Fer­sen, l’art dis­tin­gué de faire scène

Fa­cé­tieux dan­dy, poète des pe­tits riens, Tho­mas Fer­sen est at­ten­du le 13 août au Fes­ti­val aux champs de Chan­teix (Corrèze) pour cé­lé­brer, sous les bons aus­pices de l’été, les 30 ans de la ma­ni­fes­ta­tion. Ren­contre.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Propos recueillis par Ju­lien Ba­chel­le­rie

Ses en­tre­chats scé­niques et tex­tuels en font, comme sa ca­pa­ci­té à domp­ter le uku­lé­lé, une fi­gure à part dans l’uni­vers foi­son­nant de la chan­son fran­çaise. Élé­gant, doux rê­veur, Tho­mas Fer­sen aime à jouer avec les mots et à se jouer des ac­quis. Avant un nou­vel al­bum at­ten­du pour la ren­trée, le chan­teur fe­ra une halte es­ti­vale au Fes­ti­val aux champs de Chan­teix, le 13 août en Corrèze.

Comment abor­dez-vous cette tour­née d’été ? Un pas de cô­té par rap­port aux concerts du­rant l’an­née ? J’ai fait des concerts en juin avec une pause en juillet et je re­pars dès le 4 août pour quelques dates, dont le fes­ti­val de Chan­teix. C’est agréable, les gens sont dans un état d’es­prit par­ti­cu­lier et nous aus­si. Dans le mot fes­ti­val, il y a « fête ». C’est un en­droit par­fait pour ra­con­ter des his­toires avec quelque chose d’un peu païen.

Comment vi­vez-vous ce mo­ment par­ti­cu­lier qu’est la scène ? Je sais que je ne peux pas voir un spec­tacle avant d’être mon­té sur scène. Il faut se concen­trer pour être soi­même. Par res­pect pour le pu­blic, il faut être dans son tra­vail.

ce qui échappe to­ta­le­ment aux spec­ta­teurs, car vous pro­me­nez une belle lé­gè­re­té… On ne peut pas construire du dé­sordre sur du dé­sordre. Il faut avoir bien pré­pa­ré son tra­vail, bien connaître son spec­tacle. Une fois qu’on est prêt, la fête com­mence, on peut dé­bri­der les choses. Pour pou­voir être désor­don­né, il faut avoir bien ran­gé sa chambre !

Où conti­nuez-vous à pui­ser l’ins­pi­ra­tion de vos textes ? Les choses qui m’ins­pirent le plus, je les trouve à tra­vers mon sens de l’ob­ser­va­tion. Et puis je suis as­sez grand lec­teur, quoique moins l’été. La lit­té­ra­ture, que je pra­tique en au­to­di­dacte et sim­ple­ment em­me­né par mon plai­sir, est pour moi une source de ré­flexion. Mais je n’ai pas de pré­ten­tion lit­té­raire dans mes chan­sons, même si j’ai un goût du lan­gage. Un goût que les gens qui ont écrit des chan­sons paillardes avaient aus­si.

À propos d’écri­ture, son­gez-vous à un nou­vel al­bum ? Oui, je suis jus­te­ment en train de faire mon 10e al­bum, dont la sor­tie est pré­vue au mois de jan­vier pro­chain, et qui va s’ap­pe­ler « Un coup de queue de vache ». Après avoir un peu aban­don­né l’ima­ge­rie des ani­maux, elle se­ra de re­tour, comme le nom de l’al­bum l’in­dique. Ça se passe dans une ferme et dans les bois et les champs qui l’en­tourent. Mais aus­si en ville, où la na­ture s’est trans­por­tée dans des cor­ri­dors sombres. Ce se­ra très dif­fé­rent du pré­cé­dent al­bum, sor­ti en 2013, qui était une ex­pé­rience. Jo­seph Ra­caille a ha­billé mes chan­sons avec ses ar­ran­ge­ments si par­ti­cu­liers. Ce pe­tit grain de déso­béis­sance qui fait que ce n’est pas un ha­bit pour vieux chan­teur en fin de car­rière !

Vous pré­voyez d’en don­ner un avant-goût sur scène cet été ? Je ne sais pas si je suis prêt. Si­tôt notre con­ver­sa­tion ter­mi­née, je pars me mettre au tra­vail ! Si­non ce con­cert se­ra un peu par­ti­cu­lier avec toute une par­tie de textes que j’in­carne. Des mo­no­logues en vers qui ne se­ront pas chan­tés mais, je l’es­père, qui se­ront sa­vou­reux. J’es­saie de prendre le pu­blic par la main et de l’em­me­ner avec moi sur mes che­mins si­nueux, ro­cailleux et un peu in­at­ten­dus. En tout cas per­son­nels.

Vous dites ne pas être « lit­té­ra­teur », mais la fron­tière est té­nue… C’est vrai, mais ça a été dit, la langue fran­çaise est une langue mu­si­cale. Je suis sen­sible à sa mu­sique. Au dé­part, mon pre­mier dé­sir in­time était d’écrire. J’étais très jeune, moins de 10 ans. Après, mon plai­sir d’en­fant de nom­mer les choses est res­té. Ce dé­sir de créer, alors que c’est to­ta­le­ment su­per­flu, m’amu­ser à créer des choses, comme ça, et de les me­ner à terme. Avec cet es­poir en­fan­tin qui est mon équi­libre men­tal.

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