Des som­mets ber­cés d’his­toire et de lé­gendes

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE -

Des lacs, des cas­cades, une fo­rêt luxu­riante, des es­prits des neiges et des traces (comme des ci­ca­trices) de l’his­toire. Voi­là, en quelques mots, le parc na­tio­nal d’Aigües­tortes et le lac SaintMau­rice.

En Ca­ta­logne, il est le seul à bé­né­fi­cier de ce titre ho­no­ri­fique, de cette dis­tinc­tion na­tio­nale. Une fier­té, à l’ar­rière­goût amer dans la bouche des na­tifs qui n’ont ja­mais rien de­man­dé. Mais lorsque le gé­né­ral Fran­co pose le pied en ces lieux dans les an­nées 1950, il dé­crète : « Ici, nous fe­rons un parc na­tio­nal. » Comme un ca­price, ce­lui « d’un dic­ta­teur », sou­ligne Ge­rard, un brin iro­nique, avant de ra­con­ter com­ment le « gé­né­ra­lis­sime » a fait ve­nir toute une équipe de tour­nage pour im­mor­ta­li­ser ces pay­sages qui rap­pellent à l’homme com­bien il n’est rien face à la na­ture.

Mais les affres du pas­sé n’en­lèvent rien à la ma­gie ni au mys­ti­cisme de ces terres. Fruit d’une re­la­tion toute par­ti­cu­lière aux élé­ments, si clé­ments en été, si rudes en hi­ver.

On ra­conte, par exemple, que les deux pics des En­can­tats, les Monts en­chan­tés, sont en réa­li­té les sil­houettes de deux chas­seurs par­tis en quête de cha­mois, un jour de messe. Un ou­trage im­par­don­nable pour le Très­Haut qui les a pé­tri­fiés sur place.

Mais le ca­tho­li­cisme n’est pas le seul pour­voyeur de contes ex­tra­or­di­naires. Sur ces mon­tagnes, les neiges éter­nelles (qui tendent à dis­pa­raître) ne sont pas ce qu’elles semblent. Se­lon la tra­di­tion, ces taches im­ma­cu­lées ne sont pas autre chose que le linge des En­can­tades, des es­prits fé­mi­nins, en train de sé­cher au so­leil. « On dit que qui­conque touche ce linge (en fait la neige) ne man­que­ra ja­mais de rien. Tu ne se­ras pas riche si tu ne l’étais pas avant, mais tu au­ras le mi­ni­mum pour vivre cor­rec­te­ment », ra­conte Ge­rard.

Les es­prits de femmes sont nom­breux dans ces mon­tagnes. Et cer­tains ont des mi­nois qui trou­ble­raient le plus fi­dèle des ma­ris. Comme ce­lui de Ni­vai­ra. La lé­gende ne ra­conte pas si ce montagnard avait un an­neau à l’an­nu­laire gauche. Mais ce qui est sûr, c’est que son corps a été re­trou­vé un jour d’hi­ver, conge­lé. Sur ses lèvres : un sou­rire de béa­ti­tude. Pas de doute, l’homme a croi­sé Ni­vai­ra sur sa route et n’a pu ré­sis­ter à la ten­ta­tion d’un bai­ser. Gla­cial. Au point de lui ôter tout souffle de vie. Mais le lais­sant dans un état de fé­li­ci­té ul­time au mo­ment où son coeur s’est fi­gé, pour l’éter­ni­té.

Bien d’autres mys­tères se cachent sous les pierres de ce parc qui éprouvent les jambes, ré­veillent les corps et les âmes.

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