Des CRS ar­més sur la plage...

Etat d’ur­gence oblige, c’est une nou­veau­té cette an­née, mais cer­tains va­can­ciers re­jettent l’idée

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE ACTUALITÉS -

Palmes, tu­ba, tal­kie-wal­kie, short bleu et t-shirt blanc, avec l’acro­nyme CRS. Comme chaque été, les plages de Saint-Ma­lo sont sur­veillées par des CRS maîtres-na­geurs sau­ve­teurs. Mais dans le cadre de l’état d’ur­gence, ils portent dé­sor­mais leur arme, « une nou­veau­té » qui di­vise les va­can­ciers.

«C’est une pe­tite nou­veau­té. Il faut bien com­prendre que le na­geur­sau­ve­teur ef­fec­tue des mis­sions prio­ri­taires de sau­ve­tage mais reste avant tout un po­li­cier. Cette dé­ci­sion a été prise avant Nice et s’in­tègre dans un dis­po­si­tif glo­bal de ren­forts sai­son­niers », ex­plique Alain Jeu­land, di­rec­teur­ad­joint des CRS de l’Ouest.

Dé­ployés de­puis mer­cre­di, ils sont 11 CRS à se re­layer sur 17 postes de se­cours pour sur­veiller les 11 plages que compte Saint­Ma­lo (Ille­et­Vi­laine) sur près de 8 km. Une sa­coche étanche at­ta­chée dis­crè­te­ment au­tour de la taille contient une arme au­to­ma­tique.

Le choix d’une sa­coche pour l’image

« Il est évident que la vue d’une arme à feu n’est ja­mais neutre. Il y a des en­fants, donc ef­fec­ti­ve­ment ce choix (de sa­coche) est dic­té d’abord par des consi­dé­ra­tions opé­ra­tion­nelles. Mais en termes d’image, ce­la per­met une cer­taine neu­tra­li­té », pré­cise Alain Jeu­land. « Le but n’est pas d’af­fo­ler les es­ti­vants », ajoute­t­il, pré­ci­sant que « seul le chef de poste de se­cours est ar­mé ». À la plage de l’Éven­tail, au pied des rem­parts de la vieille ville, les ré­ac­tions des va­can­ciers sont mi­ti­gées.

Pour De­bli­qui, ori­gi­naire de Gra­ve­lines (Nord), en va­cances une se­maine en Bre­tagne avec sa femme et son gar­çon de 16 ans, la pré­sence de CRS ar­més « ras­sure ». « Au moins, s’il se passe quelque chose, ils sont là », dit­il. Sa voi­sine de ser­viette est d’un tout autre avis : « Je viens de Paris et je ne pense pas que quelques CRS vont chan­ger grand­chose. Vous avez vu la tue­rie sur une plage en Tu­ni­sie ? N’im­porte qui peut ve­nir et faire la même chose », dit­elle en ré­fé­rence à l’attentat qui a cau­sé la mort de 38 tou­ristes en juin 2015.

À Saint­Ma­lo, où la po­pu­la­tion triple l’été, pas­sant de 47.000 à près de 140.000 ha­bi­tants, l’at­taque de Nice est dans les esprits de nom­breux va­can­ciers. « Après Nice, voir des CRS ça ras­sure. On voit plus de contrôles. Ce qu’on veut, c’est pou­voir s’amu­ser avec nos en­fants », ex­plique Oli­vier, qui vient de Mau­beuge (Nord) avec son gar­ çon de 8 ans. Signe de la ner­vo­si­té am­biante, un mi­neur a se­mé la pa­nique, mer­cre­di, sur la plage de Gruis­san (Aude), en dé­am­bu­lant avec une arme fac­tice. Beau­coup plus près de Saint­Ma­lo, un homme en djel­la­ba a été ar­rê­té, lun­di, sur une plage nor­mande après avoir pro­fé­ré des me­naces de mort. Il ne por­tait pas d’arme.

In­ter­pel­lé sur les évé­ne­ments ré­cents, le di­rec­teur­ad­joint des CRS de l’Ouest ex­plique que les « per­son­nels ont été sen­si­bi­li­sés et for­més à dé­tec­ter d’éven­tuels si­gnaux faibles qui pour­raient lais­ser pen­ser à une ac­tion de masse ». Le CRS sau­ve­teur a « une mis­sion tra­di­tion­nelle de dis­sua­sion et de pré­ven­tion ». Mais « lorsque les condi­tions lé­gales le jus­ti­fient, il peut tout à fait, comme un po­li­cier sur la voie pu­blique, faire usage de son arme dans le cadre de la loi », ajoute Alain Jeu­land.

Non loin du poste de se­cours de la plage de l’Éven­tail, une jeune femme ori­gi­naire de Saint­Ma­lo scrute d’un air du­bi­ta­tif le bal­let des CRS. « Des sau­ve­teurs tout court suf­fisent. Je ne pense pas qu’on en ait be­soin, ça fait plus peur avec leur arme ; en plus, le poste de po­lice n’est pas très loin », ob­ser­vet­elle.

Si Saint­Ma­lo bé­né­fi­cie de ren­forts de po­lice jus­qu’à fin août, d’autres de­vront se conten­ter de « sau­ve­teurs ci­vils ». Seules 16 sta­tions bal­néaires du grand Ouest, ré­par­ties sur 2.000 km de lit­to­ral, sont concer­nées par le dis­po­si­tif « CRS ar­més ». Un choix ef­fec­tué « en termes d’af­fluence mais éga­le­ment en termes de risque », l’ar­bi­trage se fai­sant au mi­nis­tère de l’In­té­rieur, se­lon Alain Jeu­land.

« Des sau­ve­teurs tout court suf­fisent. Je ne pense pas qu’on en ait be­soin »

SOUS SUR­VEILLANCE. Le CRS sau­ve­teur a « une mis­sion tra­di­tion­nelle de dis­sua­sion et de pré­ven­tion ». PHOTO AFP

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