ses com­pé­ti­teurs chez les li­braires. « Je dé­teste ce­la. J’ai re­pu­blié une ver­sion en­ri­chie de La Sot­tise des mo­dernes chez Plon car je crois qu’il faut com­men­cer par les idées, par la culture. Je pu­blie­rai d’autres ré­flexions sur l’éco­no­mie et la so­cié­té, mais je ne veux pas en­trer dans cette pa­thé­tique po­li­tique des ca­ta­logues qu’on in­flige aux Fran­çais de­puis plus de vingt ans ».

Hen­ri Guai­no im­plore du re­cul face à cette « crise de ci­vi­li­sa­tion » à la­quelle nous sommes con­fron­tés : « On ne peut plus s’exo­né­rer d’une ré­flexion ap­pro­fon­die. Si on ne sait pas ti­rer des le­çons, que ce soit du Brexit ou de la mon­tée des ex­trêmes, on court tout droit à la ca­tas­trophe ».

Se­lon le dé­pu­té sou­ve­rai­ niste, « une re­mise en ordre s’im­pose : le po­li­tique, la jus­tice, l’ad­mi­nis­tra­tion, les mar­chés, le com­merce, l’Europe… Il faut tout re­mettre à sa place ! ».

Quand on lui parle de la marche ac­cé­lé­rée du monde et de la ré­plique li­bé­rale dans l’air du temps, Hen­ri Guai­no tranche : « Au­cune so­cié­té ne peut sup­por­ter de s’ou­vrir à tous les vents, comme le fait l’Europe. Ma­lade, elle est de­ve­nue un maillon faible sur la scène du monde. Il ne s’agit pas de s’adap­ter à la mon­dia­li­sa­tion et donc de su­bir, mais bel et bien de se don­ner les moyens d’agir dans le monde tel qu’il est. Si la po­li­tique n’est pas la vo­lon­té hu­maine fer­me­ment op­po­sée aux dé­ter­mi­nismes, alors elle n’est rien ».

HEN­RI GUAI­NO. « La pe­tite phrase, c’est du ci­né­ma, pas de la po­li­tique. Ce n’est pas sé­rieux face aux dé­fis qui sont les nôtres », com­mente le dé­pu­té. PHOTO AFP

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