La fra­ter­ni­té trouve de la vi­gueur

Les gardes à vue se suc­cèdent dans l’en­quête et l’émo­tion de­meure

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE ACTUALITÉS -

Après l’as­sas­si­nat d’un prêtre par deux dji­ha­distes à Saint-Étien­ne­du-Rou­vray, l’en­quête conti­nue avec la pour­suite de deux gardes à vue alors que de nou­veaux ras­sem­ble­ments in­ter­re­li­gieux ont mar­qué la jour­née d’hier.

L’émo­tion de­meure dans le pays quatre jours après l’as­sas­si­nat d’un prêtre par deux dji­ha­distes à SaintÉ­tienne­du­Rou­vray.

Une « marche de la fra­ter­ni­té » a par­cou­ru le centre de Lyon hier après­mi­di, à l’ap­pel du conseil ré­gio­nal du culte mu­sul­man. Une cé­ré­mo­nie était pré­vue un peu plus tard dans une église de Bor­deaux. Et, à la nuit tom­bante, une veillée de prières était or­ga­ni­sée à Sainte­Thé­rèse, la deuxième église de SaintÉ­tienne­du­Rou­vray. L’autre édi­fice ca­tho­lique, Saint­Étienne, où le Père Jacques Ha­mel, 85 ans, a été égor­gé mar­di ma­tin, n’a pu être ren­du au culte.

« So­li­da­ri­té, com­pas­sion »

Le Conseil fran­çais du culte mu­sul­man (CFCM) a in­vi­té ses fi­dèles à se rendre au­jourd’hui à la messe pour ex­pri­mer « so­li­da­ri­té et com­pas­sion », et la Con­fé­rence des évêques a ap­pe­lé les pa­roisses à leur ré­ser­ver un « ac­cueil fra­ter­nel ». Le pré­sident du CFCM, Anouar Kbi­bech, as­sis­te­ra à une messe en la ca­thé­drale d’Évry puis à une autre à Notre­Dame de Pa­ris.

Cô­té en­quête, un jeune homme de 19 ans, « fi­ché S » (si­gna­lé pour ra­di­ca­li­sa­tion), ar­rê­té le 25 juillet dans une en­quête dis­tincte des ser­vices de ren­sei­gne­ment, a été mis en exa­men ven­dre­di. Une vi­déo d’un des deux as­saillants de Saint­Étienne­duRou­vray, Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean, dans la­quelle ce­lui­ci prê­tait al­lé­geance au groupe État is­la­mique (EI) et évo­quait « une ac­tion vio­lente », avait été trou­vée dans un té­lé­phone à son do­mi­ cile. Deux per­sonnes étaient en outre tou­jours en garde à vue hier tan­dis que celle d’un mi­neur de 16 ans a été le­vée.

Le mi­neur n’en a tou­te­fois pas fi­ni avec la jus­tice : des do­cu­ments de pro­pa­gande dji­ha­diste ont été re­trou­vés dans son té­lé­phone ain­si que dans son or­di­na­teur et ces élé­ments ont été trans­mis par le par­quet de Pa­ris à son ho­mo­logue de Rouen, ter­ri­to­ria­le­ment com­pé­tent et qui pour­rait dé­ci­der d’ou­vrir une pro­cé­dure dis­tincte pour « apo­lo­gie du ter­ro­risme ».

Son frère in­té­resse les en­quê­teurs : proche de l’un des deux tueurs, Adel Ker­miche, il est par­ti dans la zone ira­ko­sy­rienne en 2015 et les ser­vices an­ti­ter­ro­ristes se de­mandent s’il a pu jouer un rôle de­puis la Sy­rie dans l’at­ten­tat de mar­di.

Un cou­sin d’Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean, âgé de 30 ans, était tou­jours en garde à vue. Les en­quê­teurs se de­mandent s’il avait connais­sance des fu­nestes pro­jets de son cou­sin. Quant au se­cond gar­dé en vue, un de­man­deur d’asile sy­rien, la pho­to­co­pie de son pas­se­port a été re­trou­vée au do­mi­cile d’Adel Ker­miche.

Par ailleurs, un mi­neur de 17 ans, qui avait ten­té de par­tir en Sy­rie en 2015 avec Adel Ker­miche, a été ar­rê­té à Ge­nève quelques jours avant l’at­ten­tat de Saint­Étienne­du­Rou­vray après une nou­velle ten­ta­tive. Il a été re­mis à la France, mis en exa­men pour « as­so­cia­tion de mal­fai­teurs en re­la­tion avec une en­tre­prise ter­ro­riste » et pla­cé en dé­ten­tion pro­vi­soire. À ce stade, « rien ne montre qu’il ait une quel­conque im­pli­ca­tion » dans l’at­ten­tat, a aver­ti une source proche de l’en­quête.

Le té­moi­gnage des re­li­gieuses

Le dé­rou­lé du drame se pré­cise. Dans une in­ter­view à l’heb­do­ma­daire La Vie, les deux re­li­gieuses qui avaient été re­te­nues à l’in­té­rieur de l’église ont ra­con­té qu’un dia­logue s’était en­ga­gé avec les deux dji­ha­distes après l’as­sas­si­nat du prêtre. « Tant qu’il y au­ra des bombes sur la Sy­rie, nous conti­nue­rons les at­ten­tats », leur a dit l’un des deux hommes. Soeur Da­nielle a in­di­qué que l’un d’entre eux était en­tré dans l’église quelques mi­nutes avant l’at­taque pour de­man­der un ren­sei­gne­ment.

LYON. Quatre cents per­sonnes se sont ras­sem­blées hier après-mi­di à l’oc­ca­sion d’une « marche de la fra­ter­ni­té ». AFP

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