Bar­ba­ra, sa plus belle his­toire d’amour

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Pro­pos re­cueillis par Dra­gan Pé­ro­vic dra­gan.per­ovic@cen­tre­france.com

Sa car­rière et sa vie d’homme ont été liées pen­dant vingt ans à celles de Bar­ba­ra. Le grand ac­cor­déo­niste est l’in­vi­té fil rouge du fes­ti­val Les Nuits de nacre qui se dé­rou­le­ra à Tulle du 15 au 18 sep­tembre.

Il l’a ren­con­trée à l’âge de 20 ans. Leur his­toire d’amour a du­ré deux dé­cen­nies. Au­jourd’hui, le jeune mu­si­cien est de­ve­nu un homme mur, un ar­tiste ac­com­pli. Pour­tant, lors­qu’il évoque cer­tains sou­ve­nirs de Bar­ba­ra, Ro­land Ro­ma­nel­li a tou­jours des larmes dans la voix. L’ac­cor­déo­niste se­ra l’ar­tiste fil rouge du fes­ti­val des Nuits de nacre à Tulle.

Vous avez pré­pa­ré pour le fes­ti­val tul­liste trois concerts aux am­biances com­plè­te­ment dif­fé­rentes. Il s’agit de pro­jets que nous avions, avec mes amis, mais que nous n’avons ja­mais mis en place. J’ai dé­ci­dé Mi­chel Korb de chan­ter les chan­sons de son père Fran­cis Le­marque dans un style ma­nouche. Quant à mes amis Claude Sal­mie­ri et Fi­fi Chayeb, je les ai vus faire leur spec­tacle « Jazz sé­ries » sur des airs connus de grands films et sé­ries TV. Je leur ai pro­po­sé d’en re­prendre une par­tie et de ra­jou­ter nos com­po­si­tions per­son­nelles. Dans le troi­sième spec­tacle, avec ma com­pagne Re­bec­ca Mai, je ra­conte mes dé­buts aux cô­tés de Bar­ba­ra.

Un ré­per­toire ap­pris en 24 heures

A 15 ans, vous êtes consa­cré cham­pion du monde de l’ac­cor­déon en Ita­lie. À 20 ans, en 1966, vous ar­ri­vez à Pa­ris avec un but très pré­cis. Mon rêve, c’était d’ac­com­pa­gner Bar­ba­ra. Pour qu’il de­vienne réa­li­té, il a fal­lu vrai­ment que je sois ver­ni d’une chance in­ouïe. À l’époque, elle était ac­com­pa­gnée d’un grand mu­si­cien, Joss Ba­sel­li. Il était im­pos­sible d’ima­gi­ner que j’al­lais le rem­pla­cer un jour.

Quel sou­ve­nir gar­dez-vous de votre pre­mière ren­contre avec Bar­ba­ra ? Joss ne l’avait pas pré­ve­nu qu’il par­tait aux États­Unis avec Pa­ta­chou. Il avait pro­je­té de se faire rem­pla­cer par Ber­nard La­roche, ac­cor­déo­niste de Serge La­ma. Mais on ne dé­ci­dait pas pour Bar­ba­ra. Elle lui a dit : « Non seule­ment, si tu pars, tu ne re­viens plus, mais je ne veux pas de ton rem­pla­çant ! » Heu­reu­se­ment, bien avant, Joss lui avait cité mon nom. Elle s’en est sou­ve­nue et elle m’a cher­ché dans tout Pa­ris. Elle m’a trou­vé dans le ma­ga­sin Ca­va­gno­lo. Le len­de­main, tout tremblant, je l’ai re­trou­vée dans un stu­dio où, dans un noir com­plet, elle était éclai­rée par un seul pro­jec­teur. Elle m’a pris la main en me di­sant : « Ne vous in­quié­tez pas. Nous ré­pé­tons de­main et par­tons en tour­née après­de­main. » Il fal­lait donc que je maî­trise son ré­per­toire en 24 heures. À l’époque, il n’y avait pas de par­ti­tions. Je suis ren­tré avec les disques qu’elle m’a don­nés et j’ai joué, j’ai joué… Le len­de­main, quand je suis ar­ri­vé chez elle, je connais­sais presque tout par coeur.

Com­bien de concerts fai­siez-vous par an ? En­vi­ron 250. On fai­sait tout en voi­ture, c’était notre bu­reau et notre chambre d’hô­tel. On de­vait faire entre 200.000 km et 250.000 km par an.

Vous dites que « Bar­ba­ra don­nait tout sur scène, même de­vant quelques spec­ta­teurs » ? Un jour, à nos dé­buts, on a joué de­vant quatre spec­ta­teurs. Elle leur a de­man­dé s’ils vou­laient être rem­bour­sés. Ils ont re­fu­sé. On a fait un concert pour quatre per­sonnes comme si on était à l’Olym­pia. Je me rap­pelle aus­si des concerts où on était éclai­rés par la bou­gie, car il n’y avait plus de cou­rant. Quand elle chan­tait, elle en­trait en re­li­gion. Elle ar­ri­vait à 14 heures dans la salle pour un spec­tacle à 21 heures.

Vous avez no­tam­ment com­po­sé pour Bar­ba­ra « À peine ». Une chan­son qui dit : Mille fois per­dus, dé­chi­rés, mille fois per­dus, re­trou­vés, nous res­tons là, émer­veillés. C’est la pre­mière chan­son que j’ai com­po­sée. C’était pour elle. Elle m’a don­né le texte. Ça reste ma chan­son fé­tiche. C’est un bel élan d’amour qu’elle m’a écrit.

Pour­quoi vous fas­ci­nait-elle au­tant ? Pour son ta­lent, sa per­son­na­li­té, sa grande gé­né­ro­si­té. J’avais 20 ans,

elle en avait 36. Elle m’a ap­pris la vie, elle m’a tout ap­pris. C’est un ca­deau du ciel. À 20 ans, on est en­core un ga­min, une page blanche. Par exemple, nous les ac­cor­déo­nistes, on a tou­jours ten­dance à en faire trop. Un jour, elle m’a en­ten­du m’en­traî­ner avant un concert. Elle est ar­ri­vée un peu en fu­rie en me di­sant : « Pour­quoi tu fais au­tant de notes que ça ? Tu veux épa­ter qui ? Les pom­piers ? ! » J’étais très vexé. Le len­de­main, elle est ve­nue avec un ca­deau. C’était un T­shirt sur le­quel était écrit : « Pour­quoi faire au­tant de notes, alors qu’il suf­fit de jouer les plus belles ». Si­gné Miles Da­vis.

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