Le chat, la nou­velle star

Sur In­ter­net et ailleurs, le fé­lin est le nou­veau meilleur ami de l’Homme

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - SEPTIÈME JOUR - Ca­ro­line Cou­pat @ca­ro­li­ne­cou­pat

Ils sont par­tout. Dans les in­té­rieurs, sur les ré­seaux so­ciaux, dans les bras des per­son­na­li­tés mé­dia­tiques ou po­li­tiques, et même dans les dé­fi­lés de mode, les chats se taillent la part du lion. Ana­lyse d’un phé­no­mène qui ne manque pas de… grif­fant.

Qu’est­ce qui marche sur In­ter­net ? Les sel­fies de cé­lé­bri­tés ? Les pho­to­gra­phies de pe­tits plats sa­vam­ment pré­sen­tés ? Les cli­chés cartes pos­tales de lieux pa­ra­di­siaques ? Oui. Mais un thème sus­cite en­core da­van­tage l’en­goue­ment : les chats.

Car en ligne, le fé­lin est roi. De­puis dé­jà plu­sieurs an­nées, il inonde les ré­seaux so­ciaux d’images ani­mées, ou gifs, et de pho­to­gra­phies drôles ou at­ten­dris­santes. Car mettre en scène son chat, c’est la ga­ran­tie d’at­ti­rer l’in­té­rêt et la sym­pa­thie de ses contacts. Sur le ré­seau de par­tage de pho­to­gra­phies et vi­déos Ins­ta­gram, les tags #cats­ta­gram, #cats et autres #cat­so­fins­ta­gram sont d’ailleurs pré­sents sur des mil­liers de pu­bli­ca­tions, tan­dis que sur Fa­ce­book, cer­tains chats ont même un compte à leur nom – pour ne ci­ter que les ré­seaux so­ciaux les plus po­pu­laires. Et il existe des stars, par exemple Grum­py cat (« chat grin­cheux »), qui tire sa po­pu­la­ri­té de son air per­pé­tuel­le­ment ren­fro­gné.

Le chat est tel­le­ment en vogue qu’il fait de plus en plus d’ombre au meilleur ami de l’Homme de longue date, le chien… De­puis les an­nées 2000, on compte une ma­jo­ri­té de fé­lins dans les foyers fran­çais : 12,7 mil­lions, contre « seule­ment » 7,3 mil­lions de chiens en 2015. Et ces deux der­nières an­nées, le nombre de chats a aug­men­té de 11 %, alors que dans le même temps, la po­pu­la­tion ca­nine di­mi­nuait de 2 %.

Une ten­dance qui a ses rai­sons… prag­ma­tiques. Trois Fran­çais sur quatre vivent en ville, dans des lo­ge­ments sou­vent de pe­tite taille. Dans ces condi­tions, avoir un chien, même pe­tit, im­plique de fré­quentes sor­ties et pro­me­nades. Tan­dis qu’un chat se prête par­fai­te­ment à la vie en ap­par­te­ment. Ajou­tons à ce­la que les fé­lins sont plus éco­no­miques, et le choix est vite fait.

Un in­di­vi­dua­lisme en­vié

Mais bien en­ten­du, le choix d’adop­ter un chat ne re­lève pas uni­que­ment d’un rai­son­ne­ment froid. Car contrai­re­ment au chien, fi­dèle et dé­voué à son maître, le chat n’est ja­mais to­ta­le­ment do­mes­ti­qué, sa re­la­tion avec les hu­mains te­nant plus de la co­ha­bi­ta­tion que de la su­jé­tion. En­vers et contre tout, le chat de­meure in­dé­pen­dant, in­di­vi­dua­liste même, sui­vant un em­ploi du temps qu’il éla­bore lui­même – et dans le­quel une large place est ré­ser­vée au som­meil. C’est jus­te­ment ce qui plaît. Et ce qu’on lui en­vie !

Les cé­lé­bri­tés n’échappent pas au phé­no­mène fé­lin. La jeune chan­teuse amé­ri­caine Tay­lor Swift s’af­fiche ain­si fré­quem­ment en com­pa­gnie de ses deux scot­tish fold, ré­pon­dant aux doux noms de De­tec­tive Oli­via Ben­sob et Doc­tor Me­re­dith Grey. De son cô­té, le cé­lé­bris­sime créa­teur de mode Karl La­ger­feld ne quitte pas Chou­pette, son sa­cré de Bir­ma­nie, et en a même fait la muse de plu­sieurs de ses col­lec­tions. Une muse lu­cra­tive qui, grâce aux contrats pu­bli­ci­taires, a tou­ché la co­quette somme de 3 mil­lions d’eu­ros en 2014 !

Les liens entre la mode et les chats ne s’ar­rêtent pas là : dans leurs col­lec­tions au­tomne­hi­ver 2016­2017, les créa­teurs Marc Ja­cobs, Cha­nel ou en­core Dolce & Gab­ba­na usent et abusent du mo­tif chat, en bi­joux, sur les pulls, les gants, les robes… jus­qu’à l’over­dose ?

« Cat­ma­nia » po­li­tique

Par­fois, la « cat­ma­nia » peut aus­si prendre des as­pects plus in­at­ten­dus. Et po­li­tiques. Ain­si, Car­nets d’es­pé­rance, le blog de Ma­rine Le Pen, ne manque pas de pho­tos où la can­di­date Front na­tio­nal à l’élec­tion présidentielle 2017 pose avec ses chats, sur le ca­na­pé du sa­lon, dans son bu­reau, ou même dans le cadre on ne peut plus pai­sible de la Tri­ni­té­sur­Mer… Une ma­nière, pour cette « mère à chats » comme elle se dé­crit, au­de­là d’un goût sans doute réel pour les fé­lins, d’ex­ploi­ter le « ca­pi­tal sym­pa­thie » des boules de poils stars du mo­ment, tout en s’ef­for­çant d’adou­cir l’image de son par­ti.

Re­con­nais­sance ul­time : le chat a même sa jour­née, le 8 août. Mais parce qu’il faut bien un pa­ria, les chats noirs ne bé­né­fi­cient pas de la même au­ra de po­pu­la­ri­té que leurs sem­blables plus clairs. Ren­dus res­pon­sables de nombre de mal­heurs par la su­per­sti­tion, plus sou­vent mal­trai­tés et aban­don­nés, d’après l’équi­valent bri­tan­nique de la SPA, ils sont les pa­rents pauvres de l’es­pèce. À tel point qu’a été créée une jour­née in­ter­na­tio­nale de va­lo­ri­sa­tion du chat noir, le 17 août, pour sen­si­bi­li­ser les gens à la cause de ces mal­ai­més et les in­ci­ter à en adop­ter un. Après tout, la nuit tous les chats sont gris… avec un filtre Ins­ta­gram aus­si.

CHAT INTELLECTUEL. Mettre en scène son fé­lin dans des si­tua­tions de la vie quo­ti­dienne, une ac­ti­vi­té en vogue.C STAVEL

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