« Main­te­nant, on fait ap­pel à moi »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Pro­pos re­cueillis par Maud Tur­can maud.tur­can@cen­tre­france.com

Le co­mé­dien thier­nois est à l’af­fiche du der­nier film de Ma­rie­Cas­tille Men­tion­Schaar, « Le ciel at­ten­dra » qui sort ce mer­cre­di. Il se­ra aus­si au gé­né­rique de la sai­son 2 de « Chef » et du pro­chain Le­louch.

Son vi­sage nous est fa­mi­lier, peut­être moins son nom… Mais quand l’ac­teur aux 70 films Zi­ne­dine Soua­lem se ba­lade dans les rues de Thiers (Puy­de­Dôme), tout le monde (re) connaît l’en­fant du pays. Au­jourd’hui, le co­mé­dien pro­li­fique re­vient ré­gu­liè­re­ment sur les terres de son en­fance pour re­trou­ver sa fa­mille et ses amis mais aus­si pour par­ler ci­né­ma…

Théâtre, ci­né­ma, té­lé­vi­sion… Tout vous réus­sit ! J’ai eu de la chance. Ça joue beau­coup… la chance des ren­contres – mais je n’ai pas at­ten­du qu’on vienne me cher­cher –, la chance de tra­vailler tout le temps ! J’ai com­men­cé par le mime de rue puis je ne vou­lais plus être seul et j’ai vou­lu ren­trer au Théâtre du So­leil, j’ai fait un stage et j’ai été pris. Et quand j’ai eu en­vie de faire du ci­né­ma, j’ai ren­con­tré les gens qu’il fal­lait et j’ai fait en sorte qu’ils aient en­vie de tra­vailler ou de re­tra­vailler avec moi, en par­ti­cu­lier Cé­dric Kla­pich dont j’ai fait tous les films, Le­louch pour qui j’en ai fait trois, Da­ny Boon trois ou quatre…

Et pour « Le ciel at­ten­dra » qui sort mer­cre­di ? Main­te­nant, on fait ap­pel à moi, c’est l’avan­tage d’être connu. J’avais dé­jà tra­vaillé avec Ma­rie­Cas­tille Men­tion­Schaar sur un autre film où elle était pro­duc­trice, Em­me­nez­moi d’Ed­mond Ben­si­mon. De­puis, elle a réa­li­sé plu­ sieurs films dont son der­nier, Les Hé­ri­tiers qui par­lait aus­si d’un su­jet grave, et, pour Le ciel at­ten­dra, elle m’a contac­té pour jouer ce père un peu désem­pa­ré.

Pou­vez-vous nous par­ler de ce long-mé­trage ? On suit deux jeunes filles qui se font al­pa­guer sur­tout sur in­ter­net et qui se font em­bri­ga­der par des idées ex­tré­mistes de ma­nière com­plè­te­ment in­si­dieuse, sans que les pa­rents ne le sentent au tout dé­but. Je suis en couple avec San­drine Bon­naire et on est com­plè­te­ment per­du avec une fille ra­di­ca­li­sée qu’on es­saie de sor­tir des griffes dans les­quelles elle est tom­bée.

Un su­jet ter­ri­ble­ment d’ac­tua­li­té… C’est plus que brû­lant, sur­tout avec ces trois femmes ar­rê­tées en ré­gion pa­ri­sienne (ndlr : après la ten­ta­tive d’at­ten­tat, le 4 sep­tembre der­nier, à Pa­ris)…

Qu’est ce qui vous a sé­duit dans ce film ? Le scé­na­rio était vrai­ment bien écrit, pas don­neur de le­çons. Il mon­trait vrai­ment tous les mé­ca­nismes et tout le pro­ces­sus par le­quel ces jeunes filles se font em­bri­ga­der. C’est as­sez ef­frayant parce que c’est exac­te­ment le prin­cipe de la secte. On ar­rive à iso­ler un in­di­vi­du et à le cou­per de son en­vi­ron­ne­ment pour en faire quel­qu’un de com­plè­te­ment étran­ger et même étran­ger à lui­même puis­qu’il change com­plè­te­ment.

Comment pré­ve­nir de tels drames hu­mains ? Il y a des gens qui tra­vaillent là­des­sus. Dou­nia Bou­zar, qui joue son propre rôle dans le film – elle a créé un

Centre de pré­ven­tion contre les dé­rives sec­taires liées à l’is­lam –, tra­vaille à ai­der les pa­rents et ces jeunes filles à se « dé­ra­di­ca­li­ser » et à trou­ver une so­lu­tion à leur état… mais je ne peux pas dé­voi­ler tout le film !

Quel re­gard por­tez-vous sur ces dé­rives com­mu­nau­ta­ristes ? Ça ne date pas d’au­jourd’hui. De­puis 40 ans, voire plus, on a un peu trop né­gli­gé les po­pu­la­tions is­sues de l’im­mi­gra­tion. Il y a une es­pèce de re­pli sur soi­même dont les ex­tré­mistes ont

su pro­fi­ter pour at­tra­per les bre­bis éga­rées qui de­viennent des bre­bis ga­leuses… Ce­la dit, quand j’ai fait ce film, j’ai aus­si ap­pris que 60 % des jeunes filles qui se ra­di­ca­lisent n’avaient rien à voir avec l’is­lam à l’ori­gine. Ce sont des filles « fran­çaises de souche » avec des pa­rents « fran­çais de souche » et ça peut tou­cher tous les mi­lieux so­ciaux…

Quelles so­lu­tions ap­por­ter ? Je crois en l’édu­ca­tion et la culture. Le tra­vail doit se faire très tôt, à l’école, par l’ou­ver­ture à l’autre, l’ou­ver­ture à la culture. Il n’y a que comme ça qu’on pour­ra avan­cer. Il faut faire sen­tir à tous ceux is­sus de l’im­mi­gra­tion qu’ils sont Fran­çais à part en­tière. Et si on don­nait plus de signes po­si­tifs à la com­mu­nau­té mu­sul­mane qui, elle, n’est pas ex­tré­miste, ça fe­rait du bien à tout le monde. Il y en a mais pas as­sez à mon avis.

Quelle est la suite pour vous ? J’ai tour­né en dé­but d’an­née la deuxième sai­son de Chef avec Clo­vis Cor­nillac, qui de­vrait être dif­fu­sée cet au­tomne sur France 2. Cet été, j’ai tour­né dans le der­nier film de Claude Le­louch et je par­ti­cipe au pre­mier long­mé­trage de Ta­rek Bou­da­li qu’on a pu voir dans Ba­by­sit­ting 1 et 2. Il réa­lise son pre­mier film, une co­mé­die qui s’ap­pelle Ma­riage blanc pour tous. C’est l’avan­tage d’être co­mé­dien, on peut pas­ser d’un su­jet très sombre, très grave et d’ac­tua­li­té à une co­mé­die un peu lou­foque. C’est le plai­sir du mé­tier de pas­ser d’un uni­vers à l’autre.

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