L’his­toire de la Terre est écrite au lac Pa­vin

Le Lac Pa­vin, c’est 92 mètres d’eaux sombres. Mais le puits de science qu’est cet an­cien cra­tère a-t-il un fond ? Cet au­tomne, 80 scien­ti­fiques pu­blient l‘état de la re­cherche sur ce site. Un ou­vrage de ré­fé­rence à vi­sée in­ter­na­tio­nale.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - Anne Bourges anne.bourges@cen­tre­france.com

■ VOL­CANS. Fas­ci­nant Pa­vin ! 80 cher­cheurs livrent Lake Pa­vin : 450 pages sur l’état de la re­cherche in­ter­na­tio­nale, avec 1.800 ré­fé­rences scien­ti­fiques ou my­tho­lo­giques au lac au­ver­gnat.

■ LE SAVIEZ-VOUS ? C’est un lac rare en Eu­rope, avec des eaux qui se « re­tournent », un fond qui rap­pelle les ori­gines de la vie sur Terre, des ré­cits de phé­no­mènes spec­ta­cu­laires…

Quand le vent des­sine des rides iri­sées de so­leil ou d’ar­gent sur son cra­tère presque par­fait, le lac Pa­vin est d’abord d’une fas­ci­nante beau­té. En­suite ?

Plus de 1.800 ré­fé­rences 1 scien­ti­fiques ou my­tho­lo­giques au Pa­vin. Ce si­te­là, ce pour­rait n’être qu’un lac au coeur d’un es­pace na­tu­rel sen­sible, créé pour pro­té­ger un tré­sor géo­lo­gique de­ve­nu le deuxième site le plus vi­si­té du San­cy… Mais ce se­rait sans comp­ter avec ses lé­gendes. Avec, en plus, d’étranges phé­no­mènes rap­por­tés au fil des siècles. Avec, en­fin, des gé­né­ra­tions de scien­ti­fiques fas­ci­nés.

Cher­cheurs et so­cié­tés sa­vantes ont écrit des mil­liers de pages à l’encre de ses eaux. Il était temps de faire l’état des connais­sances avec la ri­gueur d’un ou­vrage scien­ti­fique. C’est ce que pro­posent Té­les­phore Sime­Ngan­do, Pierre Boi­vin, Em­ma­nuel Cha­pron, Di­dier Je­ze­quel, et Mi­chel Mey­beck (*), co­édi­ teurs de Lake Pa­vin : 450 pages re­grou­pant les contri­bu­tions de 80 cher­cheurs du monde en­tier.

On ne vous l’en­ver­ra pas lire si vous n’ap­par­te­nez pas à la com­mu­nau­té scien­ti­fique et que vous n’êtes pas plus étu­diant de 3e cycle. A vi­sée in­ter­na­tio­nale, l’ou­vrage n’existe d’ailleurs qu’en an­glais.

Com­pre­nez seule­ment que ce lac­là a agi­té les es­prits des siècles du­rant ! Et qu’il ap­porte en­core des contri­bu­tions à la science.

Deux lacs su­per­po­sés. 2 Le Pa­vin, c’est en fait deux lacs su­per­po­sés avec des eaux bien dif­fé­rentes : de la sur­face jus­qu’à une soixan­taine de mètres ; puis en des­sous, sans oxy­gène de­puis des mil­lé­naires.

Des eaux qui se « re­tournent 3 ». Il a fal­lu at­tendre les an­nées 1950 pour que des cher­cheurs cler­mon­tois dé­couvrent cette autre sin­gu­la­ri­té : une à deux fois par an, le lac de sur­face se re­tourne. Lors­qu’elles de­viennent plus froides, les eaux de la par­tie su­pé­rieure tombent mé­ca­ni­que­ment au fond et in­ver­se­ment : le Pa­vin est l’un des très rares lacs mé­ro­mic­tiques d’Eu­rope.

Phé­no­mènes spec­ta­cu­laires. 4 Ce­la, et la li­bé­ra­tion de gaz conte­nus dans les sé­di­ments du fond, ex­plique peut­être l’ori­gine de lé­gendes an­ciennes. Mi­chel Mey­beck a tra­qué les men­tions d’eaux qui se co­lorent bru­ta­le­ment, de phé­no­mènes su­bits d’em­bra­se­ment et d’éclairs. Le culte chré­tien de Val­ci­vière ou ce­lui celte avec des of­fran­ des ré­gu­lières pour­rait être lié au lac à proxi­mi­té im­mé­diate. Ce­la fi­gure par­mi les hy­po­thèses de tra­vail du cher­cheur.

Vie anoxique au fond. 5 La mi­cro­bio­lo­gie y trouve aus­si son cor­tège de sin­gu­la­ri­tés. Les eaux pro­fondes ont ame­né au Pa­vin toutes sortes de la­bo­ra­toires à par­tir des an­nées 1970.

Au­de­là de 65 mètres : plus d’oxy­gène. De­puis que le La­bo­ra­toire mi­croor­ga­nismes : gé­nome et en­vi­ron­ne­ment (LMGE) di­ri­gé par Té­les­phore Sime­Ngan­do y ap­plique des tech­no­lo­gies et théo­ries ré­centes, on y dé­couvre une vie que la science ne soup­çon­nait même pas ! « On a trou­vé une di­ver­si­té tout à fait in­con­nue. » De quoi bous­cu­ler quelques ré­fé­rences.

« En 1995, nous igno­re­rions entre 50 % et 100 % des par­ti­cu­la­ri­tés du lac connues ac­tuel­le­ment en géo­chi­mie, mi­cro­bio­lo­gie, sé­di­men­to­lo­gie, pa­léo­lim­no­gie, his­toire », as­sure Mi­chel Mey­beck.

(*) T. Sime­Ngan­do, di­rec­teur de re­cherche au CNRS et di­rec­teur du la­bo­ra­toire Mi­croor­ga­nismes et gé­nome de l’en­vi­ron­ne­ment de Cler­mont­Fer­rand (CNRS/UBP/Uni­ver­si­té d’Au­vergne). Pierre Boi­vin, cher­cheur émé­rite au la­bo­ra­toire Mag­mas et vol­cans, Cler­mont. Em­ma­nuel Cha­pron, géo­graphe pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té de Tou­louse. Di­dier Je­ze­quel, géo­chi­miste à l’Ins­ti­tut de phy­sique du globe de Pa­ris et maître de con­fé­rence à l’uni­ver­si­té Pa­ris VII et Mi­chel Mey­beck, géo­chi­miste spé­cia­liste des ri­vières et di­rec­teur de re­cherches émé­rite au CNRS/Pa­ris VI.

Lake Pa­vin. À pa­raître ces jours-ci. Sprin­ger. 450 pages.

PHO­TO F. BOI­LEAU

SOUS LA SUR­FACE. Le plus pro­fond des lacs d’Au­vergne fait des ré­vé­la­tions à qui sonde ses eaux. Géo­chi­mie, mi­cro­bio­lo­gie, sé­di­men­to­lo­gie, pa­léo­lim­no­gie, his­toire en ont dé­jà ti­ré quelques en­sei­gne­ments. Comme si la jarre d’Ané­si­do­ra ou la boîte de Pan­dore s’ou­vraient par­fois ici. Et qu’en­suite, plus rien n’était comme avant. PHO­TO PAS­CAL CHAREYRON

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