Une ques­tion de goût et de cou­leurs

Le Ber­li­ner Sym­pho­ni­ker pour la pre­mière fois, hier après­mi­di, en com­pa­gnie de Sooyeon Kim

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FESTIVAL DE LA CHAISE-DIEU - Pierre-Oli­vier Feb­vret

Le fes­ti­val connaît les joies de la fi­dé­li­té. Cette édi­tion an­ni­ver­saire est d’ailleurs l’oc­ca­sion de croi­ser et d’en­tendre des ar­tistes, or­chestres et en­sembles ha­bi­tués des lieux. Mais la nouveauté aus­si a du très bon. La preuve avec le Ber­li­ner Sym­pho­ni­ker, si haut en cou­leurs, in­vi­té pour la pre­mière fois à La Chaise-Dieu.

Les membres du Ber­li­ner Sym­pho­ni­ker ont em­me­né dans leurs étuis la grande tra­di­tion al­le­mande : une so­no­ri­té dense, très ho­mo­gène ; bien sûr une as­sise im­por­tante des cordes graves qui jouent un rôle pri­mor­dial dans son en­semble ; sans ou­blier des bois et cuivres ronds. Amau­ry du Clo­sel, chef fran­çais certes, mais ins­tal­lé à Vienne, a pris la tête de cette brillante for­ma­tion et lui a ap­por­té une touche très au­tri­chienne, avec un équi­libre so­nore plus clair et moins fon­du. Ce qu’il faut re­te­nir de ce mé­tis­sage es­thé­tique, c’est une sub­ti­li­té rare dans les cou­leurs or­ches­trales, les mé­langes de timbres. Toutes les nuances, aus­si belles que douces, y passent pour un émer­veille­ment per­pé­tuel. Et puis­qu’avec ça, toutes les exi­gences tech­niques de la par­ti­tion sont res­pec­tées… Que du bon­heur, d’au­tant que les par­ti­tions en ques­tion ont bien be­soin de cette grande pa­lette.

C’est va­lable pour ré­vé­ler la dou­ceur en­fouie sous la com­plexi­té sty­lis­tique des oeuvres de Brahms et sa Tra­gische Ou­ver­ture en par­ti­cu­lier. Elle per­met de dé­crire fi­ne­ment les lu­mières chan­geantes des Vier Letzte Lie­der d’un Strauss au cré­pus­cule de sa vie. Un hom­mage à la voix que rend ici Sooyeon Kim, so­pra­no co­réenne qui ne laisse rien trans­pa­raître de la grande dif­fi­cul­té tech­nique de l’oeuvre. Juste dans les notes et les in­ten­tions, elle fait co­ha­bi­ter sans ja­mais for­cer ten­sion et dé­li­ca­tesse.

Mêmes qua­li­tés pour l’or­chestre dans la Sym­pho­nie n°4 de Mah­ler, que le com­po­si­teur com­pa­rait lui­même à « un ta­bleau pri­mi­tif sur fond or ». De­vant pa­reil ef­fec­tif, Amau­ry du Clo­sel n’a pas eu de dif­fi­cul­té à re­nou­ve­ler l’in­té­rêt du pu­blic là où il au­rait pu se perdre, en rai­son de thèmes en­tre­mê­lés et d’une at­mo­sphère hé­si­tante.

EN­TENTE. La so­pra­no co­réenne Sooyeon Kim en ac­cord par­fait avec le Ber­li­ner Sym­pho­ni­ker di­ri­gé par Amau­ry du Clo­sel. PHO­TO VINCENT JOLFRE

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