L’en­fance re­trou­vée de Co­lette

La mai­son na­tale de Co­lette, à Saint­Sau­veur­en­Puisaye, dans l’Yonne, est ou­verte au pu­blic de­puis ce prin­temps. Une mai­son oeuvre, une mai­son livre, une mai­son de pierre et de pa­pier en­tou­rée d’un jar­din.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Willem van de Kraats willem.van­de­kraats@cen­tre­france.com

La pièce est étouf­fante. Tan­nière froide, car­re­lage rouge. Pa­pier peint gris. Nous sommes dans la chambre de Co­lette, cette pe­tite ex­crois­sance de la chambre de sa mère, Si­do.

Après six ans de mo­bi­li­sa­tion, la mai­son na­tale de Co­lette, à Saint­Sau­veu­ren­Puisaye (Yonne), a été res­tau­rée. Elle est ou­verte au pu­blic de­puis ce prin­temps.

La ré­ha­bi­li­ta­tion a don­né lieu à une re­cons­ti­tu­tion qua­si par­faite des lieux qui ont abri­té les dix­huit pre­mières an­nées de la vie de l’écri­vain.

Ca­chés, blot­tis contre la pierre, des frag­ments de cou­leurs, de pa­piers peints, de mé­moire ont per­mis de re­trou­ver la trace de la jeu­nesse de Co­lette. L’al­liance d’ex­perts, de mé­cènes et de bé­né­voles a ren­du à cet in­té­rieur son as­pect os­ten­si­ble­ment bour­geois.

Mai­son sym­bole des écrits de femmes

Plinthes de faux marbre, pa­piers peints aux re­flets dorés. Quelle émo­tion de dé­cou­vrir les sy­mé­triques bleuets aux murs de la chambre de Ju­liette, de­ve­nue plus tard celle de Co­lette, après le ma­riage de sa soeur. « Ici, pos­té à la fe­nêtre, on re­trouve l’en­chan­te­ment de la vi­sion de Saint­Sau­veur que Co­lette avait sous les yeux », sou­rit le di­rec­teur de la mai­son, Fré­dé­ric Ma­get.

Le chan­tier a été me­né par Pas­cal Pru­net, ar­chi­tecte en chef des Mo­nu­ments his­to­riques, et par Fran­çoise Phi­que­pal, ar­chi­tecte­pay­sa­giste. Le dé­co­ra­teur Jacques Grange, pas­sion­né de Co­lette dont il ha­bite l’an­cien ap­par­te­ment au Pa­lais Royal, en a su­per­vi­sé l’amé­na­ge­ment.

Sous la di­rec­tion no­tam­ment du peintre­dé­co­ra­teur auxer­rois Joël Hen­rion, de nom­breuses pièces sont re­ve­nues à la vie. Re­cons­ti­tuées, avec pa­tience, se­lon les des­crip­tions et pres­crip­tions de Co­lette.

La table en noyer de la salle à man­ger ; ce pia­no Au­cher, de re­tour sur le par­quet. Le bu­reau du ca­pi­taine, sa bi­blio­thèque à quatre portes basses, der­rière l’une des­quelles s’ins­tal­lait l’en­fant Co­lette, l’épaule contre le se­cré­taire, pour re­gar­der écrire son père.

De­puis 2010 et l’ar­ri­vée à sa tête de Fré­dé­ric Ma­get, la So­cié­té des amis de Co­lette se bat pour sau­ver la mai­son na­tale. Se bat sur­tout pour en faire le sym­bole des écrits de femmes. « La mai­son doit par­ti­ci­per à of­frir aux femmes une vi­si­bi­li­té beau­coup plus forte dans l’his­toire de la culture », fixe Fré­dé­ric Ma­get.

C’est aus­si pour cette rai­son qu’au­de­là de l’ex­trême fi­dé­li­té avec la­quel­ le la mai­son et son in­té­rieur ont été re­cons­ti­tués, l’idée est bien de faire vivre ce pa­tri­moine. La mai­son est plus qu’un lieu, c’est un en­droit pro­pice à la ré­flexion, à l’échange, à l’étude. À l’ap­pren­tis­sage, aus­si. « Seule­ment 3 % des au­teurs ci­tés dans les ma­nuels sco­laires sont des femmes », ré­pète le pro­fes­seur de Lettres.

La vi­site se ter­mine par le jar­din, jar­din­du­haut,

jar­din­du­bas, qui porte en­core comme un éten­dard sa gly­cine cen­te­naire, sym­bole d’un per­son­nage lit­té­raire fait de cou­leurs et d’odeurs. Tra­vail ex­tra­or­di­naire pous­sé jus­qu’à la clé­ma­tite mauve, qui tend les bras pour ser­rer contre soi le tronc du jeune noyer. « Tout ce­la, c’est moi en­fant et moi à pré­sent », écri­vait Co­lette. Oui, au­cun doute, la mai­son de Si­do sou­rit de nou­veau.

RE­CONS­TI­TU­TION. Le bu­reau du ca­pi­taine, au pre­mier étage de la mai­son. PHO­TOS JEREMIE FULLERINGER

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