La fin du pé­riple à vé­lo de Pierre Ro­bin

Re­trou­vez la chro­nique du Puy­dô­mois par­ti, sur deux roues, tra­ver­ser le Ca­na­da d’est en ouest

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - PUY-DE-DÔME ACTUALITÉ -

Der­nière étape du Puy­dô­mois Pierre Ro­bin qui a en­tre­pris un pé­riple à vé­lo qui lui fait tra­ver­ser le Ca­na­da d’ouest en est. L’oc­ca­sion de dé­cou­vrir des pay­sages ex­tra­or­di­naires et de faire de belles ren­contres.

Au se­cours ! L’image des grizz­lis n’est pas seule­ment uti­li­sée pour at­ti­rer le tou­riste. On an­nonce, en même temps, la pré­sence de trois grizz­lis à Lake Louise. Les si­rènes se mettent à hur­ler, les gardes fo­res­tiers à bar­rer des che­mins et je com­prends pour­quoi les routes du vil­lage sont pro­té­gées par des fosses à rou­leaux. En fait, cette alerte est ré­vé­la­trice de toute une pro­tec­tion in­vi­sible mais réelle.

Les ours sont lo­ca­li­sés par des puces et leur pro­gres­sion est sui­vie. Dès qu’ils de­viennent pres­sants, les spé­cia­listes prennent les com­mandes, d’au­tant que les ex­pé­riences dé­montrent que les grizz­lis sont très at­ta­chés à leurs ter­ri­toires.

De 1915 à 1917, 600 hommes in­ter­nés

Après un bref ra­vi­taille­ment, je quitte Lake Louise et son flot de tou­ristes asia­tique par la vieille route de la val­lée de la Bow qui des­cend sur Banff. Ce pe­tit che­min qui sent la noi­sette pour­rait res­sem­bler, lors­qu’il va­ga­bonde au bord de la fa­laise, à une route des Cé­vennes. On s’y sent bien, la fo­rêt in­vite à pro­fi­ter de l’ins­tant sous ses pins. Mais un pan­neau po­sé au bord de la route m’in­ter­pelle et me ra­mène ins­tan­ta­né­ment en 1915. Ici, sous les fron­dai­sons, un 14 juillet, 60 mal­heu­reux dé­barquent d’un train de la Ca­na­dienne Pa­ci­fique. La pre­mière opé­ra­tion d’in­ter­ne­ment de pri­son­niers vient de dé­bu­ter. Après la dé­cla­ra­tion de guerre à l’Al­le­magne, le Ca­na­da, qui compte plus d’un de­mi­mil­lion d’im­mi­grés des pays li­gués, or­ga­nise des opé­ra­tions ad­mi­nis­tra­tives de contrôle, in­ter­nant les per­sonnes en si­tua­tion ir­ré­gu­lière ain­si que ceux qui tentent de s’y sous­traire. Ain­si de 1915 à 1917, plus de 600 hommes, dans des condi­tions cli­ma­tiques et de tra­vail for­cé du­re­ment en­ca­dré, bâ­ti­ront les routes et des ponts que j’em­prunte main­te­nant. Au to­tal, 8.579 hommes non com­bat­tants mais consi­dé­rés comme pri­son­niers de guerre se­ront in­ter­nés dans 24 camps.

Un pe­tit Me­gève Ca­na­dien

Je re­joins en­suite Banff en trois heures. Sta­tion de ski l’hi­ver, ville Olym­pique en 1988, elle est éga­le­ment agréable à vivre l’été. Ce pe­tit Me­gève Ca­na­dien pos­sède un charme fou avec ses étangs de Ver­mi­lion, nés des méandres de la Bow sur l’ar­ri­vée de Lake Louise, son cam­ping sur les hau­teurs de Tun­nel Moun­tain, ses cha­lets en bois, ses nom­breux ser­vices d’hos­tel­le­rie et ses rues fleu­ries sont ac­cueillantes. L’am­biance est fa­mi­liale à cette époque de l’an­née et le cadre de vie entre la Val­lée de la Bow et les pics acé­rés est tout sim­ple­ment ma­gni­fique. Je pro­fite de cette halte pour ré­cu­pé­rer. Et c’est bien re­po­sé que je re­prends une route vé­lo pour Can­more puis Cal­ga­ry. De nom­breux spor­tifs la fré­quentent. On y croise des clubs de skis à rou­lettes ve­nus pré­pa­rer leur sai­son, des vé­los ou des mar­cheurs. Un ar­rêt chez un mar­chand de cycles me per­met de ré­gler gra­cieu­se­ment ma mé­ca­nique rou­lante comme une montre Suisse.

Presque le Pé­ri­gord

En re­mer­cie­ment, je pro­mets de faire un dé­tour par Gra­vel­bourg, un vil­lage proche de Pon­teix pour sa­luer le reste de la fa­mille. L’an­cienne route vers Cal­ga­ry que je prends main­te­nant res­semble dans sa pre­mière par­tie à une route du Pé­ri­gord, puis prend les al­lures can­ta­liennes du pla­teau d’Al­lanche. Je me sou­vien­drai long­temps de la tra­ver­sée de Cal­ga­ry. Em­por­té par la pente, souf­flé par un vent fa­vo­rable, je vais dé­va­ler la High­way1 puis la 16e ave­nue à un train d’en­fer, pre­nant les bi­fur­ca­tions comme une mo­to sur l’au­to­route !

Cette in­croyable tra­ver­sée me lance sur la grande plaine ca­na­dienne à perte de vue, mais c’est une autre his­toire…

VOYAGE. La ri­vière prend son temps avant de des­cendre re­joindre la Sas­kat­che­wan dans la grande plaine de Me­di­cine-hat.

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