Ser­vi­tude in­fer­nale

Dans le jar­din de l’ogre, son pre­mier ro­man, avait été re­mar­qué. Chan­son douce trotte dans notre tête comme une mé­lo­die lan­ci­nante.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Blan­dine Hu­tin-Mer­cier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com

Si l’on pou­vait ré­écrire l’his­toire… Si l’on pou­vait re­mon­ter le temps, sans doute pour­rions­nous échap­per à bien des drames. Sans doute nous dé­tour­ne­rions­nous de ren­contres, belles d’abord, toxiques en­suite. Dans Chan­son douce (Gal­li­mard), Leï­la Sli­ma­ni nous offre un de ces re­tours en ar­rière, à tra­vers la voix et le re­gard du couple, des voi­sins, de connais­sances, de la po­li­cière qui dé­couvre l’in­to­lé­rable scène de crime. Tous au­raient eu à dire, au­cun n’a rien vu.

Le gouffre de la pa­ren­ta­li­té

Avec une pré­ci­sion chi­rur­gi­cale, per­fo­rante comme un scal­pel, elle dé­taille ces quo­ti­diens qui se croi­ sent sans se voir vrai­ment. Pour mieux nous ame­ner à ce point de non­re­tour, quand il est trop tard pour re­gret­ter et vou­loir tout ef­fa­cer. Re­ve­nir en ar­rière. Si l’on pou­vait…

Pa­rents de deux jeunes en­fants, My­riam et Paul sont hap­pés par leur tra­vail, le quo­ti­dien, leurs as­pi­ra­tions, leurs fai­blesses au point qu’ils s’en ou­blient eux­mêmes. Estce là l’ori­gine du mal, la perte de la vi­gi­lance, l’étei­gnoir des sen­ti­ments ? Dé­si­reux de re­trou­ver leur vie d’avant la nais­sance de leurs en­fants, ils em­bauchent Louise. Nou­nou, femme de mé­nage, cui­si­nière, elle s’in­si­nue dans la vie de la fa­mille. In­dis­pen­sable jus­qu’à de­ve­nir in­to­lé­rable. Est­ce là le drame, quand le vide im­mense qui noie Louise en vient à étouf­fer ceux­là même qu’elle sert avec un dé­voue­ment qui confine à la ser­vi­li­té ?

Leï­la Sli­ma­ni ad­di­tionne les tranches de vie, laisse mon­ter l’an­goisse et les ques­tions s’ajou­ter aux doutes. Comme dans son pré­cé­dent ro­man, Dans le jar­din de l’ogre, elle em­pri­sonne ses per­son­nages dans un en­gre­nage ob­sé­dant et mal­sain. On le sait, on le sent ; pas sûr que l’on puisse ja­mais ré­écrire l’his­toire…

SER­VICE. Quand la main qui nour­rit est celle qui dé­truit. ILLUS­TRA­TION FLO­RIAN SALESSE

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