Re­nais­sance de la Mi­che­lin-House

Re­dé­cou­verte de la meilleure créa­tion de l’ar­chi­tecte Fran­çois Es­pi­nasse à Londres

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - CLERMONT VIVRE SA VILLE - Pierre-Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

En 1985, Mi­che­lin quitte son bâ­ti­ment lon­do­nien et le met en vente. Fort heu­reu­se­ment, il in­té­resse deux chefs d’en­tre­prises au pro­jet ori­gi­nal.

Le duo est com­po­sé de l’édi­teur bran­ché Paul Ham­lyn et Sir Te­rence Con­ran, de­si­gner, créa­teur d’Ha­bi­tat et « fan » in­con­di­tion­nel de Bi­ben­dum. La com­pé­ti­tion fut rude pour ac­qué­rir la Mi­che­lin­House. Si le couple édi­teur/dé­si­gner l’em­porte, c’est en rai­son de la co­hé­rence de son pro­jet.

Au fi­nal, Mi­che­lin pri­vi­lé­gie leur vi­sion glo­bale in­cluant un res­tau­rant dans le bâ­ti­ment an­cien en lui ren­dant même son as­pect ori­gi­nel et un ma­ga­sin de de­si­gn à l’ar­rière du bâ­ti­ment. De toute évi­dence, leur con­cept res­pecte l’es­prit des fon­da­teurs de l’en­tre­prise cler­mon­toise en mê­lant les no­tions d’es­thé­tique, de pu­bli­ci­té, d’édi­tion et de bonnes tables.

Tou­te­fois, deux as­pects de la res­tau­ra­tion « à l’iden­tique » de la Mi­che­lin­House se sont avé­rés par­ti­cu­liè­re­ment dé­li­cats. Trois vi­traux avaient été dé­mon­tés juste avant la Se­conde Guerre mon­diale pour les mettre à l’abri des bom­bar­de­ments, à l’usine Mi­che­lin de Stoke­onTrent. Sage dé­ci­sion. Mais pro­blème de sui­vi : bien lo­ca­li­sés de 1940 à 1965, les vi­traux dis­pa­raissent après cette pé­riode. Des ap­pels ré­pé­tés sur les ra­dios et dans les jour­naux lo­caux n’y font rien. Ils de­meurent in­trou­vables… Les ac­qué­reurs ont donc dû les faire re­pro­duire à l’iden­tique, ce qui n’était pas une mince af­faire.

Un lieu ori­gi­nal, dé­ca­lé et at­trac­tif

Ce­pen­dant grâce à la qua­li­té des pho­tos prises dans les an­nées 1920 et à la pré­ci­sion des des­sins de Fran­çois Es­pi­nasse, le dé­fi a pu être re­le­vé.

Deuxième dif­fi­cul­té ma­jeure : re­créer les deux cou­poles en verre en forme de piles de pneus si­tuées au­des­sus des angles de la fa­çade prin­ci­pale. Là aus­si, les des­sins et es­quisses de l’ar­chi­tecte cler­mon­tois se sont ré­vé­lés pré­cieux pour une re­cons­ti­tu­tion à la fois dé­li­cate et tech­nique.

Au fi­nal, après deux an­nées de tra­vaux, l’an­cienne sta­tion­ser­ vice du pneu de la Mi­che­linHouse fut trans­for­mée en bar à huîtres « se­lect » avec au pre­mier étage un res­tau­rant chic sans être hors de prix. La dé­co­ra­tion de la salle as­su­rée par Sir Te­rence Con­ran dé­montre tout son ta­lent et sa pas­sion pour le « Bon­homme Mi­che­lin ». On y voit le « Bib » par­tout, mais tou­jours avec une cer­taine élé­gance.

La Mi­che­lin­House a tra­ver­sé les dé­cen­nies, dé­pas­sé le siècle et se porte comme un charme. Ceux d’entre vous qui au­ront l’op­por­tu­ni­té de vi­si­ter Londres pro­chai­ne­ment ne man­que­ront pas de lui rendre une pe­tite vi­site. Le Guide Mi­che­lin, dans sa so­brié­té ha­bi­tuelle, la dé­crit comme suit : « Bon exemple de l’ar­chi­tec­ture Art Nou­veau, une cu­rio­si­té lon­do­nienne. Res­tau­rant si­tué au pre­mier étage, avec un vi­trail sur­pre­nant du Bon­homme Mi­che­lin. Ser­vice at­ten­tion­né. Cui­sine bri­tan­nique mo­derne… » Per­met­tez­moi d’ajou­ter com­bien ce bâ­ti­ment sur­git du pas­sé « vaut lar­ge­ment le dé­tour » !

AT­TRAC­TIVE. La Mi­che­lin-House est dé­sor­mais de­ve­nue une at­trac­tion pour Lon­do­niens et tou­ristes.

VI­TRAUX. Une table du res­tau­rant de­vant le « Coup de la se­melle ».

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