Quand Mi­che­lin in­ven­ta la si­gna­li­sa­tion

Re­dé­cou­verte des ini­tia­tives que la « Ma­nu­fac­ture » a dé­ve­lop­pées pour fa­vo­ri­ser la « mo­bi­li­té »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - Pierre-Ga­briel Gon­zales pgg@orange.fr

Pen­dant un de­mi-siècle, les bornes et les pan­neaux mis en place par Mi­che­lin ont gran­de­ment fa­ci­li­té la cir­cu­la­tion au­to­mo­bile.

Après avoir tes­té quatre pro­to­types de bornes, en 1932, Mi­che­lin re­tient celle que nous connais­sons avec un pied ar­ron­di.

Mou­lée en ci­ment ar­mé d’un seul te­nant, la borne d’angle Mi­che­lin me­sure 1,75 m et pèse 380 kg avec ses plaques en lave émaillée. Sa forme par­ti­cu­lière et sa cou­leur blanche tranchent sur toutes choses et se dé­tachent à grande dis­tance le jour comme la nuit ; les in­di­ca­tions re­la­tives à la si­gna­li­sa­tion sont li­sibles à 65 mètres. La borne est suf­fi­sam­ment basse pour se trou­ver dans les fais­ceaux des phares et as­sez haute pour ne pas su­bir de pro­jec­tions de boue ou être mas­quée par des herbes hautes…

Son im­plan­ta­tion est tou­jours soi­gneu­se­ment pré­pa­rée à l’avance par des spé­cia­listes grâce à l’ins­tal­la­tion pro­vi­soire d’un mo­dèle lé­ger pour fixer les angles de vues. La tête cu­bique pi­vo­tante de cette borne d’es­sai per­met d’orien­ter les ins­crip­tions de telle sorte qu’il n’y ait ja­mais au­cune am­bi­guï­té sur la route à prendre dans le po­si­tion­ne­ment dé­fi­ni­tif… En ce qui concerne la pose, les seuls tra­vaux pré­pa­ra­toires né­ces­sitent une fouille de 40 cm x 60 cm de large à 80 cm de pro­fon­deur qu’on rem­plit de bé­ton maigre.

Pen­dant qua­rante ans, tous les élé­ments de si­gna­li­sa­tion Mi­che­lin sont fa­bri­qués à l’usine de Ca­ta­roux et ven­dus « à prix coû­tant » aux com­munes qui sou­haitent les ins­tal­ler.

Pe­tit rap­pel : La spé­ci­fi­ci­té des bornes ré­side dans les qua­li­tés de la lave. Les plaques des­ti­nées à l’émaillage sont dé­cou­pées dans des blocs de 1,5 m3 de lave pe­sant cha­cun 4 tonnes. D’im­pres­sion­nantes scies fonc­tionnent par usure avec une pro­jec­tion d’eau et de grès soi­gneu­se­ment do­sés. Le tra­vail sur chaque bloc dure cinq jours et cinq nuits…

Au terme de la dé­coupe, les plaques des bornes sont re­taillées à 45 x 55 cm avant d’être émaillées et cuites dans des fours à 380 °C. Leurs lettres tra­vaillées au po­choir re­prennent un bleu très fon­cé sur fond blanc.

140.000 en 1970

En 1946, une ins­truc­tion gé­né­rale sur la si­gna­li­sa­tion rou­tière pa­raît au Jour­nal of­fi­ciel et an­nule tous les textes an­té­rieurs. L’ad­mi­nis­tra­tion re­fuse dès lors toute forme de par­rai­nage pour la si­gna­li­sa­tion rou­tière. Mi­che­lin conti­nue ce­pen­dant sa pro­duc­tion de pan­neaux en lave émaillée sur bé­ton ar­mé, mais ils ne portent plus au­cune in­di­ca­tion pu­bli­ci­taire. Pour­tant, dans l’ima­gi­naire du pu­blic, elles res­te­ront long­temps iden­ti­fiée « bornes Mi­che­lin » Leur usage va peu à peu être stric­te­ment li­mi­té « aux in­ter­sec­tions peu im­por­tantes » et elles dis­pa­raissent pro­gres­si­ve­ment.

Jus­qu’en 1971, an­née où Mi­che­lin cesse la pro­duc­tion, chaque pan­neau ré­gle­men­taire au­ra sa ver­sion sur lave émaillée.

Le long des routes de France, le nombre de ces pan­neaux est pas­sé de 30.000 vers la fin des an­nées 1930 à 70.000 vers 1950 et à 140.000 en 1970. Ils se­ront pro­gres­si­ve­ment rem­pla­cés par une si­gna­li­sa­tion of­fi­cielle très nor­mée.

Le temps des pion­niers était ter­mi­né. L’Etat pre­nait la main sur le ré­seau rou­tier dans sa to­ta­li­té. Au­jourd’hui, quelques pas­sion­nés s’in­gé­nient à ré­cu­pé­rer et à res­tau­rer d’an­ciennes bornes et d’an­ciens pan­neaux. Quelques­uns d’entre eux se sont tour­nés vers les équipes des DDE char­gées de les en­le­ver dans les an­nées 1980/2000… On peut aus­si en voir en­core quelques­unes sur des routes se­con­daires, ou dans des pro­prié­tés pri­vées où elles servent de… jar­di­nières.

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Vous connais­sez des anec­dotes sur le su­jet du jour ou vous avez tra­vaillé dans l’ate­lier « bornes et pan­neaux » de Ca­ta­roux, écri­vez à pgg@orange.fr ou à « Cler­mont Vivre sa Ville », Centre-France Di­manche, 45, rue du Clos-Four, 63020 Cler­mont-Fer­rand Ce­dex 02.

Pro­duites à l’ate­lier spé­cial « pan­neaux et bornes » de Ca­ta­roux

SI­GNA­LI­SA­TION. Par­mi les ap­pa­reils de si­gna­li­sa­tion rou­tière, 140.000 bornes et si­gnaux Mi­che­lin ja­lon­naient les routes en 1970. DO­CU­MENT PGG

MILLE BORNES. etc. Ate­lier de fa­bri­ca­tion à Ca­ta­roux vers 1935. Pour cette pro­duc­tion lo­cale, re­mar­quez les in­di­ca­tions : Cler­mont, Royat, Chapdes, Cha­nat, Pont­du-Châ­teau, DO­CU­MENTS PGG

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