Il fal­lait nu­mé­ro­ter les routes

Re­tour sur des ini­tia­tives Mi­che­lin en fa­veur de l’au­to­mo­bile

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - CLERMONT VIVRE SA VILLE - Pierre-Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

En 1912, les frères Mi­che­lin pres­sentent ce que les au­to­mo­bi­listes ga­gne­raient à l’exis­tence d’une nu­mé­ro­ta­tion li­sible des routes de France. Et ils font évo­luer les choses.

Convain­cu que l’es­sor de l’au­to­mo­bile passe par le dé­ve­lop­pe­ment du tou­risme, les in­dus­triels cler­mon­tois ima­ginent de rendre la nu­mé­ro­ta­tion des routes li­sible pour les usa­gers: jusque­là, seuls les can­ton­niers en avaient connais­sance.

Il est vrai qu’au dé­but du XXe siècle, se re­pé­rer dans une ré­gion qu’on ne connaît pas, en l’ab­sence de toute in­di­ca­tion, est un peu « mis­sion im­pos­sible ». Mais les ha­bi­tudes ont la vie dure et les ré­ti­cences au chan­ge­ment res­tent fortes. An­dré Mi­che­lin dé­clenche donc une of­fen­sive.

An­dré Mi­che­lin passe par voie de presse

Comme à son ha­bi­tude, il se sert de la presse et com­mence une sé­rie d’ar­ticles (payants) des­ti­nés à faire ad­mettre le prin­cipe du « nu­mé­ro­tage des routes ».

Pour illus­trer son propos, et en­traî­ner l’adhé­sion du plus grand nombre, il dé­montre « les dif­fi­cul­tés que rencontrerait un tou­riste vi­si­tant pour la pre­mière fois une ville in­con­nue avec, pour seul guide, un plan muet ». A contra­rio « qu’un simple sché­ma, des­si­né en quelques traits de plume, don­nant la phy­sio­no­mie gé­né­rale de la ville, le nom des rues, bou­le­vards et ave­nues, soit mis à sa dis­po­si­tion et le voi­là sau­vé ! [...] Si l’on rem­place dans ce qui pré­cède la ville par la cam­pagne, les rues par les routes, le plan par la carte et le pié­ton par l’au­to­mo­bi­liste, le pro­blème est le même… »

Les bornes qui changent tout à la cam­pagne

Ces routes ont dé­jà un nom et les in­gé­nieurs des Ponts et chaus­sées les ont clas­sées en quatre ca­té­go­ries : les routes nationales, les routes dé­par­te­men­tales, les che­mins de grande com­mu­ni­ca­tion, les che­mins d’in­té­rêt com­mun. D’autre part, les Ponts et chaus­sées, pour fa­ci­li­ter leur tra­vail, dé­si­gnent cha­cune d’elles par une abré­via­tion : RN 12, D 50, GC 33 ou IC 11. Mais le pro­blème res­tait en­tier tant que ces nu­mé­ros étaient af­fi­chés dans les en­trées et sor­ties de villes, mais pas en rase cam­pagne.

Mi­che­lin pro­pose alors une idée simple : « Pour faire vite et éco­no­mique, il suf­fi­rait de nu­mé­ro­ter les bornes ki­lo­mé­triques qui ja­lonnent tout notre ré­seau rou­tier… Cela ne coû­te­rait qu’un peu d’attention et quelques pots de pein­ture ».

Une fois ces in­di­ca­tions por­tées, des cartes rou­tières au 1/200 000e per­met­tront de se re­pé­rer fa­ci­le­ment. Mais ça, c’est une autre aven­ture… à (re)dé­cou­vrir di­manche pro­chain.

BORNAGE. Hu­mour 1900 An­dré Mi­che­lin, se­lon « A vos pin­ceaux, can­ton­niers, de­puis long­temps vous êtes à la peine, il est juste que vous soyez ja­lon­neurs… »

PÉ­TI­TIONS. Deux ca­mion­nettes Mi­che­lin ap­portent les 200.000 pé­ti­tions au Mi­nis­tère des Tra­vaux pu­blics. Qui ose­rait au­jourd’hui ?

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