Col­la­bo­rez, éco­no­mi­sez !

Les va­cances d’été sont l’oc­ca­sion de tes­ter l’éco­no­mie de par­tage

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - SEPTIÈME JOUR - Cy­rielle Jar­din

Ça n’a rien d’une nou­veau­té : par­tir en va­cances a un coût et l’été n’est pas vrai­ment une pé­riode pro­pice aux éco­no­mies. Pour­tant cer­tains ont trou­vé la so­lu­tion, elle s’ap­pelle l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive (ou de par­tage).

Der­rière ce terme se cachent les sites qui mettent en re­la­tion des par­ti­cu­liers qui peuvent vendre ou ache­ter des biens et des ser­vices. Et que l’on se serve de ces pla­te­formes en tant que « four­nis­seur » ou « bé­né­fi­ciaire », le jeu semble en va­loir la chan­delle. Si cette éco­no­mie est une al­liée de choix pour les va­can­ciers, c’est que grâce à elle on peut avoir ac­cès à à peu près n’im­porte quoi, à des prix qui font pâ­lir la concur­rence. Vous vou­lez pas­ser vos va­cances sur une pé­niche ? Vous avez ou­blié des ob­jets dans vos ba­gages ? Be­soin d’échan­ger de la mon­naie ? A chaque pro­blème sa pla­te­forme. En­core faut­il s’y re­trou­ver.

Al­ter­na­tives sé­dui­santes ?

Les deux grands lea­ders dans les ser­vices sont Bla­bla­Car et Airbnb. Or le trans­port et le lo­ge­ment sont ce qui pèse le plus sur le bud­get des fa­milles en va­cances. Sur Bla­bla­Car, le site qui met des per­sonnes en lien pour le co­voi­tu­rage, un tra­jet Pa­risBor­deaux qui coû­te­rait entre 80 et 100 eu­ros en train ne coûte qu’entre 20 et 40 eu­ros.

Ca­mille, de Tours, uti­lise Bla­bla­Car de­puis un an pour ses dé­pla­ce­ments, et en­core plus sou­vent pen­dant les va­cances. Elle ex­plique : « Quand on voit le prix des billets de train, il y a cer­tains voyages que je n’au­rais pas faits sans Bla­bla­Car. Dans des en­droits mal des­ser­vis en train, c’est par­fois in­dis­pen­sable de pas­ser par d’autres moyens de trans­port. » A une époque où grèves et re­tards ont pro­vo­qué une crise de confiance des Fran­çais en­vers la SNCF, pou­voir être en contact di­rect avec un par­ti­cu­lier ras­sure.

Et l’as­pect re­la­tion­nel compte au­tant pour les usa­gers que les éco­no­mies. « On ren­contre des gens de tous ho­ri­zons, on dis­cute, ça passe plus vite. Et puis ça donne bonne conscience de voya­ger dans une voi­ture rem­plie, c’est un peu plus éco­lo­gique. », note Ca­mille. Les conduc­teurs y voient une op­por­tu­ni­té de ré­duire leurs frais d’es­sence. Certes, Bla­bla­Car n’est pas in­faillible et ne consti­tue­ra pas un sys­tème adap­té pour une fa­mille avec en­fants qui sou­haite par­tir en va­cances.

Airbnb, la pla­te­forme qui per­met de se lo­ger chez des par­ti­cu­liers, re­pré­sente une so­lu­tion pour échap­per aux coûts des hô­tels, qui sont par ailleurs sou­vent sa­tu­rés. Mais le sys­tème peut pa­raître moins sé­cu­ri­sant, et gare aux mau­vaises sur­prises ! Lau­ra, une Bre­tonne de 19 ans, est par­tie à Malte en juin avec deux amis. Elle avait ré­ser­vé un ap­par­te­ment Airbnb trois mois à l’avance. Mais elle a dé­chan­té une fois ar­ri­vée sur place : « On n’avait qu’un lit pour trois. C’était très sale, il y avait de la moi­sis­sure sur les murs et de la pous­sière par­tout. On a trou­vé un ca­fard dans la douche ». Les trois va­can­ciers contactent Airbnb, qui est « très ré­ac­tif » et leur trouve un autre ap­par­te­ment proche du pre­mier qui leur convient.

« A l’ave­nir, je fe­rai plus at­ten­tion aux avis sur le site. Le pro­prié­taire de l’ap­par­te­ment n’avait pas tel­le­ment d’avis po­si­tifs, mais comme il n’était pas cher on avait vou­lu prendre ce­lui­là. Quand on avait dis­cu­té avec lui, il était très ar­ran­geant. On a pas­sé un bon sé­jour dans le deuxième ap­par­te­ment, c’est pour ça que mal­gré tout je n’hé­si­te­rai pas à réuti­li­ser Airbnb. Et puis, c’est beau­coup moins cher qu’un hô­tel », af­firme Lau­ra. Les mois de juillet et août sont éga­le­ment pro­pices aux ar­naques fi­nan­cières, qui connaissent un pic à cette pé­riode.

Louer son propre lo­ge­ment per­met d’en amor­tir les frais, mais ceux qui ont l’ha­bi­tude d’in­ves­tir des ap­par­te­ments Airbnb sont ré­ti­cents à le faire. La ten­dance à four­nir est plus faible que celle à uti­li­ser. C’est pour­tant une ini­tia­tive qui peut être avan­ta­geuse fi­nan­ciè­re­ment.

Cla­risse, 20 ans, a dé­cou­vert la pla­te­forme Dri­vy il y a six mois. Elle lui per­met de louer sa voi­ture à des par­ti­cu­liers pour leurs tra­jets. « Je dois rem­bour­ser l’em­prunt pour ma voi­ture, alors je me suis dit que ça pou­vait être une bonne so­lu­tion pour m’ai­der à payer ». Une ex­pé­rience qui n’est pas tou­jours très concluante. « Ce n’est pas la faute du site, il est très bien fait. Mais une fois, les gens ont mis des vé­los dans la voi­ture et me l’ont ren­due sale. Quand tu es obli­gée d’al­ler la­ver la voi­ture, tu perds dé­jà une par­tie de l’ar­gent que tu as ga­gné. »

Ba­teaux et châ­teaux

Outre une voi­ture ou un lo­ge­ment, on peut aus­si louer son vé­lo (Zi­lock), son ba­teau (Boa­tyng), son jar­din pour un éven­tuel cam­peur (Gam­ping), mais aus­si des biens plus luxueux. Ain­si, Le Jet per­met de louer son jet pri­vé et Le Col­lec­tion­nist n’est rien de moins qu’un « Airbnb du riche » qui met à dis­po­si­tion, se­lon le site, les plus belles « de­meures » du monde, « aty­piques, per­son­ni­fiées, si­gnées comme des oeuvres d’art ». En­ten­dez par là des vil­las et des châ­teaux.

En va­cances, l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive n’a pas seule­ment vo­ca­tion à pro­té­ger le porte­mon­naie des consom­ma­teurs, mais per­met d’ac­cé­der à des biens et des ser­vices in­édits qui fleurent bon l’« au­then­tique ». Plus be­soin de pos­sé­der, tout peut en théo­rie ap­par­te­nir à tout le monde. Mais les in­éga­li­tés bud­gé­taires se res­sentent aus­si bien sur ces sites qu’au tra­vers des sys­tèmes « tra­di­tion­nels ». L’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive n’a pas en­core ré­ponse à tout.

TEN­DANCE. 22 % des Fran­çais ont dé­jà eu re­cours à ces sites. PHO­TO C. BESSEYRE

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.