Les ha­bi­tants condam­nés à la fuite ou à la faim

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE ACTUALITÉS -

L’ONU a pro­po­sé de gé­rer les cor­ri­dors « hu­ma­ni­taires » ou­verts par le ré­gime sy­rien entre les sec­teurs loya­liste et re­belle d’Alep, dé­crits par l’op­po­si­tion comme des « cou­loirs de la mort ».

Après des se­maines de bom­bar­de­ments et de siège d’Alep, le ré­gime a ou­vert ces cor­ri­dors pour en­cou­ra­ger ci­vils et com­bat­tants sou­hai­tant dé­po­ser les armes à sor­tir des quar­tiers re­belles, avec l’ob­jec­tif de s’em­pa­rer de la to­ta­li­té de cette ville di­vi­sée de­puis 2012 (*).

An­non­cée par la Rus­sie, l’ou­ver­ture des cou­loirs a été pré­sen­tée comme ayant un but « hu­ma­ni­taire », ce dont doutent l’op­po­si­tion, des ana­lystes et des re­belles.

Le ré­gime a d’ailleurs re­pris ses bom­bar­de­ments contre les quar­tiers re­belles d’Alep où se trouvent as­sié­gés, de­puis près de deux se­maines, quelque 250.000 ha­bi­tants qui manquent de nom­breux pro­duits de base.

D’après l’Ob­ser­va­toire sy­rien des droits de l’Homme, seule­ment « une dou­zaine de per­sonnes sont sor­ties de­puis jeu­di via l’un des cor­ri­dors. Les re­belles ont en­suite em­pê­ché les ha­bi­tants de s’en ap­pro­cher ».

Dans un com­mu­ni­qué, le mi­nis­tère russe de la Dé­fense a ju­gé « bien­ve­nue » cette pro­po­si­tion des Na­tions unies tan­dis que les États­Unis ont ex­pri­mé leur « scep­ti­cisme ». « Il y a un risque, si c’est une ruse, de bri­ser com­plè­te­ment le ni­veau de co­opé­ra­tion » entre les ÉtatsU­nis et la Rus­sie, a aver­ti John Ker­ry, le chef de la di­plo­ma­tie amé­ri­caine.

Ter­rible di­lemme

Pour Ka­rim Bi­tar, di­rec­teur de re­cherches à l’Ins­ti­tut de re­la­tions in­ter­na­tio­nales et stra­té­giques, « les ha­bi­tants (des sec­teurs re­belles) d’Alep font face à un ter­rible di­lemme : ils ont le choix entre ris­quer de mou­rir de faim ou ris­quer de mou­rir dans leur fuite. La tra­gé­die sy­rienne a sou­vent mon­tré que l’hu­ma­ni­taire a été uti­li­sé comme stra­ta­gème cy­nique ser­vant des in­té­rêts géo­po­li­tiques ».

(*) Se­lon des ana­lystes, la perte d’Alep par les in­sur­gés re­pré­sen­te­rait un tour­nant dans une guerre qui a fait plus de 280.000 morts de­puis 2011 et pous­sé des mil­lions de per­sonnes à la fuite.

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