Un Puy­dô­mois tra­verse le Ca­na­da à vé­lo

Re­trou­vez la chro­nique d’un Puy­dô­mois par­ti tra­ver­ser à vé­lo le Ca­na­da d’ouest en est

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - PAGE 10

Pierre Ro­bin a en­tre­pris de tra­ver­ser d’ouest en est le Ca­na­da. Sur son vé­lo, la route est longue, dif­fi­cile, mais les pay­sages à cou­per le souffle.

Ga­lères, His­toire et beau­té, tout est sur ma route… Je mange de la route. Du gou­dron, du bon gros gou­dron avec de gros gra­viers qui cram­ponnent bien mes roues.

Il faut dire que ce gra­vier­là est le ré­si­du de l’ex­trac­tion de l’or par les pion­niers. Des mon­tagnes de gra­viers, que 30.000 sol­dats ont dé­pla­cées en 1942 pour la construc­tion de cette voie en 9 mois seule­ment. Il s’agis­sait de fa­ci­li­ter le mou­ve­ment des troupes vers le nord de l’Alas­ka par crainte d’une in­va­sion ja­po­naise. Bap­ti­sée « Alas­ka High­way », elle a été dé­diée de­puis aux vé­té­rans de la Se­conde Guerre mon­diale.

Le pay­sage a chan­gé. Un pâle so­leil, mais suf­fi­sant, l’a ren­du agréable à vivre. La chaîne des monts vol­ca­niques du Wran­gel, s’im­pose main­te­nant à l’unique taï­ga. Je suis dans la pro­vince ca­na­dienne du Yu­kon et fran­chis la White Ri­ver qui char­rie en­core une boue épaisse char­gée des cendres de l’érup­tion du Mont Chur­chill.

Un vent constant, de face, s’im­pose à moi dans ce cou­loir en­cais­sé. Je n’avance pas, 10 km/h et je m’use à la "mou­li­nette". C’est dé­mo­ra­li­sant. Je met­trai pied à terre au bout de 35 km seule­ment chez des Fran­çais, Oli­vier et My­lène, ve­nus ici chan­ger de vie. Ils tiennent une bou­lan­ge­rie, res­tau­rant, cam­ping au mi­lieu de nulle part. Ma­tin et soir d’épais nuages noirs dé­versent sur la val­lée une pluie per­sis­tante. Qu’im­porte, je suis dans ma bulle consti­tuée d’un vête­ ment vé­lo étanche qui en­robe mon casque et m’isole du ruis­sel­le­ment. Il n’en est pas de même pour les jambes et les pieds qui se glacent mal­gré l’ef­fort. Une pe­tite marche de temps en temps leur re­donne force et vi­gueur.

La route pé­nètre main­te­nant dans le parc de Klua­ ne, ves­tige de la der­nière gla­cia­tion ter­restre, do­mi­née par le mont Lo­gan. Avec son champ de glace per­ma­nent com­po­sé de plus de 2.000 gla­ciers, c’est une des plus grandes éten­dues gla­cières non po­laire du monde. Le pay­sage que la masse de ses blocs a fa­çon­né au cours des mil­lé­naires est su­blime. De la pente du mont Sheep où des mou­flons blancs ont élu do­mi­cile, aux éten­dues d’herbe fleu­rie, bois, lacs ri­vières tout est une ode à la na­ture.

Plus de 2.000 gla­ciers

Le ser­pent de bi­tume en­lace main­te­nant le bleu de l’im­mense lac Kluane pour s’éle­ver à 1.000 m et me conduire sur un pla­teau mon­ta­gneux. Des ex­cré­ments d’ani­maux me rap­pellent qu’ici de nom­breux grizz­lis et ca­ri­bous sont chez eux. Les me­sures de sé­cu­ri­té ont beau être constam­ment af­fi­chées, j’avoue ne pas être ras­su­ré de tra­ver­ser seul leur do­maine à vé­lo.

Cette route à tra­vers le Yu­kon a bou­le­ver­sé à ja­mais le mode de vie des groupes de po­pu­la­tions na­tives qui y ré­si­daient. Ils ne pos­sé­daient rien et cir­ cu­laient sim­ple­ment par des sen­tiers de place en place se­lon les sai­sons et les res­sources na­tu­relles. Seule leur connais­sance du ter­ri­toire était sy­no­nyme de sur­vie. Les Kluanes du nord et les Ai­shi­hiks com­mer­çaient les four­rures et le cuivre, les Tut­chones du sud les ré­serves en pois­sons. L’ar­ri­vée de la route ap­por­ta la mo­der­ni­té aux na­tifs et le sa­voir­faire an­ces­tral aux im­mi­grants dans l’in­té­rêt de tous. Un re­grou­pe­ment na­tu­rel des po­pu­la­tions s’est opé­ré à l’in­ter­sec­tion des au­to­routes à Jonc­tion Haines. Les po­pu­la­tions na­tives dans un pre­mier temps dé­pos­sé­dées de leur mode de vie ont été ré­in­té­grées dans leurs droits de pêche et chasse et gèrent main­te­nant le parc en col­la­bo­ra­tion avec le gou­ver­ne­ment ca­na­dien par des re­pré­sen­tants élus aux par­le­ments lo­caux et na­tio­nal.

Cette route me conduit à Whi­te­horse puis à Skag­way, mais c’est une autre his­toire…

PARC NA­TIO­NAL DE KLUANE. Le vil­lage de Junc­tion Haines sur l’Alas­ka High­way re­grou­pa les dif­fé­rentes po­pu­la­tions na­tives et les nou­veaux im­mi­grants.

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