Un haut lieu pour tou­cher les étoiles

Ou­vert au tou­risme de­puis 2000, l’ob­ser­va­toire du Pic du Mi­di est un site idéal pour ap­pro­cher les étoiles. À 2.877 mètres d’al­ti­tude, il offre aus­si un pa­no­ra­ma in­com­pa­rable sur la chaîne des Py­ré­nées.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE -

Car­to­gra­phie de la Lune, étude des rayons cos­miques et des éclairs de haute at­mo­sphère… le Pic du Mi­di, dans les Py­ré­nées, est tou­jours un lieu d’ob­ser­va­tion pri­vi­lé­gié pour les scien­ti­fiques. Il est dé­dié de­puis dix ans au ma­gné­tisme des étoiles. Sur le som­met par­se­mé de né­vés, les cou­poles blanches de l’ob­ser­va­toire sont po­sées à 2.877 mètres au­des­sus des val­lées, noyées dans une mer de nuages en ce jour d’été.

Fon­dé en 1873, le site a at­ti­ré au fil des an­nées des scien­ti­fiques sou­hai­tant ti­rer pro­fit de condi­tions géo­gra­phiques et cli­ma­tiques pri­vi­lé­giées. Plus éle­vé que ses voi­sins du contre­fort py­ré­néen, le pic bé­né­fi­cie d’une ou­ver­ture à 360° sur la plaine et la chaîne des Py­ré­nées. L’at­mo­sphère y est plus stable, moins hu­mide et moins pol­luée par les aé­ro­sols na­tu­rels et ar­ti­fi­ciels, au­to­ri­sant des fe­nêtres d’ob­ser­va­tion très rares.

« Les pre­mières ob­ser­va­tions de type scien­ti­fique que l’on ait, ce sont des ob­ser­va­tions bo­ta­niques, en 1681 », ra­conte l’his­to­rien Jean­Ch­ris­tophe San­chez. Des cher­cheurs ont ef­fec­tué l’as­cen­sion aux XVIIe et XVIIIe siècles pour des car­to­gra­phies, des me­sures de tem­pé­ra­tures et de pres­sion, de la sis­mo­lo­gie… mais c’est en 1881 qu’une équipe s’y ins­talle à de­meure pour des re­le­vés mé­téo.

Au dé­but du XXe siècle, un pre­mier ins­tru­ment d’ob­ser­va­tion et sa cou­pole sont ache­mi­nés pé­ni­ble­ment à pied au som­met, à tra­vers la neige, par des por­teurs et des mi­li­taires. Les in­ves­ti­ga­tions sys­té­ma­tiques des astres com­mencent après la Pre­mière Guerre mon­diale.

L’in­ven­tion du co­ro­no­graphe et l’ob­ser­va­tion des pro­tu­bé­rances et des érup­tions so­laires par Ber­nard Lyot si­gne­ront « l’émer­gence » du pic au ni­veau in­ter­na­tio­nal sur le plan scien­ti­fique, ex­plique Ré­mi Ca­ba­nac, di­rec­teur scien­ti­fique de l’ob­ser­va­toire.

Après la Se­conde Guerre mon­diale, des phy­si­ciens bri­tan­niques et fran­çais étu­dient les rayons cos­miques à l’aide de chambres à brouillard, met­tant en évi­dence des par­ti­cules élé­men­taires. D’autres équipes par­ti­cipent à la car­to­gra­phie de la Lune pour la mis­sion Apol­lo, à l’aide d’un té­les­cope d’un mètre fi­nan­cé par la Na­sa.

D’im­por­tants in­ves­tis­se­ments sont réa­li­sés pour le désen­cla­ver : construc­tion d’un fu­ni­cu­laire, d’une ligne à haute ten­sion et sur­tout d’un té­lé­phé­rique en 1952.

« Avant, vous pou­viez être scien­ti­fique mais vous étiez avant tout un aven­tu­rier. » Avec un en­nei­ge­ment neuf mois sur douze, « le pic se trans­for­mait en sous­ma­rin », ra­conte Ni­co­las Bour­geois, l’un des res­pon­sables du site.

L’ob­ser­va­toire abrite le plus grand té­les­cope fran­çais, do­té d’un mi­roir de deux mètres. Pro­té­gé par une im­mense cou­pole en fer, il a d’abord scru­té les ga­laxies et le ciel pro­fond, avant d’être dé­dié en 2006 au ma­gné­tisme des étoiles, en al­ter­nance avec un « clone » de quatre mètres à Ha­waï.

« On a ou­vert un nou­veau champ dis­ci­pli­naire avec l’étude de l’évo­lu­tion des étoiles et l’ac­ti­vi­té de leur champ ma­gné­tique », ajoute Ré­mi Ca­ba­nac, per­met­tant no­tam­ment d’avan­cer dans la com­pré­hen­sion de leur nais­sance et de leur mort. C’est ain­si qu’a été dé­cou­verte une exo­pla­nète à proxi­mi­té d’une très jeune étoile, bous­cu­lant les théo­ries sur le su­jet, se­lon une étude pu­bliée dans la re­vue Na­ture en juin.

Au­de­là, les trente cher­cheurs de l’ob­ser­va­toire tra­vaillent sur l’ac­ti­vi­té so­laire et at­mo­sphé­rique. Une cou­veuse de lé­zards a été ins­tal­lée pour étu­dier leur adap­ta­tion à l’al­ti­tude, et une ca­mé­ra ul­tra­sen­sible fixe les éclairs de haute at­mo­sphère lors des orages.

100.000 vi­si­teurs

Ju­gé trop coû­teux par l’État, l’ob­ser­va­toire a failli fer­mer en 1995. Après une mo­bi­li­sa­tion lo­cale, il a été ou­vert au tou­risme en 2000 à l’is­sue d’im­por­tants tra­vaux.

Le site ac­cueille en moyenne 100.000 vi­si­teurs par an, dont 80.000 l’été. Ac­cueilli avec mé­fiance à l’époque par une par­tie des scien­ti­fiques et du monde de la mon­tagne, ce mo­dèle a « sau­vé la science », se fé­li­cite Da­niel Sou­caze des Sou­caze, res­pon­sable de la ré­gie.

Au­jourd’hui dis­tan­cé par des ob­ser­va­toires in­ter­na­tio­naux mieux équi­pés au Chi­li ou aux Ca­na­ries, ce­lui du Pic du Mi­di de­meure fra­gile et doit res­ter « concur­ren­tiel scien­ti­fi­que­ment », plaide Ni­co­las Bour­geois, no­tam­ment en étant « le mar­che­pied à l’in­ter­na­tio­nal » des jeunes scien­ti­fiques.

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