À votre avis, Doc­teur Google ?

Fo­rums an­xio­gènes ou sites de pro­fes­sion­nels, on trouve de tout !

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - SEPTIÈME JOUR - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Qui­conque a dé­jà in­ter­ro­gé Google sur ses symp­tômes sait que c’est le meilleur moyen de se trou­ver toutes les ma­la­dies du monde ! Mais c’est plus fort que tout : nous sommes 70 % à consul­ter in­ter­net dans ce cas-là. Après être tom­bée dans ce piège an­xio­gène, Jes­sy­ca Fa­lour a dé­ci­dé de mon­ter son propre site.

La vue de la moindre blouse blanche lui a long­temps pro­vo­qué de franches sueurs froides. Une vraie co­mé­die s’il fal­lait la vac­ci­ner ! En elle, la pho­bique du mi­lieu mé­di­cal ba­taillait avec une hy­po­con­driaque, les deux fai­sant as­sez mau­vais mé­nage. Jes­sy­ca Fa­lour a at­ten­du 34 ans avant de faire sa pre­mière prise de sang. C’est dire. Au­jourd’hui, cette ex­ani­ma­trice ra­dio et té­lé de 38 ans est la fon­da­trice du site « La san­té sur­tout ! », au­quel col­la­borent une soixan­taine de blouses blanches.

C’est un soir de ré­veillon pas comme les autres qu’elle a eu l’idée, en trin­quant, de ce nom de do­maine. Quelques se­maines plus tôt, on lui avait dé­cou­vert une tu­meur de 6 cm au foie. C’était il y a trois ans. Dé­bute alors pour la jeune femme une longue pé­riode d’in­cer­ti­tudes et d’an­goisses, à la fa­veur d’un diag­nos­tic in­cer­tain. « Per­sonne n’était d’ac­cord. Pour cer­tains mé­de­cins, cette tu­meur pou­vait ra­pi­de­ment évo­luer en can­cer, pour d’autres, me pro­vo­quer une hé­mor­ra­gie in­terne et il fal­lait donc opé­rer ra­pi­de­ment. Mais pour d’autres en­core, il ne fal­lait sur­tout pas opé­rer en rai­son des risques dans cette zone très vas­cu­la­ri­sée ». Jes­sy­ca Fa­lour est désem­pa­rée, elle ne dort plus, consulte un spé­cia­liste, puis un autre et en­core un autre. Sa pho­bie la rat­trape à grandes en­jam­bées, elle fugue de l’hô­pi­tal… La nuit, comme elle ne trouve pas le som­meil, elle en­quête sur le net. Dr Google est dis­po­nible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. « Là, je me suis fait peur. J’ai trou­vé le pire. J’étais très an­gois­sée. C’est le lot de la mé­de­cine de fo­rums ! ».

Comme elle, 70 % des Fran­çais, se­lon un son­dage Ip­sos, ont dé­jà consul­té in­ter­net au su­jet de leur san­té. Une pa­tien­tèle plu­tôt fé­mi­nine, plu­tôt jeune, plu­tôt di­plô­mée. Et qui veut sa­voir, le doute étant contre­na­ture. Doc­tis­si­mo (le lea­der), san­te­me­de­cine, sante­AZ, e­sante.fr… Un suc­cès sou­vent por­té par les pages fo­rums. La mul­ti­na­tio­nale Google, qui a flai­ré le mar­ché, vient de sor­tir un nou­vel al­go­rithme de re­cherches san­té plus per­for­mant.

C’est là que les vrais mé­de­cins dans la vraie vie s’ar­rachent les che­veux quand ils voient dé­bar­quer des pa­tients sur­in­for­més et dé­rou­lant leur au­to­diag­nos­tic. « Si cer­tains pra­ti­ciens ont dit “oui” pour par­ti­ci­per à ce site en ré­pon­dant aux ques­tions po­sées par les in­ter­nautes, c’est aus­si pour pou­voir contrer l’in­for­ma­tion an­xio­gène », confie Jes­sy­ca Fa­lour, qui vient de sor­tir un livre, Ma bible des ques­tions san­té (*), né de l’ex­pé­rien

ce du site.

Pas de bu­si­ness plan, cer­ti­fie la fon­da­trice, qui dit s’ins­crire dans une dé­marche phi­lan­thro­pique. « Je veux rendre ser­vice aux gens. Moi, quand ma tu­meur a été diag­nos­ti­quée, j’au­rais ai­mé pou­voir trou­ver un site avec de vrais mé­de­cins qui me ré­pondent sans que j’aie à me dé­pla­cer. Alors, je l’ai fait ! ».

De­mandes pour dé­cryp­ter les ana­lyses de sang

Le site est gra­tuit à la fois pour les uti­li­sa­teurs et les mé­de­cins y fi­gu­rant. La jeune femme ex­plique que les fonds pro­viennent des ac­tion­naires, dont elle­même, ain­si que d’ac­ti­vi­tés ré­dac­tion­nelles ou autres pro­jets.

Par­mi les ques­tions les plus ren­con­trées : comment se passe une co­lo­sco­pie, un IRM, un scan­ner ? Puis­je prendre du pa­ra­cé­ta­mol en étant en­ceinte ? Beau­coup de ques­tions aus­si gy­né­co, con­tra­cep­tion. Le bio­lo­giste est très sol­li­ci­té pour dé­cryp­ter les ana­lyses. « Des gens, par­fois en pa­nique, manquent cruel­le­ment d’in­fos ». Par­mi les uti­li­sa­teurs du site : 70 % de femmes, une ma­jo­ri­té âgée de 25 à 34 ans. La deuxième tranche est consti­tuée par les 1824 ans. On ose da­van­tage der­rière son écran.

« On ne rem­place pas une consul­ta­tion, on en­cou­rage même à voir un mé­de­cin si né­ces­saire. Notre rôle est plu­tôt de ras­su­rer ou d’aler­ter, mais tou­jours en ex­pli­quant ». Concer­nant Jes­sy­ca Fa­lour, après 18 mois d’er­rances mé­di­cales et de mo­ments de dé­tresse, un ra­dio­logue a fi­na­le­ment po­sé le terme « bé­nin » sur son mal. « Quelque part, ma tu­meur m’a sau­vée de l’an­goisse, d’un sur­place pro­fes­sion­nel », confie l’ex­pho­bique, ré­con­ci­liée avec les blouses blanches. « Ma pho­bie est de­ve­nue ma pas­sion ».

PHO­TO RÉ­MI DUGNE

CONSUL­TA­TION VIRTUELLE. Le mar­ché de l’e-san­té est im­mense.

J. FA­LOUR. Tro­pé­zienne, ins­tal­lée à Pa­ris de­puis l’âge de 13 ans. DR

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.