Ils font la sourde oreille

Une ma­jo­ri­té de maires a dé­ci­dé de main­te­nir leur ar­rê­té

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE ACTUALITÉS -

Mal­gré la sus­pen­sion par le Con­seil d’État de l’ar­rê­té an­ti-bur­ki­ni de Ville­neu­veLou­bet (Alpes-Ma­ri­times), plu­sieurs com­munes, Nice en tête, font de la ré­sis­tance.

Le Con­seil d’État a mis, ven­dre­di, un coup d’ar­rêt aux in­ter­dic­tions des te­nues « ne res­pec­tant pas la laïcité » sur les plages pu­bliques, en sus­pen­dant l’ar­rê­té pris par la mai­rie de Ville­neuve­Lou­bet au mo­tif du « res­pect des li­ber­tés ga­ran­ties par les lois ».

« J’ap­pli­que­rai bien sûr, la dé­ci­sion du Con­seil d’État, quoi qu’on en pense », a ré­agi Lion­nel Lu­ca, dé­pu­té­maire LR de Ville­neuve­Lou­bet, tout en se di­sant fa­vo­rable à une loi sur cette ques­tion, à l’ins­tar de nom­breux élus de droite et d’ex­trême droite. Tou­te­fois, de nom­breux maires – no­tam­ment ceux sur la Côte d’Azur de Nice, Men­ton, Fré­jus, Man­de­lieu­la­Na­poule, ou en­core de Sis­co en Haute­Corse, de Leu­cate (Aude) ou du Tou­quet (Pas­de­Ca­lais) – ont fait sa­voir que leurs ar­rê­tés de­meu­raient en vi­gueur.

Une prise de po­si­tion sym­bo­lique puisque ceux­ ci ont une du­rée d’ap­pli­ca­tion li­mi­tée à fin août, mi­sep­tembre, se­lon les cas, et que les ver­ba­li­sa­tions ont été rares.

Fronde

« Tous ces ar­rê­tés, s’ils sont main­te­nus, vont être at­ta­qués » a aver­ti, hier Me Pa­trice Spi­no­si, avo­cat de la Ligue des droits de l’Homme qui avait sai­si le Con­seil d’État.

À Nice, la mai­rie a tou­te­fois fait sa­voir que les femmes por­tant un bur­ki­ni « conti­nue­ront d’être ver­ba­li­sées », tant que l’ar­rê­té n’est pas in­va­li­dé. Le maire FN de Fré­jus Da­vid Ra­chline a af­fir­mé que l’ar­rê­té qu’il a pris reste « tou­jours va­lable » jus­qu’au 12 sep­tembre, n’étant sous le coup d’« au­cune pro­cé­dure ».

Le dé­pu­té­maire LR du Tou­quet Da­niel Fas­quelle juge que son ar­rê­té vi­sant à « as­su­rer la sé­cu­ri­té sur la plage n’a été que par­tiel­le­ment in­va­li­dé » par la dé­ci­sion du Con­seil d’État et « conti­nue­ra de s’ap­pli­ quer ». Le dé­pu­té­maire LR de Men­ton a af­fir­mé qu’il main­te­nait son ar­rê­té et que la si­tua­tion « ex­trê­me­ment ten­due » dans sa ville fron­ta­lière avec l’Ita­lie « doit être prise en compte ».

An­ti-seins nus ?

Le maire d’Eze, une pe­tite com­mune des Al­pesMa­ri­times, Sté­phane Cher­ki (DVD) a, lui, dé­ci­dé d’an­nu­ler l’ar­rê­té « par res­pect du Con­seil d’État », pré­ci­sant qu’au­cune femme en bur­ki­ni n’avait été ver­ba­li­sée dans sa com­mune. « Je ne vais pas res­treindre les li­ber­tés in­di­vi­duelles, si­non on va fi­nir par prendre un ar­rê­té an­ti­seins nus ou autres. Et en­fin, ça ne gêne pas grand monde. » Le maire DVD de Ca­gna­no (Haute­Corse), Al­bert Mat­tei, va re­ti­rer l’ar­rê­té qu’il avait pris au len­de­main de ce­lui de Sis­co.

Sur le lit­to­ral azu­réen, An­tibes est la seule grande com­mune à ne pas avoir pris de me­sure d’in­ter­dic­tion. Le dé­pu­té­maire LR, Jean Leo­net­ti, proche d’Alain Jup­pé, avait af­fir­mé que ces ar­rê­tés étaient « fa­ciles à prendre mais très dif­fi­ciles à mettre en oeuvre ».

LION­NEL LU­CA. Le dé­pu­té-maire de Ville­neuve-Lou­bet « ap­pli­que­ra la dé­ci­sion du Con­seil d’État » mais ré­clame une loi. AFP

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