Le deuil

Un bas­cu­le­ment vers l’is­lam ra­di­cal qui semble s’être opé­ré « très ra­pi­de­ment » et ré­cem­ment : après la re­ven­di­ca­tion par les dji­ha­distes de l’Etat is­la­mique de l’at­ten­tat de Nice qui a fait 84 morts, les en­quê­teurs s’at­ta­chaient à cer­ner le pro­fil du tue

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE -

■ TROIS JOURS.

Dra­peaux en berne, la France est en­trée, hier, dans trois jours de deuil na­tio­nal, après le san­glant at­ten­tat de Nice dans le­quel 84 per­sonnes ont trou­vé la mort, dont dix en­fants.

RE­VEN­DI­CA­TION.

Le groupe ter­ro­riste Etat is­la­mique a re­ven­di­qué, hier, l’ac­tion de l’homme qui a fon­cé sur la foule au vo­lant d’un ca­mion.

RA­DI­CA­LI­SA­TION.

Le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, a in­di­qué, hier, que le chauf­feur li­vreur « semble s’être ra­di­ca­li­sé très ra­pi­de­ment ». Cer­taines au­di­tions des cinq per­sonnes en garde à vue ont confir­mé « un bas­cu­le­ment ré­cent vers l’is­lam ra­di­cal » du Tu­ni­sien.

RÉ­SERVE.

Ber­nard Ca­ze­neuve a par ailleurs ap­pe­lé « tous les ci­toyens pa­triotes qui le sou­haitent » à re­joindre la ré­serve opé­ra­tion­nelle. Cette ré­serve compte 12.000 vo­lon­taires.

Frap­pée par une tue­rie de masse pour la troi­sième fois en 18 mois, avec un bi­lan glo­bal de 231 morts, la France a en­ta­mé un deuil na­tio­nal de trois jours qui culmi­ne­ra de­main avec une mi­nute de si­lence à 12 heures.

« Il semble » que Mo­ha­med La­houaiej­Bouh­lel, le chauf­feur­li­vreur tu­ni­sien de 31 ans qui a fon­cé au vo­lant d’un poids lourd sur la foule qui as­sis­tait au feu d’ar­ti­fice de la fête na­tio­nale sur la Pro­me­nade des An­glais, se soit « ra­di­ca­li­sé très ra­pi­de­ment », a dit sa­me­di Ber­nard Ca­ze­neuve qui a, par ailleurs, ap­pe­lé tous les Fran­çais « qui le sou­haitent » à re­joindre la ré­serve opé­ra­tion­nelle – soit au­jourd’hui 9.000 vo­lon­taires dans la gen­dar­me­rie na­tio­nale et 3.000 dans la po­lice que peuvent mo­bi­li­ser les pré­fets pour épau­ler les forces de sé­cu­ri­té.

« Il de­ve­nait co­lé­rique »

Cinq per­sonnes de l’en­tou­rage de l’au­teur de la tue­rie – son exé­pouse et quatre hommes – étaient tou­jours en garde à vue, se­lon une source ju­di­ciaire.

Le tueur « est un sol­dat de l’État is­la­mique » qui a agi « en ré­ponse aux ap­pels lan­cés pour prendre pour cible les res­sor­tis­sants des pays de la coa­li­tion qui com­bat l’EI », a af­fir­mé hier l’agence Amaq. Liée au groupe dji­ha­diste, celle­ci avait dé­jà re­ven­di­qué les at­ten­tats pa­ri­siens du 13 no­vembre 2015, les plus meur­triers ja­mais com­mis en France, avec 130 morts. Si cette re­ven­di­ca­tion semble « vague », des ex­perts sou­lignent que Daech ne s’est ja­mais jus­qu’ici at­tri­bué des at­taques de ma­nière « op­por­tu­niste ».

Le pro­cu­reur de Pa­ris Fran­çois Mo­lins, à la tête du par­quet an­ti­ter­ro­riste sai­si de l’en­quête, avait re­le­vé dès ven­dre­di que l’at­taque cor­res­pon­dait « très exac­te­ment aux ap­pels per­ma­nents au meurtre » des groupes dji­ha­distes.

L’homme était connu de la jus­tice pour des « faits de me­naces, vio­lences, vols et dé­gra­da­tions com­mis entre 2010 et 2016 ». « Il de­ve­nait co­lé­rique, il criait, il cas­sait tout ce qu’il trou­vait de­vant lui », a té­moi­gné son père en Tu­ni­sie.

« Nous n’en avons pas ter­mi­né » avec le « ter­ro­risme », a pré­ve­nu Fran­çois Hol­lande ven­dre­di, an­non­çant une pro­lon­ga­tion pour trois mois de l’état d’ur­gence.

« Je vou­drais savoir ce qui était pris comme me­sure en si­tua­tion de guerre, en état d’ur­gence, pour que l’on ne tue pas avec cette arme­là dans une grande ville de France », a de­man­dé hier Ch­ris­tian Es­tro­si, pré­sident Les Ré­pu­bli­cains de la ré­gion Pa­ca, en écho aux cri­tiques de plu­sieurs fi­gures de l’op­po­si­tion.

« Ca­rences gra­vis­simes »

La pré­si­dente du FN Ma­rine Le Pen a de son cô­té dé­non­cé hier les « ca­rences gra­vis­simes de l’État » dans la « pro­tec­tion de nos com­pa­triotes ». L’ex­pré­sident Ni­co­las Sar­ko­zy a, lui, es­ti­mé que le mo­ment vien­dra « bien­tôt » de « dire les choses », et sur­tout de « les faire ». Alain Jup­pé, can­di­dat à la pri­maire de la droite, a ap­pe­lé à pas­ser à la « vi­tesse su­pé­rieure » contre le ter­ro­risme. À ces cri­tiques, Ber­nard Ca­ze­neuve a ré­pon­du hier que « la po­lice na­tio­nale était pré­sente et très pré­sente » à Nice. Lors de l’at­ten­tat, le ca­mion a for­cé le pas­sage mar­qué par des vé­hi­cules de po­lice en mon­tant sur le trot­toir. « Il s’est pas­sé 45 se­condes entre le mo­ment où il a pé­né­tré dans la zone in­ter­dite et le mo­ment où il a été abat­tu », se­lon An­tho­ny Bor­ré, di­rec­teur de ca­bi­net du pré­sident de la ré­gion Pa­ca, Ch­ris­tian Es­tro­si.

ÉMO­TION. Sur la Pro­me­nade des An­glais, to­ta­le­ment rou­verte hier soir, des pas­sants ve­naient dé­po­ser des bou­quets de fleurs et des mes­sages, dans les­quels percent la peine et la co­lère. PHO­TO AFP

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