Le temps d’une lec­ture sous l’arbre

Aux « Lec­tures sous l’arbre », la poé­sie contem­po­raine trouve sa rime dans l’éva­sion et l’en­ra­ci­ne­ment. Les mots se par­tagent à voix haute du 14 au 21 août sur le pla­teau Vi­va­rais­Li­gnon, entre Haute­Loire et Ar­dèche.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Nathalie Van Praagh nathalie.van­praagh@cen­tre­france.com

Jean­Fran­çois Ma­nier, le di­rec­teur ar­tis­tique, livre cinq rai­sons par­mi d’autres de se rendre aux « Lec­tures sous l’arbre » du 14 au 21 août, au­tour du Cham­bon­sur­Li­gnon, ba­ry­centre de la ré­gion Au­vergne­Rhône Alpes entre Le Puy­en­Ve­lay, SaintÉ­tienne et Va­lence. 1

Terre in­con­nue. «On connaît le re­frain : “la poé­sie m’est étran­gère. J’ai tou­jours dé­tes­té, ce n’est pas pour moi. De­puis le ly­cée, je n’ai ja­mais re­mis le nez dans un re­cueil”… Jus­te­ment, pour­quoi ne pas oser et fran­chir la porte ? », sug­gère JeanF­ran­çois Ma­nier. Un saut dans l’in­con­nu comme ce­lui des 180 pion­niers d’un fes­ti­val tout juste bap­ti­sé, en 1992, écou­tant le vio­lon­celle de la très jeune Em­ma­nuelle Bertrand ac­com­pa­gnant les lec­tures de Da­nielle Bas­sez, Pas­cal Riou et An­dré Ro­che­dy. « Deux heures très lar­ge­ment im­pro­vi­sées sous un orage mé­mo­rable qui nous avait obli­gés à cou­rir en ca­tas­trophe nous ré­fu­gier chez un voi­sin au grand coeur », se re­mé­more le fon­da­teur.

« C’était juste pour voir. On ne pen­sait pas du tout s’étendre sur une se­maine, rayon­ner sur deux ré­gions, deux dé­par­te­ments, je ne sais com­bien de com­munes. Avec un im­pact éco­no­mique fort pour le pla­teau Vi­va­rais­Li­gnon. Pla­teau que l’on fait dé­cou­vrir au dé­but du fes­ti­val lors d’une marche en­tre­cou­pée de confé­rences et de lec­tures à voix haute. Cette an­née, au­tour des étoiles, l’après­mi­di et la soi­rée du lun­di 15 août. » 2

La na­ture n’est pas un dé­sert. « Pour une fois, voi­là un fes­ti­val en pleine na­ture, sur un pla­teau, à 1.000 mètres d’al­ti­tude, aux confins de la Hau­teLoire et de l’Ar­dèche, le Mont Mé­zenc d’un cô­té, le Mont Blanc de l’autre, avec une li­brai­rie, L’Arbre va­ga­bond, et, pour huit jours, le plus im­por­tant fonds de lit­té­ra­ture chi­noise en France. » Il y a trente­cinq ans, Jean Fran­çois Ma­nier, en créant Cheyne édi­teur, au Cham­bon­sur­Li­gnon, dé­cré­tait : « Le dé­sert cultu­rel n’est pas une fa­ta­li­té ; on peut pour­suivre une po­li­tique de créa­tion, fa­vo­ri­ser la ren­contre du pu­blic avec des oeuvres contem­po­raines, loin des grandes villes. » 3

«Il se trouve qu’il y en a beau­coup, qu’ils sont ac­ces­sibles, que l’on peut man­ger avec eux, les voir, les tou­cher, les écou­ter par­ler de leurs propres textes mais aus­si des au­teurs qu’ils aiment. Trop sou­vent quand les écri­vains lisent leurs mots, ils se mettent der­rière une table, ils ouvrent leur livre, ils ne re­gardent pas le pu­blic, ils

com­mencent à la pre­mière ligne et fi­nissent à la der­nière, ils ferment le bou­quin et ils s’en vont. Pour moi, c’est nul ! J’in­siste beau­coup au­près des au­teurs in­vi­tés pour prendre le pu­blic comme il est. “Vous vous adres­sez à lui, vous lui parlez de vous, de vos lec­tures, vous in­ter­rom­pez votre lec­ture pour dire sur quelle par­tie vous avez pei­né et pour­quoi.” Il faut que ce soit char­nel,

in­car­né. An­née après an­née, cet es­prit fi­nit par por­ter, je crois. » 4

La va­leur du pla­teau. « Pour Di­dier Sandre, pour Jean­Phi­lippe Col­lard, pour Edwy Ple­nel, pour les édi­teurs d’Actes Sud. Parce que c’est un fes­ti­val à l’écart des modes, qui pour­suit sa ligne, en­ga­gée, qui place le livre au coeur de la ma­ni­fes­ta­tion et non à la pé­ri­phé­rie ou comme pré­texte. Quand on fait une ba­lade le ma­tin au­tour d’un thème, les livres lus pen­dant la pro­me­nade, les fes­ti­va­liers les re­trouvent, à leur re­tour, au­tour d’une table, prêts à être feuille­tés, dé­cor­ti­qués, com­men­tés. » 5

La qualité des liens. « On nous parle sou­vent de ce qui se joue entre les fes­ti­va­liers, la ma­nière dont les échanges se nouent. Je fais très attention au temps, au rythme de la se­maine, à chan­ger de bra­quet. C’est peut­être une ex­pli­ca­tion. » « Beau­coup de gens me confient aus­si : “C’est un mo­ment hors du temps, une cou­pure, une pa­ren­thèse entre la fin des va­cances et la ren­trée. On se re­charge, cette der­nière se­maine, avant de re­trou­ver le quo­ti­dien.” » Le di­rec­teur ar­tis­tique a le sen­ti­ment d’avoir créé « un pu­blic en or ». « Certes, on ne peut se pas­ser de noms, de têtes d’af­fiche mais il y a plein d’oc­ca­sions aus­si de dé­cou­vrir un écri­vain qui a peu pu­blié – un ou deux livres – et le pu­blic vient, il suit, in­siste Jean­Fran­çois Ma­nier. Je n’ai pas de crainte : je peux être au­da­cieux tout en pre­nant soin de l’at­tente. » ■

(*) Épau­lé par Jean­Pierre Si­méon (créa­teur du Prin­temps des poètes).

JEAN-FRAN­ÇOIS MA­NIER. « Une lec­ture char­nelle, incarnée ». PHO­TO RODOLPHE GOU­PIL Des poètes vi­vants

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