Un pe­tit air du Viet­nam dans le bo­cage

A Noyant­d’Al­lier, une pa­gode boud­dhiste a été éri­gée par des fa­milles de ra­pa­triés d’In­do­chine

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - ESTIVITIES - An­toine De­la­cou

Une pa­gode ha­bi­tée par des bonzes, oc­cu­pée par de mul­tiples sta­tues de Boud­dha et en­tou­rée par un jar­din au de­si­gn asia­tique ? Vous n’êtes pas en Ex­trême-Orient, mais à Noyant-d’Al­lier, en plein bo­cage bour­bon­nais.

An­cienne in­fir­miè­re­pué­ri­cul­trice pour Mé­de­cins du Monde, elle a fait le tour… du monde. Après une vie aven­tu­reuse aux confins de la pla­nète, c’est à Noyant­d’Al­lier, en plein bo­cage bour­bon­nais, que Ja­ny Phi­lippe a choi­si de pro­fi­ter d’une re­traite net­te­ment plus pla­cide.

Noyant ? Un re­tour aux sources pour cette éner­gique sexa­gé­naire do­tée d’un in­al­té­rable sou­rire. Son his­toire fa­mi­liale, qui puise ses ra­cines pro­fondes en Asie, illustre le des­tin d’une bonne par­tie de la po­pu­la­tion du vil­lage. À par­tir de l’hi­ver 1955, des di­zaines de fa­milles de ra­pa­triés d’In­do­chine ont dé­bar­qué pour oc­cu­per les co­rons dé­ser­tés de cet an­cien vil­lage mi­nier. Fran­çais ou Viet­na­miens, mé­tis pour la plu­part, ils ont tout per­du, tout lais­sé der­rière eux.

« Mon père, fran­çais, était ins­pec­teur des agri­cul­teurs de Co­chin­chine, ra­conte Ja­ny Phi­lippe. Ma mère, viet­na­mienne, était di­rec­trice de ma­ter­ni­té. Mais nous avons été contraints de quit­ter l’In­do­chine après la guerre pour par­tir en France. Entre 1956 et 1963, j’ai vé­cu mon en­fance dans la com­mune. » Il y a un an, après une longue ab­sence de plus d’un de­mi­siècle pas­sé par monts et par vaux, Ja­ny Phi­lippe est re­ve­nue s’ins­tal­ler dans un vil­lage qu’elle a re­trou­vé in­chan­gé dans sa men­ta­li­té, ba­sée sur l’ou­ver­ture d’es­prit. Mais quelque peu mo­di­fié dans son ur­ba­nisme. Sous l’im­pul­sion de la com­mu­nau­té des ra­pa­triés d’In­do­chine de Noyant, une pa­gode a été éri­gée dans le bourg en 1983 : « Un pe­tit coin de Viet­ nam en plein coeur de la France ru­rale, sou­rit Ja­ny Phi­lippe. Elle re­pré­sente nos ra­cines et in­carne aus­si l’hos­pi­ta­li­té, la spi­ri­tua­li­té, la bien­veillance. »

Le site est aus­si zen qu’in­so­lite. Dans son parc, plu­sieurs sta­tues sont dis­po­sées. L’une d’entre elles, de taille mo­nu­men­tale, re­pré­sente le Boud­dha al­lon­gé, tête à l’est pieds à l’ouest. Elle sym­bo­lise l’at­teinte du nir­va­na.

Dans ce jar­din au de­si­gn pay­sa­ger de fac­ture asia­tique, d’autres re­pré­sen­ta­tions de Boud­dha se cô­toient en toute har­mo­nie : en mé­di­ta­tion sous la pro­tec­tion de sept co­bras, avec ses cinq pre­miers adeptes ou jeune en­tou­ré d’un singe et d’un éléphant rap­pe­lant les ré­cits qui en­tourent sa nais­sance.

Un site spi­ri­tuel et tou­ris­tique

Mais la pa­gode n’est pas un simple dé­cor de carte pos­tale. Deux moines boud­dhistes ha­bitent dans ce lieu spi­ri­tuel dont la vie quo­ti­dienne est ryth­mée par trois temps de prière à 4 h 30 du ma­tin, 15 heures et 19 heures. Noyant s’est éga­le­ment trans­for­mé en des­ti­na­tion de pè­le­ri­nage de­puis que la pa­gode conserve les cendres de Thich Trung Quan, un moine boud­dhiste mon­dia­le­ment connu dans la com­mu­nau­té. Autre sym­bole de cette culture boud­dhiste so­li­de­ment en­ra­ci­née : deux à trois cents per­sonnes se re­trouvent trois fois par an à Noyant pour les fêtes du Têt, de la Nais­sance de Boud­dha et de la Com­pas­sion.

Par­mi les par­ti­ci­pants, des en­fants de ra­pa­triés d’In­do­chine qui, après avoir gran­di à Noyant, sont au­jourd’hui épar­pillés aux quatre coins de France. Afin de se res­sour­cer, ils re­viennent dans le vil­lage pour les va­cances et les grands évé­ne­ments.

Pour tous, la pa­gode reste un point de ral­lie­ment fra­ter­nel et ac­cueillant. Ici, tout est calme et re­po­sant : le tin­te­ment des clo­chettes, les or­chi­dées, les lo­tus et les né­nu­phars du bas­sin d’eau. Ri­che­ment dé­co­rée à l’in­té­rieur, la pa­gode peut se vi­si­ter ac­com­pa­gné de bé­né­voles. À la condi­tion im­pé­ra­tive de re­ti­rer ses chaus­sures avant d’en­trer, comme le veut la tra­di­tion.

Des ra­pa­triés d’In­do­chine à par­tir de 1955

“La pa­gode in­carne bien­veillance,, l’hos­pi­ta­li­té, la spi­ri­tua­li­té et la

DÉPAYSEMENT. Dans le jar­din de la pa­gode, tout est calme et re­po­sant : les sta­tues de Boud­dha, dont cer­taines de taille mo­nu­men­tale, le tin­te­ment des clo­chettes, les or­chi­dées, les lo­tus et le bas­sin d’eau rem­pli de né­nu­phars. En un mot : zen. PHO­TO FRAN­ÇOIS-XA­VIER GUTTON

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