La foire en­sei­gnée aux « Pa­ri­siens »

Brion, ses vaches, ses éle­veurs, ses bu­rons, son ro­sé et ses tri­poux, c’est de­main lun­di 22 août !

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - PUY-DE-DÔME ACTUALITÉ - Jean-Paul Gon­deau

Adieu veaux vaches co­chons à la foire de Brion ? N’exa­gé­rons rien… Y sur­vit, dans un dé­cor de carte pos­tale, une poi­gnée de bêtes et d’éle­veurs pour pré­ser­ver à coup de ro­sé et de tri­poux un ar­rière-goût d’au­then­ti­ci­té. À vé­ri­fier de­main.

Écou­tez donc les ha­bi­tués, les his­to­riques qui écrasent la même lar­mi­chette : « Non, c’est plus ce que c’était… ». Au bu­reau des sou­pirs et des re­grets éter­nels, il y a du monde à la foire de Brion. Pen­sez qu’à la fin du XIXe, ce gros évé­ne­ment agri­cole et mar­chand au coeur du Cé­zal­lier réunis­sait l’été plus de 6.000 bêtes ! Ce lun­di 22 août 2016, les plus op­ti­mistes n’en es­pèrent pas plus de 200 se­lon le re­cen­se­ment de l’an­née pas­sée. Autres temps autres usages…

Haut lieu de né­goce dès le Moyen­Âge, les foires de Brion s’éche­lon­naient de mai à sep­tembre, fai­sant conver­ger sur le foi­rail de Com­pains, à 840 m d’al­ti­tude, tout ce que le Mas­sif cen­tral comp­tait de che­villards et d’éle­veurs de che­vaux, ânes, boeufs, tau­reaux, mou­tons, veaux, vaches et co­chons.

Un af­flux d’ani­maux et d’hu­mains qui at­tei­gnait son point culmi­nant à la foire de l’es­tive, en août. Cette der­nière d’au­tant plus cou­rue que les ha­bi­tants du San­cy y « fai­saient leurs grains » en écou­lant l’ex­cé­dent de leurs pro­duc­tions, dont le goû­teux saint­nec­taire, en échange de fruits et lé­gumes sou­vent im­propres à ce rude pays de mon­tagne.

Une telle af­fluence où l’on né­go­ciait dur, bu­vait sec et cas­se­croû­tait gras, n’al­lait pas sans échauf­fe­ment des es­prits. Les mé­mo­ria­listes lo­caux vous rap­por­te­ront que les foires de Brion étaient ré­pu­tées pour leurs pu­gi­lats. « De grands coups de bas­ton sur la teste » ache­vés par des plaintes et des condam­na­tions pour « ju­re­ment du nom de Dieu et mes­pris à jus­tice ».

Au­jourd’hui, les trac­ta­tions entre ven­deurs et ache­teurs se font pa­ci­fi­que­ment à même les fermes par des grou­pe­ments d’achat. À Brion, ni vu ni connu, une poi­gnée de « sur­vi­vants » conti­nue de se cas­ta­gner ver­ba­le­ment : « Je te les donne pas mes bêtes ! » « Mes vaches, c’est à tous les prix, et ça dé­pend de la tête du client ! ».

Mais l’es­sen­tiel se passe dé­sor­mais dans les bu­rons res­tau­rants où l’ali­got et les tri­poux donnent comme un ar­rière­goût d’au­then­ti­ci­té aux « Pa­ri­siens ». Ain­si nom­més sous le même vo­cable ri­go­lard les ur­bains de la plaine qui y cô­toient les gens d’ici. On conseille­ra aux plus cou­ra­geux de ve­nir aux au­rores, vers 6­7 heures du ma­tin. Ben oui, l’au­then­ti­ci­té a un coût !

COLLECTOR ? Les éle­veurs en blouse et bâ­ton, une « es­pèce » en voie d’ex­tinc­tion ? De là à les voir dans un fu­tur proche sub­ven­tion­nés par l’Of­fice de tou­risme… ! PHO­TO D’ARCHIVES PAS­CAL CHAREYRON

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