L’his­toire de la pen­sée à vol d’abeille

Cet en­droit de l’est de la Haute­Loire, c’est ce­lui de leurs va­cances d’en­fants. Mais pas seule­ment. C’est aus­si là qu’est née l’idée d’un livre qu’ils écri­raient en­semble. Ren­contre avec Fran­çois et Pierre­Hen­ri Ta­voillot.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Pas­cale Fau­riaux pas­cale.fau­riaux@cen­tre­france.com

Par­mi les nom­breux sou­ve­nirs que les frères Fran­çois et Pierre­Hen­ri Ta­voillot conservent de ce ha­meau de Fours, à en­vi­ron 1.000 mètres d’al­ti­tude, il y en a un qui marque le dé­but d’une aven­ture com­mune : l’écri­ture d’un livre. Il y a une ving­taine d’an­nées, l’hi­ver est rude, la neige tombe à gros flo­cons sans dis­con­ti­nuer. Et sur­tout, la burle, ce vent gla­cé ve­nu du Nord, fa­çonne des congères. Fran­çois et Pier­reHen­ri Ta­voillot se re­trouvent à la fois blo­qués et iso­lés. À l’abri, les deux frères en­tament une conver­sa­tion sur le lien entre les abeilles et les phi­lo­sophes. Ils ont de quoi ar­gu­men­ter : Fran­çois est api­cul­teur, tan­dis que Pierre­Hen­ri en­seigne la phi­lo­so­phie à la Sor­bonne, à Pa­ris. Cet échange se pour­suit.

Il y a cinq ans, la Pulp, Pe­tite uni­ver­si­té libre et po­pu­laire de Tence (Haute­Loire), de­mande aux deux frères de faire une confé­rence sur le su­jet. Là, ils an­noncent le livre, qui n’est pas en­core com­men­cé. Fran­çois et Pierre­Hen­ri Ta­voillot s’en­gagent aus­si sur un cours à la Sor­bonne. Ils ap­pro­fon­dissent la ques­tion au fil de leurs lec­tures, de leurs ren­contres… Et com­mencent à tra­vailler sur le livre. Quelques cen­taines de ki­lo­mètres et un rythme de vie en dé­ca­lage les sé­parent. Fran­çois vit dans ce ha­meau de l’est de la Haute­Loire, et ses quelque 250 ruches lui laissent plus de temps en hi­ver, tan­dis que Pierre­Hen­ri est pa­ri­sien, et les va­cances uni­ver­si­taires le rendent plus dis­po­nible en été. Qu’à ce­la ne tienne : cha­cun ré­dige de son cô­té, et in­ter­net per­met à tous les deux d’in­ter­ve­nir sur l’en­semble. pro­jet. C’est fi­na­le­ment en 2015 que L’abeille (et le) phi­lo­sophe est édi­té chez Odile Ja­cob. Un pre­mier ti­rage de 1.500 exem­plaires est épui­sé en une se­maine. Là en­core, le ter­ri­toire est bien présent : la li­brai­rie de Tence af­fiche des ventes im­por­tantes. L’ou­vrage « touche un pu­blic va­rié, tant par l’âge que par l’ori­gine cultu­relle », ex­pliquent les deux au­teurs qui vont à la ren­ contre des lec­teurs lors de séances de dé­di­caces, dans la ré­gion ou ailleurs.

Un re­tour « na­tu­rel »

Car, s’ils s’en éloignent plus ou moins lon­gue­ment, les deux frères re­viennent tou­jours à Mon­tre­gard. D’ori­gine sté­pha­noise, c’est là qu’ils pas­saient les étés de leur en­fance. « Notre père était en­sei­gnant, et l’été, il or­ga­ni­sait ici des camps de va­cances pour ses élèves et an­ciens élèves », ex­pliquent­ils. Et toute la fa­mille (cinq en­fants au to­tal) sui­vait. Puis, les pa­rents fe­ront construire une mai­son dans le vil­lage. Les en­fants sont par­tis pour suivre leurs études.

Mais, quand Fran­çois, après une for­ma­tion en phi­lo­so­phie, choi­sit de « faire [son] re­tour à la terre », c’est na­tu­rel­le­ment là qu’il re­vient : « pour moi, c’est l’at­tache au lieu de mes va­cances d’en­fant ». Même s’il se dé­fi­nit comme « un no­made de l’api­cul­ture », avec des ruches dans le sud de l’Ar­dèche ou dans le Gard pour va­rier les miels pro­duits, rac­cour­cir l’hi­ver et contour­ner la mor­ta­li­té des abeilles… L’an­crage dans le ter­ri­toire est aus­si per­cep­tible sur le plan pro­fes­sion­nel : l’api­cul­teur est « so­li­taire et so­li­daire ».

« Comme beau­coup de mes col­lègues, je tra­vaille tout seul, mais, quand l’un d’entre nous ren­contre une dif­fi­cul­té, les autres viennent l’épau­ler », ex­plique Fran­çois Ta­voillot.

Pierre­Hen­ri af­firme lui aus­si son « at­ta­che­ment aux ra­cines ». Un at­ta­che­ment qu’il per­çoit par­ti­cu­liè­re­ment par­ta­gé par ceux qui ont dû quit­ter cette ré­gion. « Dans des mi­lieux très dif­fé­rents et par­tout, on ren­contre des “gens d’ici” dans des pro­por­tions sta­tis­ti­que­ment pas rai­son­nables », s’étonne­til. Et qui sont heu­reux d’évo­quer ces ra­cines.

Trans­mis­sion

Tout comme les deux frères aiment à trans­mettre ce lien qui les unit au ter­ri­toire aux plus jeunes. Fran­çois Ta­voillot et son épouse pro­posent ain­si des sé­jours dans un gîte d’en­fants, tan­dis que Pierre­Hen­ri se fé­li­cite quand ses deux grands en­fants de­mandent la mai­son familiale pour ve­nir avec des co­pains. Une ma­nière d’as­seoir le sta­tut de Fours, pour le fu­tur, de « lieu de va­cances de l’en­fance ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.