Le jour où l’Es­pagne a bas­cu­lé dans la guerre ci­vile…

Le 18 juillet 1936, une conju­ra­tion de gé­né­raux tente un coup d’Etat contre la jeune Ré­pu­blique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE | ACTUALITÉS -

Il y a quatre-vingts ans écla­tait la guerre ci­vile en Es­pagne. Elle a cap­ti­vé la pla­nète, an­non­cé les atro­ci­tés de la Se­conde Guerre mon­diale, dé­bou­ché sur une longue dic­ta­ture et ses plaies ne sont tou­jours pas re­fer­mées.

Le 18 juillet 1936, une conju­ra­tion de gé­né­raux tente un coup d’État contre la Ré­pu­blique pro­cla­mée cinq ans plus tôt. Ses gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs n’ont pas su ré­for­mer un pays en­core lar­ge­ment agri­cole, en re­tard sur l’Eu­rope.

Le coup d’État échoue mais l’Es­pagne est dé­chi­rée, forces ré­pu­bli­caines contre in­sur­gés na­tio­na­listes. Le gros des troupes na­tio­na­listes at­tend au Ma­roc es­pa­gnol, sous le com­man­de­ment de Fran­cis­co Fran­co.

Pre­mier grand pont aé­rien de l’his­toire

Adolf Hit­ler et Be­ni­to Mus­so­li­ni, les dic­ta­teurs al­le­mand et ita­lien, lui en­voient leurs avions pour faire pas­ser ses forces sur la pé­nin­sule. C’est le pre­mier grand pont aé­rien de l’his­toire. Leur avia­tion se­ra la pre­mière à bom­bar­der sys­té­ma­ti­que­ment des villes, comme à Guer­ ni­ca au Pays Basque, écra­sée sous les bombes en 1937.

Grâce à de nou­velles ca­mé­ras por­tables, les images de com­bat et de des­truc­tion font la une de la presse es­pa­gnole et in­ter­na­tio­nale. « La guerre est la pre­mière à être cou­verte par des jour­na­listes pro­fes­sion­nels sur les fronts et dans les villes bom­bar­dées », re­lève Susan Son­ tag, es­sayiste et ro­man­cière amé­ri­caine.

Sur le ter­rain, per­sonne ne fait de quar­tier. « Il faut créer une at­mo­sphère de ter­reur (….) en éli­mi­nant sans scru­pule ni hé­si­ta­tion tous ceux qui ne pensent pas comme nous », lance le gé­né­ral in­sur­gé Gon­za­lo Quei­po de Lla­no, qui s’est em­pa­ré de Séville.

Dé­pu­tés de gauche, syn­di­ca­listes, mi­li­tants so­cia­ listes, sym­pa­thi­sants ou leurs fa­milles sont pour­chas­sés, exé­cu­tés, massacrés. En face, les mi­lices so­cia­listes, anar­chistes et com­mu­nistes tiennent la rue. Les nan­tis ou les sus­pects de sym­pa­thie pour les in­sur­gés sont exé­cu­tés dans les pre­miers mois de la guerre. Le cler­gé paie son iden­ti­fi­ca­tion avec les classes pos­sé­dantes. Plus de 6.500 prêtres et re­li­ gieuses meurent as­sas­si­nés, la plu­part par des Ré­pu­bli­cains.

Ma­drid de­mande l’aide de ses voi­sins. La Gran­deB­re­tagne et la France la lui re­fusent, de peur d’être en­traî­nées dans une nou­velle guerre mon­diale. Elles se ré­fu­gient der­rière un « pacte de non­in­ter­ven­tion », au­quel Rome et Ber­lin adhèrent sans ces­ser d’ai­der ou­ver­te­ment les in­sur­gés. En fin de compte, seule l’Union so­vié­tique ar­me­ra les Ré­pu­bli­cains.

Fas­cisme contre com­mu­nisme

La guerre ci­vile est de­ve­nue un affrontement entre fas­cisme et com­mu­nisme. Jo­seph Sta­line, le dic­ta­teur so­vié­tique, en pro­fite pour ren­for­cer son in­fluence. Ce sont les mi­li­tants du Ko­min­tern, l’In­ter­na­tio­nale com­mu­niste pi­lo­tée par Mos­cou, qui vont en­ca­drer l’ar­mée loya­liste. « Nos en­ne­mis sont les Rouges, les bol­che­viques du monde en­tier », chantent les jeunes pi­lotes de la Lé­gion Con­dor en­voyés par Hit­ler.

Face à l’in­ac­tion des dé­mo­cra­ties oc­ci­den­tales, les in­tel­lec­tuels prennent par­ti pour la Ré­pu­blique, du ro­man­cier amé­ri­cain John Stein­beck au poète in­dien Ra­bin­dra­nath Ta­gore, prix No­bel de lit­té­ra­ture.

De jeunes étran­gers s’en­gagent dans les mi­lices ré­pu­bli­caines. Ils sont sui­vis par les Bri­gades in­ter­na­tio­nales, su­per­vi­sées par le Ko­min­tern. Fran­çais, Po­lo­nais, Amé­ri­cains, Al­le­mands et Ita­liens, ils sont quelque 50.000 ve­nus d’une cin­quan­taine de pays pour « ar­rê­ter le fas­cisme ». Ils aident la Ré­pu­blique à rem­por­ter de rares vic­toires : em­pê­cher la chute de Ma­drid en 1936 et, en 1937, à Gua­da­la­ja­ra, mettre en dé­route les bri­gades ita­liennes en­voyées par Mus­so­li­ni.

Mais iso­lée mi­li­tai­re­ment, af­fai­blie par ses di­vi­sions, no­tam­ment une lutte san­glante entre com­mu­nistes et anar­chistes, la Ré­pu­blique perd inexo­ra­ble­ment du ter­rain de­vant les fran­quistes qui pro­cèdent à l’épu­ra­tion.

En mars 1939, le gou­ver­ne­ment, ré­fu­gié à Bar­ce­lone, finit par s’exi­ler avec 400.000 Es­pa­gnols. Fran­co pro­clame la vic­toire le 1er avril 1939, après avoir re­fu­sé toute paix né­go­ciée. L’Es­pagne vi­vra sous sa dic­ta­ture jus­qu’à sa mort en 1975.

NA­TIO­NA­LISTES. Le gé­né­ral Fran­co (au centre) su­per­vise les opé­ra­tions mi­li­taires à l’aide d’une carte, en­tou­ré de son chef d’état-ma­jor Ba­ro­so ( àg. ) et du com­man­dant Car­men­lo Me­dra­no. AFP

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