L

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE -

es hu­mains pos­sèdent un gros muscle dont ils sont très fiers. Ce­lui­là même qui re­lie la hanche au ge­nou. Il s’agit du cé­lèbre qua­dri­ceps, vieux comme la pré­his­toire et de­puis tou­jours le plus ro­buste, le plus gros et le plus puissant de leur corps. Si son rôle est mince dans la man­du­ca­tion et dans la ré­flexion, deux choses pour­tant es­sen­tielles à la sur­vie de la race, il se montre es­sen­tiel dans la fuite dans la chasse à l’ourse et le saut du gué. Un muscle de bonne vo­lon­té. Ces jours der­niers, il court, il marque des buts, il fait trem­bler les barres trans­ver­sales, à l’oc­ca­sion, il ex­plose quelques bal­lons, il écrase éga­le­ment les pé­dales, se joue des bosses et monte les cols, lui­sant sous le so­leil. On doit conve­nir qu’en ce dé­but d’été son usage qua­si ex­clu­sif frôle l’ex­cès. L’over­dose de qua­dri­ceps nous guette. On voit même cer­taines spec­ta­trices, ja­dis friandes, prendre en grippe ce bon vieux muscle qui mo­no­po­lise les écrans. Peut­être ont­elles la se­crète nos­tal­gie du temps où la bête était ve­lue et vi­rile ? Car le qua­dri mo­derne se porte ra­sé. Pour ne rien dire du cy­cliste pour qui l’épi­la­tion des jambes est une re­li­gion : né­ces­si­té du mas­sage, peur pa­nique de l’ar­ra­chage du spa­ra­drap et sur­tout fierté du bel ou­til pré­sen­té nu et fort. Même si les connais­seuses savent faire la dif­fé­rence entre le qua­dri­ceps du sprin­ter qui a la ron­deur d’un bal­lon de rug­by et le qua­dri grimpeur qu’on ju­re­rait fé­mur, le qua­dri lasse. Trop de qua­dri fi­nit par tuer le qua­dri. Heu­reu­se­ment, sa trop belle sai­son glisse in ex­tre­mis der­rière nous avec juillet qui passe. Après l’Euro de foot et le Tour de France dont il fut Roi, le qua­dri­ceps va aban­don­ner un peu de sa su­perbe à l’oc­ca­sion des Jeux Olym­piques qui ap­prochent. Vont en­fin re­pa­raître au grand jour le pec­to­ral, le dor­sal, le bi­ceps et l’ab­do­mi­nal : le lan­ceur va of­frir le bien bom­bé de son bras. Le dis­co­bole mon­tre­ra le rond de son épaule. Le kaya­kiste ca­che­ra même dans son ba­teau ces qua­dris qu’on ne vou­drait plus voir. Que re­vivent les avant-bras noueux ! Que s’épuisent des mol­lets en lianes ! Que re­ten­tissent en­fin les sym­pho­nies olym­piques en muscles mi­neurs ! Le poi­gnet fé­lin du pon­giste, le grand tro­chan­ter du vain­queur sur le podium ! L’ab­do­mi­nal cal­feu­tré du lan­ceur de mar­teau ! Et ce pe­tit muscle de la joue qui fait si bien cou­ler les larmes. Et puis, bon­heur su­prême, voi­ci que sur les écrans pa­raissent en­fin les muscles des filles. Ces beaux ob­jets de convoi­tise, longs et ronds à la fois, doux et fermes comme le bois pré­cieux : l’is­chio­jam­bier de la sau­teuse qui se dé­robe in ex­tre­mis au­des­sus de la barre, le ju­meau de la ma­ra­tho­nienne, la fer­me­té du mol­let dans la botte ca­va­lière, le dor­sal rec­ti­ligne de la plon­geuse et puis la su­blime fesse sprin­teuse ! Ne nous ca­chons pas notre plai­sir. N’estce pas là le miracle de la va­rié­té olym­pique ? Notre été

Aux lec­teurs de l’été, je ne sau­rais trop conseiller la lec­ture de d’Her­vé Le Tel­lier (Édi­tions Jean-Claude Lat­tès). Ce pe­tit livre réunit la cor­res­pon­dance que l’au­teur a en­tre­te­nue avec le Pré­sident de la Ré­pu­blique, cor­res­pon­dance at­ten­tive, va­riée, ra­pi­de­ment in­time puis fa­mi­lière. Un mo­dèle du fonc­tion­ne­ment de la dé­mo­cra­tie et de la proxi­mi­té des grands qui les gou­vernent avec les pe­tits qui les élisent. Un dé­lice de livre court qui en dit long. Ce livre fe­ra l’ob­jet d’une adap­ta­tion théâ­trale à l’au­tomne pro­chain, avec Oli­vier Broche pour in­ter­prète et Ben­ja­min Guillard à la mise en scène. Créa­tion au théâtre du Rond-Point à Paris, puis en tour­née dans toute la France.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.