Au­tour des li­mites de l’Homme

L’homme aug­men­té, ré­pa­ré, au coeur de 3 jours de ré­flexion

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - PUY-DE-DÔME ACTUALITÉ - Or­lane Mas­tel­lone-Ruel­lan

L’as­so­cia­tion « Mé­de­cine et Psy­cha­na­lyse dans la ci­té » clô­tu­rait, hier, son 8e col­loque. Il était pré­si­dé par Cyn­thia Fleu­ry, phi­lo­sophe, psy­cha­na­lyste et cher­cheur.

L’Homme ré­pa­ré, aug­men­té, est ce­lui qui in­té­res­sait, ces trois der­niers jours, in­ter­ve­nants et cher­cheurs réunis à Cler­mont, à l’oc­ca­sion du col­loque or­ga­ni­sé par l’as­so­cia­tion « Me­de­cine et Psy­cha­na­lyse dans la ci­té ».

Au coeur des ré­flexions, l’uti­li­sa­tion de la science et de la tech­no­lo­gie pour ré­pa­rer ou amé­lio­rer les ca­pa­ci­tés hu­maines. Le trans­hu­ma­nisme est un mou­ve­ment qui dé­fend l’in­té­rêt de ces in­ter­ven­tions sur le corps hu­main. Une paire de lu­nettes ou une pro­thèse de la jambe sont­elles des ré­pa­ra­tions ou des aug­men­ta­tions ? Dé­na­turent­elles le rap­port de l’hu­main à son corps ? Cyn­thia Fleu­ry, pré­si­dente du col­loque, phi­lo­sophe, psy­cha­na­lyste, et cher­cheur au Mu­séum na­tio­nal d’His­toire na­tu­relle, ap­porte des ré­pon­ ses : « L’Homme a tou­jours fan­tas­mé sur le trans­hu­ma­nisme. On est dans cette his­toire de­puis long­temps. On peut même dire qu’il est pré­sent dé­jà dans le grand texte sa­cré. Jé­sus n’est pas to­ta­le­ment hu­main. Mais il y a un pas­sage, par­fois ris­qué, entre fan­tasme et réa­li­té. Les trans­hu­ma­nistes ba­na­lisent ces no­tions d’aug­men­ta­tion et de ré­pa­ra­tion, et af­firment qu’il s’agit de la même chose. Ceux qui sont plus cri­tiques in­ter­rogent la fi­na­li­té de ces trans­for­ma­tions. Est­ce qu’elles créent de nou­velles ca­pa­ci­tés pour l’Homme ? Est ce qu’elles trans­forment la li­gnée ? Ce sont les su­jets que l’on aborde ici. »

Dans le rap­port de l’Homme à son propre corps, il y a beau­coup qui se joue. Les plus scep­tiques crie­raient à la dé­na­ tu­ra­tion, à la perte de l’uni­té, à la frag­men­ta­tion du corps. Cyn­thia Fleu­ry ré­pond : « l’Homme a tou­jours eu un rap­port ho­lis­tique, uni­taire, avec son corps. On peut gar­der ce sen­ti­ment d’uni­té avec une pièce dé­ta­chée. Ce n’est pas parce que j’ai des pro­thèses que j’ai pour au­tant l’im­pres­sion d’avoir mille corps. » Bien sûr, tout est re­la­tif à la pro­por­tion et la masse.

Pour pro­po­ser des pers­pec­tives et élé­ments de ré­ponses, les dis­ci­plines convo­quées sont ex­trê­me­ment va­riées. « La ri­chesse d’un col­loque c’est son in­ter­dis­ci­pli­na­ri­té. Il y a eu ces trois der­niers jours une cin­quan­taine d’in­ter­ve­nants, des an­thro­po­logues, des mé­de­cins, des phi­lo­sophes, des psy­cha­na­lystes, et bien d’autres. »

Ce su­jet fas­ci­nant, c’est un peu l’hydre de Lerne. Une ré­ponse, c’est dix autres ques­tions. « Ce col­loque éveille de nom­breuses pro­blé­ma­tiques. L’aug­men­ta­tion ren­force­elle ou di­mi­nue­t­elle la dis­cri­mi­na­tion ? Y a­t­il une concep­tion so­ciale du trans­hu­ma­nisme ? Pour­quoi l’homme a­t­il cet in­fi­ni be­soin de ré­pa­ra­tion ? »

CYN­THIA FLEU­RY. Pré­si­dente du col­loque, phi­lo­sophe, psy­cha­na­lyste, et cher­cheur au Mu­séum na­tio­nal d’His­toire na­tu­relle.

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