La pe­tite his­toire des pre­mières cartes Mi­che­lin

Re­tour sur les ini­tia­tives de Mi­che­lin en fa­veur de la route et de l’au­to­mo­bile

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - Pierre-Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Les cartes Mi­che­lin ont mar­qué l’his­toire de l’au­to­mo­bile eu­ro­péenne du XXe siècle. Lan­cées of­fi­ciel­le­ment en 1910, elles ont été pré­cé­dées par dif­fé­rents es­sais.

Un des an­cêtres de la cartes a été fa­bri­qué pour l’iti­né­raire de la course cy­cliste Pa­ris­Cler­mont de 1893.

Un do­cu­ment Mi­che­lin, ven­du 3 francs aux com­pé­ti­teurs consti­tuait un vé­ri­table « road­book » ou livre de route de Pa­ris à Cler­mont. Il se pré­sente sous la forme d’un carnet de route pliable de trente cen­ti­mètres de hau­teur sur six mètres de long.

Un des­sin d’une grande pré­ci­sion

Ain­si les concur­rents pou­vaient le suivre en le ca­lant sur le gui­don. Cet iti­né­raire est d’une pré­ci­sion éton­nante : « Suivre la voie du tram­way jus­qu’à Cha­ren­ton, à 1100 mètres de la porte Pic­pus, tour­ner à droite. Pa­vé 150 mètres. Après le pont, le pa­vé pos­sède des bas­cô­tés uti­li­sables sur 1200 m »… Un peu plus loin à Me­lun, il est écrit : « Après le pre­mier pont à droite, hô­tel des Isles, ren­dez­vous des vé­lo­ce­men… au car­re­four de la Croix du grand ve­ neur, mai­son fo­res­tière à gauche, vente de lait… ».

Le des­sin qui ac­com­pagne le texte dé­livre de nom­breuses in­for­ma­tions, les mon­tées sont si­gna­lées, les des­centes aus­si… Toute la ri­gueur qui pré­si­de­ra à l’éla­bo­ra­tion des cartes Mi­che­lin vingt ans plus tard est dé­jà en fi­li­grane.

Un exem­plaire en par­fait état de ce do­cu­ment a été ache­té aux en­chères à Cler­mont en 2002 par le grand col­lec­tion­neur bruxel­lois, Alain Mo­rel. Ce der­nier l’a of­fert à Mi­che­lin qui en pos­sé­dait un in­com­plet.

Il est dé­sor­mais ex­po­sé à l’Aven­ture Mi­che­lin à Cler­mont. Si vous le voyez, li­sez bien les men­tions ma­nus­crites qui fi­gu­ rent sur de pe­tits pa­pillons de pa­pier col­lés sur cet « iti­né­raire » qui ap­par­te­nait à un dé­nom­mé Cham­pon­neau. Elles évoquent les dif­fé­rents « re­mon­tants li­quides » consom­més par ce cou­reur pour al­ler au bout de l’ex­ploit.

Mais ce n’est pas là la seule par­ti­cu­la­ri­té de cette course. Elle ser­vait de pro­pa­gande pour le pneu. Les frères Mi­che­lin avaient fait ré­pandre des clous pour prou­ver la su­pé­rio­ri­té de leurs « dé­mon­tables » sur les pneu­ma­tiques de la concur­rence, no­tam­ment de Dun­lop ! Contrai­re­ment aux autres marques, l’in­dus­triel cler­mon­tois ga­ran­tis­sait un chan­ge­ment de chambre à air en une mi­nute cin­quante­cinq se­condes !

Une pro­pa­gande pour pro­mou­voir le pneu

Les hommes de Mi­che­lin dé­va­lisent les gros quin­cailliers. Les clous de deux cen­ti­mètres de long, à grosse tête, étaient je­tés à pleines poi­gnées, ils re­tombent tou­jours la pointe en l’air…

Pour mé­na­ger les autres uti­li­sa­teurs des routes, Mi­che­lin de­man­dait à ses hommes de ne ré­pandre leurs clous que quelques mi­nutes avant le pas­sage des pre­miers concur­rents et de ra­mas­ser en­suite toutes les pointes épar­pillées.

La « course aux clous » comme l’ont im­mé­dia­te­ment ap­pe­lé les jour­naux fai­sait sen­sa­tion. Chez les quin­cailliers, on ré­cla­mait le « clou Mi­che­lin ». Un An­glais col­lec­tion­neur a fait tout le tra­jet de Pa­ris à Cler­mont afin de ra­mas­ser un au­then­tique « blue Mi­che­lin nail ».

Di­manche pro­chain. Nou­velle étape avec la carte pour la coupe Gor­don-Ben­nett en Au­vergne en 1905.

EN­GA­GÉ. Edouard Mi­che­lin ré­pare de nuit une cre­vai­son pen­dant la fa­meuse « course aux clous ». ®PA­TRI­MOINE MI­CHE­LIN

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