Plus on vieillit, plus le temps (res­sen­ti) passe vite…

Un phé­no­mène qui au­rait plu­sieurs ex­pli­ca­tions.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Aus­si long de pas­ser de 5 à 10 ans que de 40 à… 80 ans !

À par­tir d’un cer­tain âge, c’est comme si le temps pre­nait de la vi­tesse. Comme si les bou­gies se su­per­po­saient sur les gâ­teaux d’an­ni­ver­saire, comme si tout nous échap­pait. Quoi, c’est dé­jà la ren­trée des classes ? Ce phé­no­mène s’ex­plique, pa­raît-il…

I l n’y a que les en­fants pour croire que les jours qui les sé­parent de leur pro­chain an­ni­ver­saire (et des ca­deaux qui vont avec) sont in­ter­mi­nables ! Le temps est le même pour tous, mais pour­tant, l’âge adulte ve­nu, tout semble s’em­bal­ler. Qui n’a pas éprou­vé, en vieillis­sant, cette sen­sa­tion d’ac­cé­lé­ra­tion du temps ? Les an­nées semblent fi­ler entre nos doigts. Et ce, même si on tient compte de l’ex­trême sub­jec­ti­vi­té de la per­cep­tion tem­po­relle.

Et bien, ça s’ex­plique, ré­pond la neu­ro­bio­lo­gie, même si la­dite ex­pli­ca­tion n’est pas très ré­jouis­sante. D’abord, notre corps vieillit et avec lui, notre hor­loge in­terne, im­pac­tée par la moindre pro­duc­tion de do­pa­mine, un neu­ro­trans­met­teur bien utile pour prendre conscience et vivre à fond cha­cune de nos ex­pé­riences ici­bas.

Ces ins­tants d’éter­ni­té…

Une per­sonne âgée à la fré­quence car­diaque ra­len­tie a l’im­pres­sion que ce qui l’en­toure va très vite, tan­dis que pour un en­fant dont le coeur bat vite, tout va len­te­ment, le temps est comme di­la­té.

Son­geons à ces té­moi­gnages d’images au ra­len­ti, voire d’un temps sus­pen­du, lors d’un trau­ma­tisme. Ou d’un évé­ne­ment sen­ti­men­ta­le­ment im­por­tant : l’at­tente de l’être ai­mé sur un quai de gare (oui, c’est cli­ché !), le pre­mier bai­ser, le pre­mier cha­grin, la nais­sance d’un en­fant, la jouis­sance d’un cou­cher de so­leil… Nous sommes alors shoo­tés aux hor­mones, le temps sus­pend son en­vol. Dans ces ins­tants d’éter­ni­té, notre cer­veau se met en veille, igno­rant le monde ex­té­rieur, qui n’existe alors plus. Ce qui nous conduit à com­plè­te­ment sur­es­ti­mer le temps écou­lé, à le dis­tendre. Voi­là ce qu’il faut sa­voir re­trou­ver, nous y re­vien­drons.

Cette ac­cé­lé­ra­tion dé­bute dès l’ado­les­cence, nous en­seigne Jean­Jacques Ras­sial, au­teur

d’un Court trai­té de pra­tique

psy­cha­na­ly­tique (Érès, 2011). La faute à la perte des illu­sions de l’en­fance, nous dit­il. Non, on ne de­vien­dra ja­mais che­va­lier ou prin­cesse. Place à la vraie vie. Et ça s’em­balle jus­qu’à la « dé­cé­lé­ra­tion su­prême » : la mort. Gloups…

Bon, pas­sons à autre chose. Une autre ex­pli­ca­tion sur cette ac­cé­lé­ra­tion res­sen­tie re­pose sur le tra­vail de sape des ha­bi­tudes, des tâches ef­fec­tuées en mode au­to­ma­tique. Re­dou­table. L’en­fant, et sa ca­pa­ci­té d’émer­veille­ment, est par­cou­ru de sti­mu­li et de nou­velles ex­pé­riences, du ma­tin au soir. Pour lui, tout est nou­veau. Pour nous, tout est rou­tine, ou presque. Voi­là pour­quoi il au­rait cette im­pres­sion d’un temps ra­len­ti. Notre trop­plein de sou­ve­nirs nous condui­rait aus­si à com­pa­rer le pré­sent avec le pas­sé, re­la­ti­vi­sant ain­si les an­nées et du même coup, ra­mas­sant l’échelle du temps.

En par­lant de ce­la, un cher­cheur en bio­ma­thé­ma­tiques de l’uni­ver­si­té de Bath, en An­gle­terre, sort son « échelle lo­ga­rith­mique » pour dé­crire notre rap­port au temps. « En termes de per­cep­tion du temps, pas­ser de 10 à 20 ans, de 20 à 40 et de 40 à 80 re­vient exac­te­ment au même », écrit­il sur Slate.fr. « Ce qui veut dire – at­ten­tion, c’est un peu dé­pri­mant – que les an­nées vé­cues entre 5 et 10 ans vous pa­raissent aus­si longues que les an­nées qui sé­parent vos 40 ans de vos 80 ans ». Ah oui, quand même… Ce­la va dans le sens de la théo­rie dite « pro­por­tion­nelle » émise en 1877 par le phi­lo­sophe fran­çais Paul Ja­net.

Mais pas de pa­nique. Car il existe des re­mèdes à cette sen­sa­tion d’emballement. Accentuée, pré­ci­sons­le, par notre fré­né­tique ère mo­derne de l’ur­gence et de l’im­mé­dia­te­té. Puisque l’har­mo­nie entre le temps bio­lo­gique, le temps me­su­ré et le temps vé­cu se­rait le se­cret du bien­être, com­men­çons donc par nous at­tar­der sur l’ins­tant pré­sent, puis par dé­bus­quer des ex­pé­riences nou­velles. Bref, re­trou­vons, en nous, l’en­fant !

LE DIEU CHRONOS. L’har­mo­nie entre le temps bio­lo­gique, le temps me­su­ré et le temps vé­cu se­rait le se­cret du bien-être. PHO­TO AFP

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