Mi­che­lin égre­nait mille mer­cis

Le be­soin d’une pré­sence forte de la marque Mi­che­lin s’est fait sen­tir dès les an­nées 1910. L’idée gé­niale a été de per­mettre d’iden­ti­fier une zone d’ha­bi­tat plus dense pour ré­duire la vi­tesse. Les pan­neaux d’en­trée et sor­tie de villes sont nés, via Miche

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - CLERMONT | VIVRE SA VILLE - Pierre-Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Mi­che­lin est aus­si une marque. Qui s’étale en pre­mier lieu sur les pan­neaux pu­bli­ci­taires. Mais les frères Mi­che­lin n’avaient pas à l’es­prit de se lan­cer dans une sur­en­chère d’af­fiches. Non, l’idée gé­niale qui a per­mis à Mi­che­lin de se faire de la pu­bli­ci­té a été d’avan­cer une « cause d’uti­li­té pu­blique ». Celle d’aler­ter les au­to­mo­bi­listes des dan­gers de la vi­tesse sou­vent ex­ces­sive dans les zones ha­bi­tées. Il n’existe à l’époque qu’une règle, celle des 20 km/h maxi­mum en ag­glo­mé­ra­tion (et 30 km en rase cam­pagne !!!), da­tant de 1899. Mais en dix ans, les voi­tures au­to­mo­biles ont fait des pro­grès consi­dé­rables et on roule à plus de 50 ou 60 km/m. Et Mi­che­lin re­lève que l’au­to­mo­bi­liste qui tra­verse une zone d’ha­bi­tat plus dense a ra­re­ment le moyen de l’iden­ti­fier.

Un ap­pel au sens ci­vique

Les seuls pan­neaux qui se dressent de­vant lui sont des rap­pels à l’ordre im­pé­ra­tifs et im­pro­vi­sés lo­ca­le­ment du genre : « Al­lure pres­crite : 10 ki­lo­mètres à l’heure ! », « Ra­len­tis­ sez sous peine d’amende ! », « Chauf­feurs au pas de l’homme ! ». Dans ce contexte Mi­che­lin se pro­pose de ré­soudre ce pro­blème par la courtoisie.

Dans un cour­rier adres­sé en 1911 à tous les maires concer­nés, la Ma­nu­fac­ture cler­mon­toise écrit : « Le pu­blic a maintes fois pro­tes­té contre les au­to­mo­bi­listes qui passent dans leur ag­glo­mé­ra­tion à une al­lure dan­ge­reuse et de nom­breux maires ont fixé, par ar­rê­té, une vi­tesse maxi­mum dans la tra­ver­sée de leur com­mune. L’ex­pé­rience ayant mon­tré que ce re­mède ne suf­fi­sait pas à en­rayer le mal, quelques mu­ni­ci­pa­li­tés ont ten­té de faire ap­pel à la courtoisie et à la bonne vo­lon­té des chauf­feurs. Les ré­sul­tats ob­te­nus ont été si re­mar­quables que nous croyons faire oeuvre utile en met­tant gra­tui­te­ment à la dis­ po­si­tion des com­munes si­tuées sur des routes fré­quen­tées des plaques spé­cia­le­ment pré­vues à cet ef­fet. À l’en­trée de la lo­ca­li­té, on trou­ve­ra une plaque sur la­quelle l’au­to­mo­bi­liste ver­ra le nom du vil­lage, le nu­mé­ro de la route sui­vie et la men­tion : “Veuillez ra­len­tir. At­ten­tion aux en­fants ! “. À la sor­tie de la lo­ca­li­té, il li­ra sur une autre plaque : “Mer­ci”, et à nou­veau le nu­mé­ro de la route sui­vie ».

Des no­tices de mon­tage « à la Mi­che­lin »

De 1911 à 1914, l’ini­tia­tive connaît un grand suc­cès, 30.000 plaques sont ex­pé­diées avec une no­tice de mon­tage très pré­cise « à la Mi­che­lin » dans la­quelle tout est pré­vu d’avance. « La pose est des plus simples ­ il vous suf­fi­ra de faire scel­ler dans le mur, à une pro­fon­deur de dix à quinze cen­ti­mètres, l’ex­tré­mi­té de la po­tence dé­cou­pée en queue de carpe, puis de sus­pendre la plaque au moyen des deux cro­chets. Les di­men­sions de la po­tence ont été cal­cu­lées de telle sorte que, bien scel­lée, elle puisse ré­sis­ter au vent le plus violent. Ce­pen­dant, au cas où vous ju­ge­riez utile d’ajou­ter une conso­li­da­tion, nous avons fait mé­na­ger, à l’ex­tré­mi­té des po­tences, un trou dans le­quel vous pour­riez pas­ser un fil de fer qui vien­drait se fixer au mur, de chaque cô­té de la plaque, as­su­rant ain­si une te­nue par­faite ». Cette opé­ra­tion, si elle a réus­si au­de­là de toutes es­pé­rances avec une pré­sence de la marque par­tout en France al­lait man­quer son autre but ini­tia : as­su­rer une pré­sence pé­renne. Ex­pli­ca­tions di­manche pro­chain.

EF­FI­CACES. Les plaques « Mer­ci » ap­por­taient un vrai plus à la si­gna­li­sa­tion rou­tière. © MI­CHE­LIN, AR­CHIVES PGGV

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