10.686 km et au­tant de sou­ve­nirs…

Der­nière chro­nique du Puy­dô­mois Pierre Ro­bin, par­ti dé­cou­vrir le Ca­na­da d’ouest en est à vé­lo

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - PUY-DE-DÔME ACTUALITÉ - Pierre Ro­bin

Alors que son pé­riple s’est ache­vé sur les rives du Saint-Laurent, Pierre Ro­bin re­vient sur sa tra­ver­sée du Ca­na­da. Avec ses meilleurs sou­ve­nirs.

Je choi­sis de ter­mi­ner mon pé­riple en re­mon­tant le Saint­Laurent par sa rive nord sur 670 km, de Mon­tréal à Baie Co­meau, puis de re­ve­nir par un « tra­ver­sier » (fer­ry) et la rive sud de la Gas­pé­sie. Je boucle ain­si mon tour du monde à vé­lo en tra­ver­sant sym­bo­li­que­ment cette gi­gan­tesque porte ma­ri­time ou­verte par le fleuve sur l’At­lan­tique nord. Calme, dé­ten­du, mes pen­sées plongent en­fin sans re­te­nue dans « cet ailleurs » que j’af­fec­tionne tant. C’est l’heure du bi­lan.

Ma li­ber­té a été condi­tion­nelle en Alas­ka et dans le Yu­kon. Elle est res­tée en­chaî­née aux in­ci­dents de par­cours tels que ma carte ban­caire sub­ti­li­sée dès le pre­mier jour et pa­ra­doxa­le­ment la maî­trise des grands es­paces sau­va­ ges tra­ver­sés. Ce n’est que beau­coup plus tard qu’elle prit les ailes des oies ber­naches et en­tra dans la douce lu­mière du cré­pus­cule sur la grande prai­rie du Sas­kat­che­wan.

Ma contem­pla­tion fut peinte du bleu tur­quoise des lacs et ri­vières gla­cières du Yu­kon et de l’Al­ber­ta. Elle s’ac­cro­cha aux pics et champs de glace des Ro­ckies mon­tagnes, se per­dit dans l’im­men­si­té des fo­rêts de l’Alas­ka et les champs de blé du Sas­kat­che­wan. Mes yeux plon­gèrent avec le so­leil dans le mi­roir des grands lacs de l’On­ta­rio et se noyèrent dans les eaux puis­santes du Saint­Laurent au pays des mille îles.

Ma cu­rio­si­té a été sa­tis­faite par les pan­neaux d’in­for­ma­tion lus le long de ma route, dans les mu­sées ru­raux, ou par des ap­pli­ca­tions vir­tuelles du « der­nier clic » à Mon­tréal ou Qué­bec. J’ai rou­lé sur la trans­ca­na­dienne nº1, des gla­ciers aux temps fu­turs aux cô­tés des di­no­saures, des In­diens et des bi­sons. J’ai ac­com­pa­gné les pion­niers des pre­mières fermes. J’ai par­ti­ci­pé à la ruée vers l’or, es­suyé les bou­lets de ca­non des ar­mées fran­çaise et an­glaise et re­mon­té vers l’ouest les rails du che­min de fer. Plus qu’un pays, j’ai tra­ver­sé un conti­nent, l’his­toire de la terre et feuille­té les pages du grand­livre de l’hu­ma­ni­té. J’ai été le té­moin pri­vi­lé­gié des dif­fé­rentes es­pèces de ba­leines, de phoques, lions de mer, loutres et sau­mons. J’ai vu vo­ler des mil­liers d’oi­seaux, l’aigle py­gargue, la grouse ou la gé­li­notte. J’ai été sur­pris par les ours, les Elks et les Mooses dans ce con­ser­va­toire mon­dial de la faune ma­rine et ter­restre.

Mes ren­contres ont em­bel­li les plus belles heures de mon voyage. Je me sou­viens de Mar­cel et Ch­ris­tian, de leur ca­mion in­ter­con­ti­nen­tal col­por­teur d’ami­tié et de cal­va. Je me sou­viens de Ghis­laine et Jean­Louis, guides trois étoiles ve­nus du Rhône, de l’aide pré­cieuse de Ma­rie de « l’in­for­ma­tion cen­ter » de Whi­te­horse ren­con­trée à la fron­tière, de Ju­dy et Paul qui m’ont re­cueilli avec tout mon bar­da à bord de leur pe­tite voi­ture pour me dé­po­ser 50 km plus loin à Car­cross ma ville étape per­due. Je me sou­viens d’Hen­ri et Suzanne d’Ota­wa, qui ont veillé à ce que je sois heu­reux avec eux à deux re­prises et 4.000 km de dis­tance ! Je me sou­viens d’An­dréa et son ma­ri qui ont ré­pa­ré gra­cieu­se­ment mon vé­lo dans leur ma­ga­sin de Co­chrane. Je me sou­viens d’avoir pleu­ré tous ceux qui ont quit­té ma route. Je me sou­viens en­fin de Mi­reille, la Qué­bé­coise de Mon­tréal dont la gen­tillesse, l’ac­cueil cha­leu­reux et le sou­rire ont été les plus beaux am­bas­sa­deurs de la belle pro­vince du Qué­bec.

On dit que les cap­teurs de rêves in­diens ont le pou­voir de lais­ser pas­ser dans leurs fi­lets les bons rêves pour re­te­nir et dé­truire les mau­vais au le­ver du jour. Je re­cueille main­te­nant pré­cieu­se­ment les miens avec mille mer­cis pour ces ca­deaux de la vie. Oui, comme le pro­clame la de­vise du Qué­bec et à ja­mais, « je me sou­viens… »

« Mes ren­contres ont em­bel­li les plus belles heures de mon voyage »

LE PHARE DE MATANE EN GAS­PÉ­SIE. Il est la porte d’en­trée du fleuve Saint-Laurent, fin du pé­riple vé­lo de Pierre Ro­bin. PHO­TO DR

PIERRE RO­BIN. Le Puy­dô­mois a tra­ver­sé le Ca­na­da d’ouest en est sur son vé­lo.

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