L’église pro­fa­née rouvre ses portes

Plus de deux mois après l’as­sas­si­nat d’un prêtre âgé, en pleine cé­lé­bra­tion

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE ACTUALITÉS -

Plus de deux mois après le trau­ma­tisme d’un at­ten­tat dji­ha­diste in­édit, au cours du­quel un prêtre, âgé de 80 ans, a été égor­gé en pleine messe, Saint-Étienne-duRou­vray (Seine-Ma­ri­time) rouvre so­len­nel­le­ment son église au­jourd’hui et cherche à main­te­nir sa co­hé­sion.

Dans les rues de SaintÉ­tienne­du­Rouvray, une ville ou­vrière de la cein­ture in­dus­trielle de Rouen de 27.000 âmes, per­sonne n’a ou­blié la fin tra­gique du père Jacques Ha­mel, 85 ans, égor­gé au pied de son au­tel, le 26 juillet, après une messe ma­ti­nale, par deux jeunes ra­di­ca­li­sés de 19 ans, se ré­cla­mant de l’État is­la­mique. Son as­sas­si­nat se­ra dans les têtes au­jourd’hui, alors que l’église doit rou­vrir après deux mois de fer­me­ture.

« C’était un bon cu­ré »

« C’était un bon cu­ré, j’al­lais tou­jours le voir et il ne re­fu­sait ja­mais un ser­vice » té­moigne Ma­fal­da Pace, 81 ans, qui ha­bite à cô­té de l’église Saint­Étienne, da­tant du XVIe siècle. Cette re­trai­tée, comme des cen­taines de Sté­pha­nais, compte bien être pré­sente à l’in­té­rieur ou à l’ex­té­rieur de l’église, où elle pour­ra suivre sur grand écran un « rite pé­ni­ten­tiel de ré­pa­ra­tion » sui­vi d’une messe, cé­lé­brés par l’ar­ che­vêque de Rouen, Mgr Do­mi­nique Le­brun.

Avant d’en­trer dans l’église, il au­ra me­né, sur en­vi­ron 500 m, une pro­ces­sion qui dé­bu­te­ra à la porte du pres­by­tère, non loin de l’hô­tel de ville. Mai­son de deux étages, avec une cour in­té­rieure et un ap­pen­tis pour abri­ter la vieille Re­nault 19 que le vieux prêtre condui­sait en­core et ré­pa­rait lui­même, le pres­by­ tère du père Ha­mel a ac­cueilli plu­sieurs gé­né­ra­tions de pa­rois­siens, du ca­té­chisme aux pré­pa­ra­tions au ma­riage.

De nom­breux mu­sul­mans de­vraient aus­si se joindre à la foule, à l’ex­té­rieur de l’église. Un ap­pel en ce sens a été lan­cé lors de la prière du ven­dre­di par l’imam de la mos­quée sté­pha­naise, Laa­raj Ab­del­ja­lil. « Ce se­ra un jour de fra­ter­ni­té, j’es­père que croyants ou pas, tous les Sté­pha­nais se­ront là », a dé­cla­ré Mo­ha­med Ka­ra­bi­la, res­pon­sable de la mos­quée si­tuée à cô­té de l’église Sainte­Thé­rèse, l’autre église de la com­mune, sur la par­tie haute de la ville.

Scènes de fra­ter­ni­sa­tion

Dans les deux lieux de culte, dis­tants de quelques di­zaines de mètres, des scènes de fra­ter­ni­sa­tion avaient eu lieu après l’as­sas­si­nat du père Ha­mel.

Sur­ve­nu douze jours après l’at­ten­tat de Nice (86 morts), ce­lui de Saint­Étienne­du­Rouvray n’avait pas sus­ci­té de po­lé­mique po­li­tique ou de ré­ac­tions hos­tiles vis­à­vis de la com­mu­nau­té mu­sul­mane, con­trai­re­ment à ce qui s’était pro­duit sur la Côte d’Azur.

« Dans une grande di­gni­té et dans une grande di­ver­si­té, la po­pu­la­tion sté­pha­naise a su réunir les condi­tions de cette ré­ac­tion qui a mar­qué le pays », a dé­cla­ré le maire, Hu­bert Wul­franc (PCF). La ré­ac­tion émue de l’édile, im­mé­dia­te­ment après l’at­ten­tat, avait été très re­mar­quée, au mo­ment de la ve­nue dans sa ville du pré­sident Fran­çois Hol­lande. « Soyons en­semble les der­niers à pleu­rer et soyons en­semble les der­niers à être de­bout de­vant la bar­ba­rie et dans le res­pect de tous », avait­il dit.

DER­NIERS PRÉPARATIFS. De­vant la pho­to du père Jacques Ha­mel, ce pa­rois­sien s’ac­tive pour ache­ver la pré­pa­ra­tion de l’église. PHO­TO AFP

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.